DOMINIC77

Un peu de tout

Category: OPINION (page 1 of 5)

Toutes les choses, si possible politique et malvenues, que j’ai envie de dire au monde.

Et Trump repasse devant,… mais…

Et Donald Trump, poursuivant la remontée dans les sondages entamée depuis à peu près trois semaines, est repassé en tête dans le sondage Rasmussen de ce jour. Rasmussen présente habituellement un biais en faveur des Républicains mais la tendance a été continue ces derniers jours dans tous les sondages. L’écart de près de 10 points en faveur de Clinton au début Août, après les deux conventions, n’a pas cessé de se réduire pour arriver fin Août à cette situation qui laisse les experts dans l’expectative comme le montre cette table ronde de FiveThirtyEight. Les experts y sont très partagés sur l’interprétation des événements.

La glissade de Clinton.

Depuis le début du mois d’Août Clinton a perdu entre un et deux points par semaine dans plusieurs sondages pour finir virtuellement à égalité avant la farce mexicaine.

Barack Obama a initié le processus par une bévue dont il n’est pas coutumier lors des graves inondations de Louisiane. Il est resté en vacances et Clinton s’est contenté de propos de circonstance. La photo du Président en golfeur alors que les écrans montraient les gens aux prises avec les éléments a ouvert un boulevard pour Trump. Il a donc pu venir faire un show photographique devant un camion de dons aux sinistrés et apparaître comme à la fois un homme qui agit et un homme de compassion.

Par la suite il s’est contenté de faire profil bas et de profiter des occasions sur les deux principaux terrains de faiblesse de son adversaire : la Fondation Clinton et l’interminable affaire des e-mails de Clinton Secrétaire d’état.

Le FBI a révélé avoir pu récupérer 30000 courriels effacés du serveur privé des Clinton et les a communiqués au Congrès. Cette affaire restera jusqu’au jour de l’élection une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Clinton. Après la publication des courriels Démocrates qui ont perturbé le début de la Convention de Philadelphie et provoqué la démission de la présidente du Parti Debbie Wasserman Schultz Julian Assange, qui est un ennemi juré des Clinton, a promis une révélation en Octobre que tout le monde pense être le résultat d’un autre piratage. Il a laissé entendre que cette révélation puisse donner un coup fatal à la candidature Clinton. A partir des courriels du serveur privé des Clinton Associated Press a pu annoncer que la moitié des personnes en contact avec Hillary Clinton sont des donateurs à la Fondation Clinton qui devient un autre boulet pour la candidate suspectée de s’en servir à des fins autres qu’humanitaires, en fait pour du trafic d’influence rémunéré. Bill Clinton a annoncé un début de retrait de la fondation au cas où Hillary serait élue. Il est probable qu’il devront aller plus loin pour convaincre l’opinion de leur bonne foi et du caractère inoffensif de leur fondation.

Si Trump n’a pas fait d’éclat durant le mois d’Août, conseillé sans doute par sa nouvelle équipe de campagne -Bannon, Conway, Ailes- il a quand même battu les estrades et sillonné le terrain alors que Clinton se montrait assez peu en public. Elle a préféré courir les réunions de donateurs et récolter de l’argent pour la campagne. Cette absence du terrain a donné lieu à une salve spécifique d’attaques sur sa santé, suspecte depuis son accident il y a quelques années. Sur ce terrain la réplique est venue assez vite. La déclaration du médecin de Trump sur son exceptionnelle santé est tellement extravagante qu’elle a suscité les interrogations voire la moquerie. Il y a même quelques indices qu’elle ait été rédigée par Trump lui-même. Le médecin a reconnu l’avoir écrite en cinq minutes alors qu’une voiture attendait au pied de l’immeuble. le langage et les invraisemblances qu’elle contient font douter qu’un médecin sain d’esprit puisse l’avoir écrite.

Trump se tenant tranquille trois semaines avait de quoi étonner. Les gazettes se mises à bruisser de la rumeur de son adoucissement sur la question centrale, l’immigration. Il quand même trouvé le temps de se défouler sur un de ses cibles favorites : Huma Abedin. Principale collaboratrice de Clinton, femme, indo-pakistanaise, élevée en Arabie saoudite et musulmane, Abedin concentre tout ce que Trump peut détester. Il ne prive donc pas de la décrire, avec toute la droite extrême, comme jihadiste en puissance, membre des Fréres Mulsulmans, et -la touche sexuelle étant indispensable au délires du Donald- la maitresse d’Hillary Clinton. Huma Abedin a le malheur d’être marié à un triste bouffon, Anthony Weiner, qui s’est plusieurs fois fait remarquer par ses incartades sexuelles. Après avoir du se démettre de ses fonctions politiques une dernière frasque en Août l’a contraint à la séparation d’avec son épouse.

Pendant ce temps Clinton, toute contente d’une relative débandade des élus Républicains effrayés malgré tout par leur candidat n’en finit pas de rechercher et recueillir des soutiens de politiciens ou de généraux de l’autre camp, tirant sa campagne toujours un peu plus à droite.

Ce mois passé a montré le plus désagréable, le plus malodorant -jusqu’ à présent-  et le moins politique de la campagne. Jusqu’à la farce mexicaine.

La farce mexicaine.

A l’étonnement général Trump annonce mardi 20 avoir accepté l’invitation du président mexicain à le visiter, invitation émise aux deux candidats. Alors que Trump semblait pencher vers un adoucissement de sa position sur l’immigration, et qu’il doit prononcer un discours « majeur » sur le sujet quelques heures plus tard, il semble y avoir là quelque logique. Trump profite d’une occasion inespérée de se donner une stature d’homme d’état avec qui le président d’une nation majeure du continent n’hésite pas à parler. Il se rend à Mexico le lendemain. Un coup de maître.

Le déroulement de l’entretien semble donner plus ou moins raison à cette opinion bien que Trump y apparaisse curieusement passif et discret. On sait que l’illusion ne dure pas plus de quelques  heures. Le premier à dégainer est le président mexicain Enrique Peña Nieto qui contredit Trump et affirme lui avoir dit que le Mexique ne paierait pas le mur frontière. Trump, excédé semble-t-il d’avoir été doublé -ce qui montre assez bien l’égocentrisme du personnage qui ne peut imaginer qu’on le roule- prononce le discours qu’il avait préparé et réaffirme ses positions extrêmes. Il tente même de préciser les modalités de mise en œuvre. Ces modalités ont été analysées. Elles impliquent d’augmenter le personnel de l’immigration et des gardes aux frontières de 5000 à 90000 personnes, les places en détention (avant déportation) de 34000 à 340000, les tribunaux des frontières de 58 à  1300, et les procureurs fédéraux spécialisés de 1400 à 32000. Le tout se montant à environ 500 milliards de dollars et devant nécessairement se dérouler sur vingt ans au moins.Le rapport qui donne ces chiffres émane du « American Action Forum », organisation conservaectrice. Par ailleurs le mur pose bien d’autres problèmes qui le rende improbable. La frontière est autant un trait d’union qu’une séparation. Elle est le siège d’échanges économiques très importants que le mur compromettrait. La pollution liée aux allers-retours quotidien n’a jamais été traitée. Une grande partie de la frontière, au Texas est constituée par la rivière Rio Grande sur laquelle un mur est écologiquement, humainement, industriellement et géographiquement très difficile à concevoir. Enfin, et ironiquement, là où le mur est matériellement possible il existe déjà.  Les choses sont donc claires. En vingt-quatre heures Trump est passé de maitre stratège et homme d’état  responsable à extrémiste de droite anti-immigration. Il a ressoudé son camp. Il est sans doute redevenu cohérent avec lui-même. Le plus grand perdant au regard de l’Histoire risque d’être Peña Nieto dont personne ne comprend ce qu’il a pu espérer de cette galère. Il faut dire qu’à 23% d’opinions favorables il ne peut guère que se tourner vers François Hollande pour ne pas être complètement ridicule.
Donald Trump a sans doute là perdu l’éltion tant il sera difficile de regagner dans sa clientèle directe les voix perdus chez les modérés. Il lui reste un chemin vers la victoire mal identifié par les sondages vu le caractère inédit de l’élection. Il passe par des états improbables mais qui évoluent comme la Pennsylvanie ou le Wisconsin.

