Bernie Sanders a donné le premier signe de reconnaissance du rapport des forces issu des élections primaires Démocrates quand il a démobilisé une partie de ses équipes. Il  a commencé cette semaine à engranger les gains de sa spectaculaire campagne. Tout le camp progressiste craignait, et craint encore, une Convention houleuse et une guerre entre partisans de Clinton et de Sanders qui serait synonyme de défaite face à Donald Trump et surtout de recul dans les assemblées. Ce résultat dans les assemblées fédérales et des états serait d’autant plus catastrophique que les élections de 2016 précéderont le recensement de 2020 qui fournira les données pour le redécoupage des circonscriptions électorales. Ce redécoupage pourrait consacrer la perspective de la majorité Républicaine permanente analysée dans ce numéro de la revue HERODOTE.

La campagne a d’autant plus étonné que le candidat ne présente pas un charisme particulier, qu’il a plutôt l’allure d’un vieux professeur un peu voûté et qu’il parle politique comme presque jamais dans le pays. On trouve  des auteurs pour se demander ce qui fait son succès. La réponse tombe à près unanime : la jeunesse plus que les idées politiques opère. Contrairement à ce que voudrait croire une bonne partie de la gauche européenne Bernie n’a pas convaincu la jeunesse par ses idées de gauche mais au contraire est en train d’amener à gauche une jeunesse en perte d’objectifs et de repères qu’il attire par la rupture qu’il propose. Voilà qui souligne une fracture générationnelle qui ne facilitera peut-être pas la réconciliation au sein du camp Démocrate.

La commission du programme et l’état des forces.

Bernie Sanders, dont on ne peut suspecter l’astuce politique, a fait un pas décisif mais tactique dans le sens de l’apaisement. Alors que les membres de la commission de préparation du programme (« Platform Drafting Committee« ) de la Convention sont statutairement désignés par la présidence leurs noms ont été négociés. La présidente du Comité National du Parti (« Democratic National Committee« ), Debbie Wasserman Schultz, a publié les 15 noms qui se répartissent en 5 venant de Sanders, 6 de Clinton, 4 de Wasserman Schultz. Il faut ajouter deux membres sans droit de vote. Si le symbole est significatif il ne faut pas s’illusionner. Dans aucune campagne électorale le programme n’a réellement contraint le candidat. Hollande nous a en donné la preuve la plus éclatante qui soit. La composition semble pourtant éminemment politique.

Nommés par Sanders, une seule femme, tous connus pour leurs engagements sur la palette des thèmes de la campagne :

  •     Bill McKibben, activiste environementaliste, fondateur de 350.org
  •     Keith Ellison, représentrant du Minnesota
  •     Deborah Parker, connue comme défenseure des amérindiens et des droits des femmes
  •     James Zogby, le plus polémique car connu comme soutien de la cause palestinienne mais conseiller électoral de Jesse Jackson, Al Gore et Barack Obama
  •     Cornel West, universitaire et membre d’un parti ouvertement « socialiste ».

Nommés par Clinton, la balance penche plus à gauche qu’on ne l’aurait attendu, autre effet peut-être de la campagne :

  • Carol Browner, le penchant institutionnel de McKillen, la confrontation des deux sera intéressante et devrait garantir un programme Démocrate orienté environnement,
  • Paul Booth, vétéran syndicaliste censé apporter à la campagne sa légitimité aux yeux des employés et ouvriers,
  • Wendy Sherman, passée par le droit des femmes (Emily(‘s list) et diplomate aguerrie qui a négocié l’accord sur le nucléaire iranien,
  • Neera Tanden, d’origine indienne
  • Alicia Reece, technocrate connue pour son travail sur la justice sociale et raciale
  • Luiz Gutierez, défenseur des droits des immigrés.

Nommés par Debbie Wasserman Schultz, c’est-à-dire par le clan Clinton :

  •     Elijah Cummings, préside la commission
  •     Howard Berman, est un vétéran du Congrès aux talents diplomatiques plus reconnus que son penchant progressiste
  •     Bonnie Schaefer, connue pour son implication dans le combat institutionnel pour l’égalité des droits
  •     Barbara Lee, possède une (très) longue expérience du Congrès et des Conventions, a été la seule a voter contre la guerre en Afghanistan.

Les deux membres sans droit de vote sont :

  •     Maya Harris, conseillère de campagne de Clinton
  •     Warren Gunnels, conseiller politique de la campagne de Sanders.