Alors que tout semblait lui sourire, les sondages nationaux et, encore plus importants, les sondages dans les états bascules, alors que Clinton peinait à tirer ses propres casseroles il prend le virage définitif. Il ne peut plus changer d’orientation sans passer pour une girouette aux yeux de ses propres partisans. Les réactions n’ont pas tardées. Plusieurs  des membres du conseil pour les affaires hispaniques qu’il avait annoncé à grand bruit au début du mois ont démissionné. Certains sondages dans la communauté noire lui donne zéro pourcent. Il reste la possibilité d’un événement inattendu qui lui redonne la main : attentat sur le sol du pays, « révélation d’Octobre » ou autre coup dur dont Clinton ne pourrait pas se relever.

Mais Donald Trump n’a-t-il pas d’autres objectifs que la Présidence ? En plus ou à côté. La question est dans les esprits depuis longtemps. Dans le recrutement du Vice-Président il aurait affirmé que l’homme qu’il choisirait  aurait la main sur la politique intérieure et extérieure, autrement dit à peu près tout. Que pensait-il donc faire lui-même ?

Et après Donald ?

Donald Trump a préparé la suite des opérations, une suite en cohérence avec sa campagne et sa devise  « Make America Great Again » -qu’il est facile aujourd’hui de lire « Make America White Again »-. Depuis le mois d’Avril le groupe Trump a demandé à partir d’une de ses sociétés au Delaware, paradis fiscal connu, plusieurs créations de sociétés. On y trouve deux sociétés de gestion d’hôtels nommées « American Idea » et « Idea Hotels ». Par ailleurs son épouse Melania, capitalisant sur sa nouvelle notoriété après la Convention à créé un société éponyme -« Melania »-  pour le commerce de bijoux. La famille Trump a donc depuis déjà plusieurs mois investi sur les retours sur investissements de la campagne électorale. A défaut d’être élu PDG des États-Unis d’Amérique Donald Trump se sera payé à bon compte une extraordinaire campagne de promotion à la visibilité mondiale.

 

Obamacare en danger ?

La campagne électorale présidentielle de 2016 est décidément hors des standards. Un sujet majeur, au cœur des préoccupations politiques et économiques des Républicains, réforme majeure portée par Obama, en pleine évolution et en attente d’une échéance majeure en 2017 devrait occuper une place centrale dans le débat. les deux candidats principaux  ne parlent que peu de l’avenir de l’Obamacare qui par contre fait l’objet de nombreux articles dans la presse progressiste de Mother Jones à Salon en passant par The Vox. Dans une situation normale les Républicains auraient du hurler contre le système ingérable, inquisiteur et dictatorial mis en place par les Démocrates et le plus honni d’entre eux, Barack Obama avec la complicté de la famille Clinton.

La réforme du système de protection sociale aux États-Unis d’Amérique restera sans doute comme la signature législative des deux mandats de Barack Obama. La faire aboutir a demandé beaucoup de travail et ausi de concessions. Le travail dans l’ombre de Joe Biden comme dans beaucoup de dossiers a été important. On peut remarquer en passant, histoire d’être un peu langue de vipère, l’obstruction assez hypocrite de Joe Liebermann, Démocrate de droite -il était le colistier d’Al Gore en 2000- devenu Indépendant par la suite qui a conduit à restreindre la portée de la loi. Évidemment l’opposition tous azimuts des Républicains à toute extension de la protection sociale plus ou moins financée par l’état surtout fédéral a joué le premier rôle.

Un petit résumé de la situation est nécessaire pour tout comprendre. Comme d’habitude il faut comprendre la différence avec notre manière d’aborder ces questions. En plus des différences d’approche quelques données objectives sont à considérer : la taille du pays (plus de 300 millions d’assurés potentiels) et la structure à deux étages, fédéral et des états, de toutes les législations.

La question de l’assurance santé alimente le débat politique de manière récurrente. Elle figurait au programme de Bill Clinton dès sa première élection. Hillary Clinton, sans avoir de position officielle au gouvernement, a mené la tentative d’instauration d’un système d’assurance santé pour tous, le  « Health Security Act » appelé parfois « Hillarycare » dont la principale mesure consistait en une obligation aux employeurs de fournir une protection santé à leurs employés. Elle n’y est pas parvenu. Elle a aussi participé à la mise en place du sytème de protection santé pour les enfants qui fournit des fonds fédéraux aux états pour aider les enfants (Chidren Health Insurance Program : CHIP) dont les familles ont des revenus trop faibles pour trouver une assurance sur le marché mais trop élevés pour être admis dans un autre programme public (Medicaid).

Les principales sources de données :

La situation avant l’Obamacare

Sans entrer dans le détail des différentes organisations locales et des programmes fédéraux spécifiques existaient dans les états plusieurs grands types d’assurance santé.

  • Medicare : un programme fédéral pour les  plus de 65 ans sans couverture personnelle achetée su rle marché.
  • Medicaid : un programme à financement fédéral pour les personnes ou familles aux revenus inférieurs à 133% du seuil de pauvreté (29000$ annuels pour une personne seule, 60000$ annuels pour une famille de quatre).
  • Les plans d’assurance santé fournis par les employeurs qui les achètent à des fournisseurs spécialisés, similaires aux assureurs qui fournissent en France ces complémentaires en général abusivement appelées « mutuelles » alors que ce ne sont que des assurances commerciales.
  • Les plans d’assurance santé achetés individuellement par les individus aux mêmes fournisseurs.
  • Pour mémoire car cela concerne une faction non négligeable de la population (4% environ) existent aussi les assurances santé des militaires, actifs, retraités et vétérans, qui ne sont pas toujours prises en compte dans les statistiques globales sur le sujet.

Le marché des assurances santé est à l’époque très peu régulé, ni le marché des fournitures de soins (médecins, hôpitaux, infirmiers,etc…), ni le marché des médicaments.

En 2013 13,3 % de la population était sans couverture santé, soit environ 41,8 millions de personnes, plus de la moitié de la population française. Parmi les personnes assurées une proportion non connue ne l’était que de manière partielle et insuffisante par rapport à leurs besoins. Une zone grise dans les statistiques concerne les immigrants sans papiers qui en général travaillent et participent de manière importante à la vie économique du pays. Il est possible que leur nombre dépasse les 10 millions mais le chiffrage exact est impossible.

A cette époque 55,7 % étaient assurés par l’intermédiaire de leur employeur. 11,4 % étaient assurés à titre individuel. 17,5 % étaient assurés au titre de Medicaid. 15,6 étaient assurés au titre de Medicare.

Un processus d’adoption long et conflictuel.

La victoire de Barack Obama en 2008, avec une majorité parlementaire dans les deux chambres du Congrès, laissait présager une  adoption assez facile et rapide de la réforme. La victoire des Républicains, dominés par la fraction la plus à droite, les « Tea Party »,  à la Chambre des Représentants en 2010 a inauguré une bataille législative et juridique de longue durée. Les élections de 2012 et 2014 qui ont vu deux renforcements de la majorité de droite à la Chambre et au Sénat ont eu pour résultats 55 votes autour de cette loi. Le nombre témoigne de l’acharnement des Républicains contre l’idée même de couverture santé pour tous. Cette bataille a connu un épilogue provisoire avec la décision de la Cour Suprême du 28 Juin 2012, à la majorité de 5 contre 4, qui a permis de démarrer la mise en place de la loi à partir de 2013.Au passage voilà qui souligne l’importance de la Cour Suprême. Parmi les concessions faites par Barack Obama se trouve l’abandon d’un système dit de « public option », une assurance entièrement gérée par l’état qui serait venu en complément des assurances privées. On se souvient que lors du démarrage du système les opérations informatiques d’inscription ont été perturbées par un système défaillant, sous dimensionné et sans doute mal conçu.

En 2015 la population non assurée est tombée à 28,6 millions (9,1 % du total).

Le contenu de la réforme.

Les compromis nécessaires pour faire passer dans les faits une assurance santé potentiellement ouverte à tous et la nécessité de composer avec les programmes existant ont produit un système assez complexe. Il repose sur trois principes :

  • une obligation pour les individus de s’assurer,
  • des subventions, fédérales ou d’état, pour compléter le paiement des  primes pour les plus démunis,
  • des exigences de couverture minimales et cohérentes entre les régions,
  • Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs d’assurance santé sous forme de plans individuels ou collectifs pour les entreprises.

Les mécanismes mis en œuvre.

  • L’extension de Medicaid pour les revenus les plus bas.
  • L’obligation légale pour tous d’être assurés, soit à titre individuels, soit par l’intermédiaire de son employeur; Cette disposition est un élément majeur destiné à assurer la viabilité du système par la présence d’une diversité d’assurés aux états  de santé divers et donc plus ou moins coûteux pour les assureurs. Cette diversité devait permettre la mutualisation des coûts indispensable. Le défaut de couverture est soumis à des pénalités dont le montant doit dissuader.
  • L’obligation pour les assureurs de couvrir les personnes qui le demandent sans discrimination liées à l’état de santé ou au niveau de revenu.
  • La mise en place de sortes de bourse des contrats d’assurance santé dans chaque conté, une division territoriale proche de nos départements et structurées état par état. Sur ces marchés, nommés « exchanges » les personnes du conté peuvent comparer les offres des assureurs privés, le montant des primes et l’étendue des couvertures pour choisir celui qui leur convient.  Ces bourses sont l’élément crucial du dispositif qui doit permettre d’assurer la mise en cocurrence  des offres.

Pour les personnes les choix disponibles sont donc :

  • Entrer dans un système public (Medicare, Medicaid étendu par Obamacare) si elles sont éligibles.
  • Souscrire une assurance sur marché hors ACA.
  • Souscrire une assurance dans la bourse de son état avec le secours des éventuelles subventions si éligibles.
  • Avoir une assurance « Obamacare » par l’intermédiaire de son employeur.
  • Avoir une assurance non Obamacare par l’intermédiaire de son employeur

La mise en place du système repose sur plusieurs paris. La pérennité du système à terme doit venir du nombre suffisant de soucripteurs et d’un équilibre entre souscripteurs en bonne santé et souscripteurs plus coûteux qui permette la mutualisation. Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs retenus au final bien qu’une option d’assurance publique ait fait partie du projet original. L’extension de marché apportée aux assureurs par le nouveau système est supposé représenter un attrait suffisant.

Le démarrage du système pressentait une difficulté particulière. Il ne pouvait fonctionner correctement qu’une fois arrivé à l’équilibre après avoir « amorcé la pompe ». Plusieurs dispositions conçues pour équilibrer les risques et faciliter le décollage ont donc été ajoutées.

  • Un mécanisme permanent d’ajustement des risques pour les plans individuels et de petits groupes,
  • Un mécanisme de réassurance par lequel les plans cotisent à un fonds de réassurance pour pallier les défaillances, ce mécanisme doit prendre fin en 2017,
  • Un mécanisme dit de « couloirs de risques » (« risk corridors« ) administré par l’administration fédérale pour mutualiser les risques et maintenir la concurrence entre les offres, ce mécanisme prend également fin en 2017.

La loi comprenait également de nombreuses expérimentation éventuellement locales, prenait en compte des spécificités des états et était en partie soumise à leur validation. Le résultat, on s’en doute, est un système d’une remarquable complexité.

Que se passe-t-il actuellement ?

Les résultats sur la santé des nouveaux bénéficiaires sont positifs comme le montre plusieurs études. Celle-ci compare les impacts de l’extension de Medicaid par l’Obamacare dans des états (Kentucky et Arkansas) qui l’ont mis en pratique et un qui ne l’a pas fait (Texas). Barack Obama a signé un article bilan, évidemment positif dans le « Journal of American Medecine Association ». Ici un article du syndicat des employés des Services par un intervenant de l’Ohio.

En plus de la venue à échéance des deux derniers mécanismes d’amortissement des risques (réassurance et couloirs de risques) le succès du système n’a été que relatif et l’équilibre des recrutements d’assurés insuffisant pour assurer une rentabilité correcte du point de vue des assureurs. Dans le détail les situations sont très contrastées entre les états. Par exemple le « District de Columbia » -le pseudo-état de la capitale- possède une place de marché très bien gérée qui fonctionne très bien. Plusieurs assureurs nationaux ont décidés au cours de derniers mois de se retirer des bourses locales, laissant de nombreux contés avec un choix limité, voire sans choix (une seule offre) et exceptionnellement sans offre du tout. La raison invoquée par les assureurs est invariablement le manque de profit et même les pertes qu’ils rencontrent sur ces places de marché. Le dernier cas, celui de la société Aetna un des plus grands assureurs du pays, s’est révélé rapidement sous-tendu par des arrière-pensées. La compagnie a voulu se servir de son retrait annoncé dans la majorité des états où elle participe au programme comme moyen de pression sur le gouvernement Obama pour faire approuver sa fusion avec un autre groupe. L’administration a eu le bon sens et le courage de ne pas céder.