L’équilibre global de la commission ne peut pas cacher la principale différence entre les deux « délégations » de Sanders et Clinton. Chez les premiers est privilégié le mouvement militants, chez les seconds on trouve des vétérans des combats administratifs, législatifs et juridiques. Que peut-il en sortir ? Probablement pas grand-chose tant l’exercice de rédaction d’un programme qui doit être approuvé et amendé par la Convention est formel. Le maintien de la pression par la campagne de Sanders prend alors son sens. Jusqu’au bout, et même durant la campagne l’effort devra se maintenir sur un Parti Démocrate bien plus « Clintonisé » qu’il ne peut apparaître à première vue. Cette force des Clinton dans l’appareil et dans l’idéologie du parti, probablement assez proche de celle de François Hollande leur permet de faire des concessions apparentes à leur gauche comme la composition de la commission de préparation du programme dans l’espoir de faire taire la contestation et de gérer ensuite la campagne à leur guise. Une autre concession semble être en chemin : le sacrifice du soldat Wasserman Schultz.

Dégâts collatéraux.

La présidente du Parti Démocrate ne peut pas cacher ses liens avec le monde des affaires et en particulier la finance . En plus d’être la victime expiatoire possiblement offerte à « l’armée de Bernie » Wasserman Schultz a eu le malheur, ou la maladresse, ou la franchise, de s’en prendre au bébé d’Elizabeth Warren, le Bureau de Protection des Clients de la Finance (« Consumer Financial Protection Bureau« ) qu’elle aurait bien voulu rendre moins efficace en reportant à plus tard sa mise en place. Elle s’était pour cela allié avec des députés Républicains, mouvement un peu trop visible en temps de campagne électorale très polarisée. La question de son départ de son poste à la direction du parti court depuis quelques temps. Il est peu vraisemblable que les Clinton concèdent trop visiblement une victoire de cette ampleur qui affaiblirait leur mainmise  sur l’organisation mais si l’intérêt de la campagne et donc le leur est en jeu…Sanders a d’ailleurs annoncé soutenir son adversaire pour la primaire Démocrate du siège de député de Floride.

Warren, encore et toujours.

De plus en plus incontournable Elizabeth Warren devrait jouer, même si cela se passe en coulisse, un rôle majeur dans la pacification du camp Démocrate.  Elle n’a pas choisi de désigner un favori dans la course des primaires. Son poste de sénateur dans un état au gouverneur Républicain en font un acteur précieux précieux pour  le Parti démocrate. Son image progressiste grâce en particulier à son rôle de « gendarme de Wall Street » avec la création du « Consumer Financial Protection Bureau » l’ identifie à gauche. Elle a d’ailleurs été très en pointe  les dernières semaines dans le combat contre Trump par une série d’attaques remarquées sur Tweeter.

Petites nouvelles.

Un allié inattendu du candidat Démocrate se pointe à l’horizon de Novembre. Alors que le jeu des candidatures semi-marginales jouaient plutôt au désavantage du camp progressiste avec l’exemple historique de Raph Nader supposé avoir fait perdre Al Gore en 2000 comme Taubira a perdre Jospin en 2002 (dans le cas français on sait bien que Jospin a perdu du fait de sa propre volonté de ne pas faire campagne). Si Ralph Nader  semble en effet cette année avoir définitivement perdu tout sens politique la surprise pourrait venir de l’autre bord, l’extrême-droite. Le candidat pressenti du Parti Libertarien, Gary Johnson est crédité d’un étonnant 10 % des voix. Celles-ci viendraient en priorité d’électeuts habituellement Républicains et pourraient assurer la victoire de Clinton dans des états critiques (Colorado, Floride, Ohio ou Arizona). Il suffirait, d’après les sondages actuels, que 5 % des voix se détournent Trump pour le condamner à la inexorablement à la défaite.Et, tout aussi important à entrainer un recul Républicain dans les assemblées fédérales et locales.

Dernière minute.

L’épée de Damoclès serait-elle en train retomber ? Les enquêteurs du Département d’État viennent de publier le rapport qui conclut que Hillary Clinton   a violé les règles en vigueur dans l’affaire des e mails. De plus ils affirment que Clinton et ses conseillers n’ont pas collaboré avec les enquêteurs. Le rapport accuse au-delà de Clinton le ministère d’avoir été de longue date défaillant sur la sécurité. Cela peut-il relancer la campagne et rebattre les cartes ?
Malgré tout le rapport ne conclut pas à une responsabilité importante de Clinton et conclut comme le note Kevin Drum : »Rien de nouveau« .