En général les plus petites sociétés d’assurances, ayant la pratiques des marchés de proximité, ont assez bien réussi à tirer leur épingle du jeu mais la situation d’ensemble est effectivement critique. Le recrutement des assurés jeunes, en bonne santé, a été insuffisant. Avec la fin des arrangements provisoires il est prévu que les primes des assurés doivent augmenter l’année prochaine dans de grandes proportions (plus de 10% et peut-être jusqu’à 70%). Le système, qui est assez mal jugé dans les sondages, ne survivra pas en l’état sans intervention ponctuelle ou modification structurelle.

Quelles propositions ?

 Les Républicains.

Depuis le début comme l’illustre la guérilla qu’ils ont menée les Républicains promettent d’abolir et remplacer l’Obamacare. Remplacer par quoi? Et en 2015 les opinions même chez les électeurs Républicains étaient partagés sur l’abolition de l’Obamacare.

Donald Trump fidèle à son habitude de qualifier à grands coups d’adjectifs à seulement dit qu’il remplacerait par quelque chose de « terrific » sans préciser le contenu de sa réforme. Quelques idées de détail ont émises par Trump méritent un examen plus attentif. Il projetterait de nationaliser les places de marché aujourd’hui organisées par contés et gérés par états. Cette idée est en contradiction avec le programme du parti qui prévoit la disparition des « exchanges » et difficile à mettre en œuvre de manière coordonnée du fait des différentes conditions mais elle permettrait une meilleure concurrence. Une autre idée à creuser concerne l’achat de médicaments sur les marchés internationaux (Canada par exmple) qui permettrait de faire baisser certains prix.

Au fil du temps des opinions diverses se sont exprimées dans le parti Républicain. Le parti, sous l’impulsion de Paul Ryan, a fini par faire connaître ses propositions en juin 2016 après de longues hésitations dues à des points de vue  de principe divergents et à la difficulté de revenir en arrière sur un programme difficile à simplement mettre à la poubelle . L’approbation du caucus républicain de la Chambre des Représentants n’est d’ailleurs pas garantie. Le plan consiste à annuler les obligations de souscription et les  subventions au profit d’un crédit d’impôt, à supprimer les bourses gérées par les états. Les personnes devraient donc souscrire sur le marché ouvert des assurances santé. Medicare et Medicaid seraient chamboulés pour être remplacés par une allocation à la personne limitée en montant et partiellement privatisés. Les aspects les plus populaires de l’Obamacare seraient conservés, maintien des enfants sur les assurances des parents par exemple. Une somme globale, 25 milliards de dollars, serait allouée pour 10 ans à l’assurance santé dans le budget fédéral. Paul Ryan, connu comme catholique « social », a bâti son image sur sa sensibilité à ce genre de thème. Cela ne le rend pas forcément très populaire dans la droite évangéliste qui a vite fait de suspecter les catholiques (historiquement de la Nouvelle Angleterre) de penchants « libéraux ».

Les Démocrates.

L’approche d’Hillary Clinton a été depuis le début de la campagne de construire sur l’Obamacare par des modifications partielles (« incremental moves ») pour aller progressivement vers une couverture universelle posée comme un horizon. L’horizon est comme chacun sait une ligne imaginaire que l’on n’atteint jamais. Elle n’avait jamais présenté un véritable plan d’ensemble cohérent et sans Bernie Sanders pour pousser le sujet lors des élections primaires elle ne se serait sans doute que très peu exprimé sur le sujet. L’importance du débat l’a contrainte à publier une série de propositions en Juillet 2016. Les mots clés du document sont universels, qualité, abordable. Les propositions portent sur :

  • L’extension de Medicaid dans les 19 états qui ne l’ont pas fait. Trois millions de personnes sont concernées. La proposition est typique du « centrisme » clintonien car il implique de travailler avec les gouverneurs (Républicains) des états en question.
  • Contrôler les coûts des actes, des médicaments, des assurances santé par des actions réglementaires de limitation des prix et de mises en concurrence.
  • Créer un service public (la fameuse « public option ») pour les personnes à partir de 55 ans en extension de Medicare mais sans supprimer ce dernier.
  • Tripler les fonds des centres de santé fédéraux (FQHC= »Federally Qualified Health Centers »). Ce programme désigne d’abord une ligne de financement du ministère de la santé qui est utilisée pour alimenter les centres de santé de plusieurs programmes. Cette disposition est une des plus intéressantes car les centres sont gérés par les organisations locales et apportent une concurrence bienvenue dans l’ensemble.

Bernie Sanders avait proposé dans sa campagne des primaires un système sous le terme de « single payer ». L’expression est souvent mal comprise et certains ironisent qu’il s’agit de promettre aux gens une assurance qui ne leur coûte rien et qui serait payée par d’autres. La proposition de Sanders, financée par une imposition spécifique, était intrinsèquement cohérente. Il ne fait aucun doute qu’elle était politiquement intenable car elle signifie la nationalisation de fait d’une partie de l’industrie de l’assurance. Elle était également impraticable immédiatement car il est impossible de réformer brutalement un système de cette complexité sur toute l’étendue territoriale du pays. La campagne Sanders a eu l’effet indéniablement bénéfique de relancer le débat et pousser la réflexion du pays plus loin qu’on ne l’aurait cru possible. Au point que même une partie des électeurs Républicains n’est plus hostile à une « option publique » partielle. Une proposition de système étatisé sera même proposé au vote de l’état du Colorado lors du scrutin du 8 Novembre. Cette initiative a provoqué une bataille au sein même su parti Démocrate dont le gouverneur de l’état et un sénateur ont reçu des contributions en argent des grands assureurs. L’initiative a été mené par des organisations locales qui ont rassemblé les signatures nécessaires pour inscrire le projet au vote.

Et maintenant.

 La complexité du système actuel et sa crise latente implique qu’il soit réformé et simplifié de fond en comble. Sans réforme à court terme la crise peut être évitée à court terme. Les avis divergent sur l’importance des hausses de prime à venir immédiatement. Il n’y a aucun doute cependant qu’il s’agit d’une bombe à retardement qui ne manquera pas d’éclater si la question n’est pas traitée. J’ai évoqué il y a quelques mois l’urgence et la taille du problème des infrastructures matérielles, routes, ponts, aéroports, eau, … du pays. Cette question n’est pas fondamentalement différente. Il s’agit d’une infrastructure non-matérielle qui porte sur l’organisation des relations sociales.

Turquie : une analogie à discuter.

Sur openDemocracy, ce billet, ouvre une réflexion à laquelle je n’avais pas pensé. Le coupd d’état en Turquie, par ailleurs intrigant dans son amateurisme malgré les moyens mis en œuvre, aura pour seul résultat immédiat de faciliter la marche vers le régime encore plus autocratique que souhaite Erdogan, régime à base religieuse et paré de vertus démocratiques puisqu’il est à la fois et à peu près au même moment adoubé par une Union Européenne toujours plus veule et vainqueur du plus classiquement antidémocratique des mouvements.
J’ai toujours du mal avec les conspirationnismes de toutes sortes et je ne veux pas donner l’impression que le coup a été  fomenté ou suscité indirectement par le sultan turc. La stupidité de militaires coupés des réalités et affolés de voir leurs derniers lambeaux de pouvoir s’effilocher peut suffire à lancer une opération imbécile.

L’article rappelle que le fascisme n’existe pas sans une base populaire qui le soutient et le rend en apparence légitime à ses débuts au nom même de la démocratie.

Le résultat est sans appel : à qui profite les crimes, au sens propre du mot crimes ?

Et il y a bien au moins deux crimes. Contre toutes les victimes d’une part, contre la démocratie d’autre part.

Sans compter les crimes induits que le régime a commencé de commettre.

Une analyse du referendum Brexit.

Je faisais confiance à Matt Singh, du site Number Cruncher Politics, pour être le meilleur prédicteur des consultations électorales britanniques. J’ai été très étonné du résultat du referendum. Contrairement à l’année dernière quand je ne voyais pas les raisons politiques d’une victoire éventuelle des travaillistes je n’avais aucune idée sur le résultat probable et les analyses basées sur les sondages me semblaient crédibles.

Matt Singh a lui-même été pris par surprise par le résultat et a mis quelques temps à réagir. Le premier article, trois jours après, n’apportait rien d’autre que « j’ai besoin de temps pour analyser tout cela ».

Il a fallu attendre le 5 Juillet pour le résultat publié ici et en fait . Et les conclusions sont intéressantes.

Il trouve que l’erreur dans les prévisions de résultat du referendum ne vient pas des techniques de sondages et d’interprétation qui ont été largement discutées, entre autre la manière de traiter les différences entre sondages Internet et sondages téléphoniques qui ne donnent pas les mêmes résultats. L’erreur de base aurait consisté à penser que le comportement des électeurs et des abstentionnistes restait le même. Le taux de participation élevé au referendum a donc été supposé plutôt favoriser le « remain » du fait de l’enthousiasme supérieur des partisans du « leave ». Or il s’avère au vu des études détaillées que les nouveaux votants sont vraisemblablement des  abstentionnistes de long terme qui ont saisi l’occasionn d’un vote explicite et franc contre l' »establishment ». Les études antérieures avaient laissé penser que les abstentionnistes et les votants partageaient  les mêmes idées sur l’Union Européenne. Il s’avère que c’était faux et qu’une quantité suffisante a décidé de retrouver le chemin des urnes alors qu’ils n’avaient  pas voté pour le UKIP l’année dernière. Il s’agit donc d’un phénomène nouveau encore peu analysé. Si ces personnes sont revenus dans le jeu politique à cette occasion on peut se demander dans quelles conditions elles peuvent y rester et prendre leur place active dans un processus démocratique renouvelé. Je n’étais, et ne suis toujours pas, convaincu des effets délétères du Brexit car je pense que la destruction démocratique de cette Union Européenne est la seule voie pour nous reconstruire un futur. En voilà un autre indice.

Et l’écœurement Barroso n’en est qu’un indice de plus.

Dallas, un univers pas si impitoyable

Dallas, le nom résonne dans nos mémoires. Les images du film de Zapruder ont gravé l’assassinat de Kennedy. Un feuilleton télévisé en a fait l’archétype du ringard de mauvais gout et un tireur fou vient de reporter le curseur  vers le tragique. Que savons-nous de la cité ?

La troisième cité par la population de l’état du Texas est aussi le centre de la quatrième agglomération du pays. La ville elle-même compte 1,3 millions d’habitants et l’agglomération (Metroplex qui inclut Fort Worth) 7,1 millions (nombres du dernier recensement). La répartition ethnique de la population  a beaucoup évolué au cours du dernier siècle.

En 1950 la répartition dans la métropole est  :

  • Blancs……….. : 66,9 %
  • Noirs…………. : 24,5 %
  • Hispaniques.. : 7,5 %
  • Asiatiques….. : 0,2 %

En 2010 :

  • Blancs……….. : 28,8 %
  • Noirs…………. : 25 %
  • Hispaniques.. : 42,4 %
  • Asiatiques….. : 2,4 %

Comme d’habitude dans le pays on compte les blanc non-hispaniques comme un groupe homogène distinct. Le changement spectaculaire concerne évidemment les hispaniques qui sont maintenant la majorité de l’ensemble. Le groupe Asie-Pacifique (Hawaï et immigrants d’Asie) comme dan sle reste du pays constitue un petit effectif mais qui a la plus forte croissance. Les inégalités sociales se répartissent de manière habituelle avec un centre aisé et plutôt blanc et une périphérie qui concentre les populations les plus pauvres. Le maire Mike Rawlings est Démocrate. La répartition démographique (25% noirs, 42 % Latinos) est typiquement favorable au parti bleu. La ville est reconnu dans les médias comme plutôt agréable à vivre. La scène artistique maintient une réputation qui vient de loin comme le rappelle ce standard (Le « deep ellem »de la chanson est « Deep Elm Street » au centre du quartier musical et théâtral). Elle reste cependant loin derrière Austin que chante Patricia Vonne, la sœur du ralisateur Robert Rodriguez.

L’histoire a montré avec la tuerie qui a visé la police la semaine dernière plus de cruauté que d’ironie. Si une ville méritait d’être citée en exemple pour un travail efficace d’amélioration des relations entre la police et les communautés ethniques c’est bien Dallas. Cet effort accompagné d’une réelle réduction de la criminalité a d’ailleurs été salué bien avant la semaine dernière. Le chef de la police David Brown s’était exprimé après les manifestations de Ferguson quand un policier de Dallas avait tué une personne dans un faubourg de Dallas sur les relations avec la communauté noire. Il avait expliqué ce que la presse avait déjà à eu l’occasion de souligner : une politique de transparence sur tous les incidents qui inclut de publier toutes les informations sur les incidents y compris l’appartenance ethnique des victimes et des agents. Ce travail de fond a été initié par son prédécesseur David Kunkle à partir de 2004. A l’époque la ville présente un bilan criminel désastreux, pire que Chicago, New-York ou Los Angeles réputées pour la violence et la civilité discutable de leur services de police. En dix ans le  taux de criminalité a baissé de 50%. Les cambriolages baissent de 10 % par an comme les agressions sexuelles. En 2015 déjà l’efficacité de la politique de la police de Dallas était remarquée par des journaux nationaux. On peut remarquer que cela s’est fait dans le cadre d’une politique organisée de relations avec les communautés qui se traduit par des mesures concrètes et visibles. L’entraînement à l’usage des armes à feu auparavant pratiqué tous les deux ans est  devenu obligatoire tous les deux mois. Les caméras individuelles sans être systématiques sont employées. Une mesure qui peut sembler anodine me parait très significative. Les procès-verbaux pour incidents de la circulation ne sont pas encouragés Il a d’ailleurs baissé de moitié. Il existe par ailleurs dans le pays des témoignages de l’utilisation par les municipalités de ces contraventions comme outils de collecte de fond qui frappent de fait plus la population la plus démunie. Les plaintes pour usage excessif de la force ont baissées de 64%. Des démissions et même des licenciements à la suite de comportements abusifs de policiers ont eu lieu. Mais le plus spectaculaire est ceci. Le site web où la police de Dallas publie les incidents impliquant des policiers avec les noms des personnes impliquées et des agents ainsi que les suites judiciaires.

Peut-être que Dallas était la ville la mieux préparée pour surmonter une attaque de ce genre.

A suivre.

Grèce, Royaume Uni, les référendums miroirs

Dans les deux cas l’attente du politicien initiateur de l’opération est déçue par le peuple qui vote de manière significative. Les résultats politiques sont d’autant plus frappants que celui qui a menti sur l’issue souhaitée du vote est resté au gouvernement et que celui qui voulait gagner le vote doit partir dans la confusion et le ridicule.

Le pays qui n’aurait jamais du entrer dans l’Union y reste et celui qui serait justifié  pour y jouer un rôle stabilisateur s’il avait la volonté de jouer le jeu va en sortir. Les déséquilibres économiques structurels sortent accrus du cycle. Les mouvements provoqués sur les marchés britanniques relèvent de l’irrationalité financière habituelle et non des conséquences mécaniques du Brexit qui n’a pour l’instant donné lieu à aucune action réelle. Voilà qui ajoute à la sombre ironie de la situation. Les apprentis sorciers néo-libéraux se brulent à leur propre feu, déclenchent une prévisible panique financière et vont se voir contraints de renoncer à leur sacro-sainte austérité pour relancer une machine qu’ils ont fait caler. Georges Osborne contraint d’appeler Keynes à la rescousse. Humour britannique ?

Les dégâts politiques ne sont pas en reste.  Des deux côtés, grec et britannique, les défaites morales s’accumulent. Le principe démocratique bafoué par les calculs de dirigeants politiques cyniques en prend un coup. Ils utilisent l’arme d’une consultation montée en épingle comme le summum de la démocratie. Résultat : le referendum devient, ce qu’il a plus ou moins toujours été, une arme de destruction massive de la démocratie, la porte ouverte aux déferlements de sentiments simplistes et inavouables.  La confusion s’installe autour de l’idée européenne confondue chez beaucoup avec l’image de l’Union Européenne. Au nom de la défense de la solidarité on mobilise les énergies pour la défense du status quo pourtant mortifère. Par exemple la campagne « Another Europe is Possible » porte quasi malgré elle comme sous-texte « Cette Union est démocratisable » ce qui est profondément trompeur. Il faut le répéter autant que nécessaire. La clé de voute de l’Union Européenne est l’Euro qui verrouille les états dans leur impuissance économique, les contraint à emprunter au prix fort sur les marchés financiers par ailleurs maîtres du reste du jeu économique. Les seuls espaces démocratiques existant, les états-nations, se trouvent réduits à la sujétion, soumis à des organes exécutifs sans contrôle et  même non-statutaires comme l’Eurogroupe.

A près d’un an et 2400 kilomètres de distance les deux referendums se font écho pour ébranler la démocratie et l’idée même de la solidarité entre les peuples d’Europe déjà travestie par une caste politique devenue autiste dans sa tour d’ivoire bruxelloise. Combien de temps pourrons-nous continuer à vivre sur ces mensonges ?

 

Bong sang, c’est un problème anglais.

La dernière livraison du livre « Blimey, it could be Brexit » qu’Anthony Barnett (désolé l’article Wikipedia n’existe par en français) écrit au fil des semaines avant le referendum anglais vient juste à temps au sujet central pour lui. Il a consacré une bonne partie des efforts de sa vie à combattre pour une constitution formelle, totalement écrite et démocratique du Royaume-Uni. Le débat politique des dernières décennies tel qu’il culmine de manière totalement biaisée dans le referendum actuelle a mis en évidence un déficit démocratique majeur. L’Ecosse est dotée d’un parlement et d’un gouvernement dont les pouvoirs devraient être éendus à la suite des promesses faites par tous les partis politiques britanniques poussés par la peur de la possible décision de 2014 de l’indépendance écossaise. Le pays de Galles possède les mêmes institutions en mode mineur ainsi que l’Irlande du Nord. A Westminster siège une sorte de Westmonster qui est le parlement du Royaume-Uni. Le peuple anglais se trouve donc être le seul sans représentation parmentaire. Pour Anthony le principal malaise et l’explication partielle de la colère incarnée par UKIP prennent leurs sources dans ce deficit. Son analyse et sa revue de l’histoire britannique et anglaise est diablement intéressante, particulièrement pour nous français dot l’histoire parallèle et souvent rivale a vu des affrontements nombreux entre nos nations.

J’ai exprimé sur openDemocracy mes désaccords avec Anthony sur quelques points qui relèvent de la tactique (je pense que le Brexit aurait pu être le stimulus déclencheur de la nécessaire destruction de l’Union Européenne). Aujoud’hui le Brexit improbable tout au long de la campagne est devenu  impossible depuis l’assassinat de Jo Cox. Le Bremain a, à son corps défendant, acheté la victoire au prix fort.

Lire « Blimey, it could be Brexit » reste une lecture essentielle à tout amoureux de la démocratie en Europe.

Bonne semaine

Dominique

De quoi Drumpf est-il le nom ?

Dans son intervention du 28 févier John Oliver, célèbre présentateur anglais de l’émission hebdomadaire « Last week tonight » sur HBO, a pour la première fois consacré une émission entière à Donald Trump alors qu’il s’était engagé à en parler le moins possible. Le danger se précisant il a changé de point de vue. Cela au moins m’a bien fait rire.

John Oliver rappelle que son prédécesseur a été moquée par Trump pour avoir changé son nom de Jonathan Leibowitz en Jon Stewart comme s’il avait honte de ses origines. On peut d’ailleurs se demander ce que laisse entendre cette supposition de relent antisémite. Par la suite Trump a évidemment nié publiquement avoir critiqué Jon Stewart. Le plus drôle vient en fin d’émission quand Oliver dévoile que le nom d’origine de la famille Trump est en fait Drumpf. Un des ancêtres a changé de nom avant l’arrivée du grand-père de Donald aux Etats-Unis d’Amérique. Oliver met en évidence combien cela change les choses. Trump se comporte essentiellement comme un bateleur, un comédien pour qui la vérité importe moins, en fait pas du tout, que l’affirmation spectaculaire. Le mot Trump, la sonorité même, sonne comme une liase de billets de 100 dollars qui gifle la joue d’un valet. Essayez donc avec un son comme « Drumpf ». Et il s’arrête pas là. Il annonce la création d’un site web,  http://www.donaldjdrumpf.com. Sur ce site vous pouvez acheter des casquettes siglées « Make Donald Drumpf again », vendues à prix coutant, ou télécharger un petit morceau de logiciel intéressant. Il s’agir d’un ajout que ceux qui utilisent le navigateur Chrome -dont je ne suis pas car je fais partie des idiots qui dans une illusoire tentative de dégoogueulisation se refusent autant que possible à utiliser les produits de Big Brother- peuvent installer. Ce « plugin » a pour fonction de transformer automatiquement toutes les instances du mot Trump en Drumpf dans les pages affichées.

John Oliver apporte au passage d’autres informations. Entre autres sur le financement de la campagne du Donald. Il prétend la financer directement. En fait il a prêté plus de 17 millions de dollars à sa campagne qu’il devrait se faire rembourse quand les financements venus des soutiens de la campagne du Parti républicain seront arrivés. Bien joué. La contribution directe de Donald Trump à la date de la diffusion était inférieure à 400.000 dollars. Voici une occasion de regarder de plus près la fortune de l’individu. Sa popularité repose en bonne partie sur son image d’homme d’affaire qui réussit tout ce qu’il entreprend. Remarquons aussi au passage que les projets de Trump dans des pays musulmans ou son partenariat avec le fils d’un oligarque azéri ont disparus de sa communication.

La publication, obligatoire pour un candidat, de sa situation de fortune.

La publication de ses avoirs.

Dès le début de la campagne Donald Trump a publié comme il est obligatoire un état de sa fortune. Le règlementation n’impose pas un détail absolu sur le toit si bien qu’il reste des zones d’ombre. S’agissant d’une pure déclaration sans contrôle systématique on peut s’interroger sur la consistance du contenu. Dans ce document Trump évalue ses avoirs à 8,7 milliards de dollars, dont, ne riez pas, 3 milliards pour son nom en tant que marque qu’il vend à des investisseurs pour par exemple construire un immeuble qui porte le nom de Trump. L’image de batisseur se révèle ainsi trompeuse car il s’agit en général de simples étiquetages. Bloomberg a analysé les biens de Trump avec les méthodes utilisées pour évaluer toutes les grandes fortunes. Le résultat est sans appel : 2,7 milliards de dollars. Bloomberg a même publié un article titré « Cher Monsieur Trump, moi aussi je vaux 10 milliards » qui démontre comment faire ce genre d’estimations fantaisistes. Le même auteur publie dans le New-York Times un résumé de l’évolution de la fortune officielle qui est assez troublant. Et il va même plus loin. Il enquête auprès de l’entourage de Trump, conclut que le « milliardaire » ne possède réellement pas plus de 250 millions. Trump l’attaque en justice et réclame, devinez combien ? 5 milliards de dollars. Que croyez-vous qu’il advint? Trump perd en première instance et en appel. Forbes de son côté calcule 4,5 milliards de dollars. Comme Trump l’a dit lors d’une interview cela change avec son humeur.

Cette publication montre un autre aspect inquiétant : les prêts accordés au candidat, au total 16. Son prêteur favori est sans conteste la Deutsche Bank. On dénombre quatre prêts pour un total d’au moins 295 millions de dollars. Le total n’est pas connu en raison de la faiblesse des obligations de déclaration. En quoi cela pose-t-il problème ?
La Deutsche Bank a plusieurs fois eu affaire avec les autorités de régulation de la transparence dans plusieurs pays et a été condamné a ds amends pour un total de 2,5 milliards de dollars. Pour un candidat qui pourrait devenir président voici un beau conflit d’intérêts. Si l’usage continu depuis des décennies que les président parquent dans une structure ad’hoc leurs avoirs durant leur mandat cela n’a rien d’obligatoire. Barack Obama ne l’a d’ailleurs pas fait étant donné le relativement faible niveau des avoirs de la famille et leur nature de placements sans histoire. La question du conflit d’intérêt prend toute son acuité si l’autorité suprême en charge de la mise en œuvre des politiques de régulation est lié à une partie en cause. Pour l’instant Donald Trump ne s’est pas exprimé sur la question.

Ajoutons les poursuites en cours autour de la « Trump University« , une entreprise qui promettait de faire de vous un super-crack de l’immobilier, contre plusieurs dizaines de milliers de dollars quand même. Ces poursuites prennent actuellement deux directions inquiétantes pour Trump mais aussi pour le Parti Républicain.
D’abord à son habitude le Donald n’a pas fait dans la dentelle et a accusé le juge en charge du dossier de partialité car il est d’ascendance mexicaine. Les parents du juge étaient immigrés. Le juge Curiel lui est un citoyen né dans l’Indiana dont une bonne partie de la carrière a consisté à se battre contre les cartels de la drogue. Alors que Trump et les Républicains rament comme des fous pour ne pas perdre trop de plumes dans l’électorat hispanique voilà qui tombe mal.
D’autre part certaines des poursuites ont été abandonnées après des dons aux campagnes électorales des procureurs ou juges concernés. Et là ressort le spectre de la corruption.

On peut rêver : et si Drumpf se détruisait lui-même ?

Vous voulez rire ?

Je croyais à un canular quand j’ai lu ceci. Une partie, que l’on espère limitée et contrôlée, du système de feu nucléaire des États-Unis d’Amérique tourne sur des ordinateurs très vieux et plus maintenus par le constructeur depuis des années, des IBM Series/1. The New Republic a choisi une approche très parlante : votre téléphone est plus puissant que le système de l’arsenal nucléaire du pays.Pour illustrer le propos il s’agit de machines équipées de disquettes de 8 pouces. Je suppose que personnes parmi les lecteurs n’en a jamais manipule. Pour quoi sont-ils toujours en service ? La réponse est d’une évidence toute militaire : parce qu’ils fonctionnent.  Ce n’est pas si bête.

IBM Series/1

Le rapport détaille d’autres choses du même tonneau. Une partie du  code daterait des années 1950.

La nouvelle a été répercutée sur Wikipedia.

On annonce aussi qu’il devraient être remplacés en 2017. Les nouvaux systèmes seront-ils aussi fiables ?

Nous vivons dans un monde formidable.

Bonne journée à tous.

Bernie Sanders renonce (et gagne ?). Clinton rattrappée par les e-mails ?

Bernie Sanders a donné le premier signe de reconnaissance du rapport des forces issu des élections primaires Démocrates quand il a démobilisé une partie de ses équipes. Il  a commencé cette semaine à engranger les gains de sa spectaculaire campagne. Tout le camp progressiste craignait, et craint encore, une Convention houleuse et une guerre entre partisans de Clinton et de Sanders qui serait synonyme de défaite face à Donald Trump et surtout de recul dans les assemblées. Ce résultat dans les assemblées fédérales et des états serait d’autant plus catastrophique que les élections de 2016 précéderont le recensement de 2020 qui fournira les données pour le redécoupage des circonscriptions électorales. Ce redécoupage pourrait consacrer la perspective de la majorité Républicaine permanente analysée dans ce numéro de la revue HERODOTE.

La campagne a d’autant plus étonné que le candidat ne présente pas un charisme particulier, qu’il a plutôt l’allure d’un vieux professeur un peu voûté et qu’il parle politique comme presque jamais dans le pays. On trouve  des auteurs pour se demander ce qui fait son succès. La réponse tombe à près unanime : la jeunesse plus que les idées politiques opère. Contrairement à ce que voudrait croire une bonne partie de la gauche européenne Bernie n’a pas convaincu la jeunesse par ses idées de gauche mais au contraire est en train d’amener à gauche une jeunesse en perte d’objectifs et de repères qu’il attire par la rupture qu’il propose. Voilà qui souligne une fracture générationnelle qui ne facilitera peut-être pas la réconciliation au sein du camp Démocrate.

La commission du programme et l’état des forces.

Bernie Sanders, dont on ne peut suspecter l’astuce politique, a fait un pas décisif mais tactique dans le sens de l’apaisement. Alors que les membres de la commission de préparation du programme (« Platform Drafting Committee« ) de la Convention sont statutairement désignés par la présidence leurs noms ont été négociés. La présidente du Comité National du Parti (« Democratic National Committee« ), Debbie Wasserman Schultz, a publié les 15 noms qui se répartissent en 5 venant de Sanders, 6 de Clinton, 4 de Wasserman Schultz. Il faut ajouter deux membres sans droit de vote. Si le symbole est significatif il ne faut pas s’illusionner. Dans aucune campagne électorale le programme n’a réellement contraint le candidat. Hollande nous a en donné la preuve la plus éclatante qui soit. La composition semble pourtant éminemment politique.

Nommés par Sanders, une seule femme, tous connus pour leurs engagements sur la palette des thèmes de la campagne :

  •     Bill McKibben, activiste environementaliste, fondateur de 350.org
  •     Keith Ellison, représentrant du Minnesota
  •     Deborah Parker, connue comme défenseure des amérindiens et des droits des femmes
  •     James Zogby, le plus polémique car connu comme soutien de la cause palestinienne mais conseiller électoral de Jesse Jackson, Al Gore et Barack Obama
  •     Cornel West, universitaire et membre d’un parti ouvertement « socialiste ».

Nommés par Clinton, la balance penche plus à gauche qu’on ne l’aurait attendu, autre effet peut-être de la campagne :

  • Carol Browner, le penchant institutionnel de McKillen, la confrontation des deux sera intéressante et devrait garantir un programme Démocrate orienté environnement,
  • Paul Booth, vétéran syndicaliste censé apporter à la campagne sa légitimité aux yeux des employés et ouvriers,
  • Wendy Sherman, passée par le droit des femmes (Emily(‘s list) et diplomate aguerrie qui a négocié l’accord sur le nucléaire iranien,
  • Neera Tanden, d’origine indienne
  • Alicia Reece, technocrate connue pour son travail sur la justice sociale et raciale
  • Luiz Gutierez, défenseur des droits des immigrés.

Nommés par Debbie Wasserman Schultz, c’est-à-dire par le clan Clinton :

  •     Elijah Cummings, préside la commission
  •     Howard Berman, est un vétéran du Congrès aux talents diplomatiques plus reconnus que son penchant progressiste
  •     Bonnie Schaefer, connue pour son implication dans le combat institutionnel pour l’égalité des droits
  •     Barbara Lee, possède une (très) longue expérience du Congrès et des Conventions, a été la seule a voter contre la guerre en Afghanistan.

Les deux membres sans droit de vote sont :

  •     Maya Harris, conseillère de campagne de Clinton
  •     Warren Gunnels, conseiller politique de la campagne de Sanders.

L’équilibre global de la commission ne peut pas cacher la principale différence entre les deux « délégations » de Sanders et Clinton. Chez les premiers est privilégié le mouvement militants, chez les seconds on trouve des vétérans des combats administratifs, législatifs et juridiques. Que peut-il en sortir ? Probablement pas grand-chose tant l’exercice de rédaction d’un programme qui doit être approuvé et amendé par la Convention est formel. Le maintien de la pression par la campagne de Sanders prend alors son sens. Jusqu’au bout, et même durant la campagne l’effort devra se maintenir sur un Parti Démocrate bien plus « Clintonisé » qu’il ne peut apparaître à première vue. Cette force des Clinton dans l’appareil et dans l’idéologie du parti, probablement assez proche de celle de François Hollande leur permet de faire des concessions apparentes à leur gauche comme la composition de la commission de préparation du programme dans l’espoir de faire taire la contestation et de gérer ensuite la campagne à leur guise. Une autre concession semble être en chemin : le sacrifice du soldat Wasserman Schultz.

Dégâts collatéraux.

La présidente du Parti Démocrate ne peut pas cacher ses liens avec le monde des affaires et en particulier la finance . En plus d’être la victime expiatoire possiblement offerte à « l’armée de Bernie » Wasserman Schultz a eu le malheur, ou la maladresse, ou la franchise, de s’en prendre au bébé d’Elizabeth Warren, le Bureau de Protection des Clients de la Finance (« Consumer Financial Protection Bureau« ) qu’elle aurait bien voulu rendre moins efficace en reportant à plus tard sa mise en place. Elle s’était pour cela allié avec des députés Républicains, mouvement un peu trop visible en temps de campagne électorale très polarisée. La question de son départ de son poste à la direction du parti court depuis quelques temps. Il est peu vraisemblable que les Clinton concèdent trop visiblement une victoire de cette ampleur qui affaiblirait leur mainmise  sur l’organisation mais si l’intérêt de la campagne et donc le leur est en jeu…Sanders a d’ailleurs annoncé soutenir son adversaire pour la primaire Démocrate du siège de député de Floride.

Warren, encore et toujours.

De plus en plus incontournable Elizabeth Warren devrait jouer, même si cela se passe en coulisse, un rôle majeur dans la pacification du camp Démocrate.  Elle n’a pas choisi de désigner un favori dans la course des primaires. Son poste de sénateur dans un état au gouverneur Républicain en font un acteur précieux précieux pour  le Parti démocrate. Son image progressiste grâce en particulier à son rôle de « gendarme de Wall Street » avec la création du « Consumer Financial Protection Bureau » l’ identifie à gauche. Elle a d’ailleurs été très en pointe  les dernières semaines dans le combat contre Trump par une série d’attaques remarquées sur Tweeter.

Petites nouvelles.

Un allié inattendu du candidat Démocrate se pointe à l’horizon de Novembre. Alors que le jeu des candidatures semi-marginales jouaient plutôt au désavantage du camp progressiste avec l’exemple historique de Raph Nader supposé avoir fait perdre Al Gore en 2000 comme Taubira a perdre Jospin en 2002 (dans le cas français on sait bien que Jospin a perdu du fait de sa propre volonté de ne pas faire campagne). Si Ralph Nader  semble en effet cette année avoir définitivement perdu tout sens politique la surprise pourrait venir de l’autre bord, l’extrême-droite. Le candidat pressenti du Parti Libertarien, Gary Johnson est crédité d’un étonnant 10 % des voix. Celles-ci viendraient en priorité d’électeuts habituellement Républicains et pourraient assurer la victoire de Clinton dans des états critiques (Colorado, Floride, Ohio ou Arizona). Il suffirait, d’après les sondages actuels, que 5 % des voix se détournent Trump pour le condamner à la inexorablement à la défaite.Et, tout aussi important à entrainer un recul Républicain dans les assemblées fédérales et locales.

Dernière minute.

L’épée de Damoclès serait-elle en train retomber ? Les enquêteurs du Département d’État viennent de publier le rapport qui conclut que Hillary Clinton   a violé les règles en vigueur dans l’affaire des e mails. De plus ils affirment que Clinton et ses conseillers n’ont pas collaboré avec les enquêteurs. Le rapport accuse au-delà de Clinton le ministère d’avoir été de longue date défaillant sur la sécurité. Cela peut-il relancer la campagne et rebattre les cartes ?
Malgré tout le rapport ne conclut pas à une responsabilité importante de Clinton et conclut comme le note Kevin Drum : »Rien de nouveau« .

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