DOMINIC77

Un peu de tout

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Peut-être mes photos, ou celle de gens que j’aime ou des photos que j’aime.

Mon souvenir de Jacques Rouffio

Été 1967. Je suis étudiant à L’École Nationale de la Photo et du Cinéma, connue sous le nom familier de « Vaugirard » comme la rue où elle se trouve. Après un boulot d’été au labo de la RTF à Cognac-Jay je participe à un stage organisé par  un ciné-club qui se tient à Tours. Une semaine durant, dans l’Université de Grammont encore déserte, avec mon copain Nicolas, la belle Brigitte, Noël S. et ceux dont les noms se sont envolés et dont seules quelques photos vite développées au labo de l’école m’ont permis de ne  pas oublier les visages. Nous vivons cinéma vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’y ai pris quelques leçons de cinéma toujours vivantes, « l’Aurore » de Murnau en tête.

Enfermés sur notre campus il faut un étranger pour nous ouvrir quelque peu les portes. Reconnaissant à la région qui a accueilli sa première réalisation un auteur inconnu de nous vient présenter en avant-première le film par lequel il devient un vrai réalisateur. Aurait-il été un faux réalisateur auparavant ? Nous apprenons rapidement qu’il passe pour « le grand raccommodeur » de scripts cassés, celui que l’on appelle au secours dans les cas désespérés de dépassement de budget. On dit qu’il a réalisé par loin de la moitié de « La grande vadrouille » avec la seconde équipe.

Jacques Rouffio est mort le 8 Juillet 2016. Je ne l’ai rencontré que trois ou quatre fois, jamais longuement, une seule fois en particulier, toujours avant Mai 1968. Son souvenir me reste bien vivant. Je lui dois d’avoir ouvert les yeux sur bien des choses. Son premier film, « L’horizon » est rarement cité par les critiques et les journalistes. Et pourtant…

A l’époque les mutineries de 1917 sont un territoire inconnu  de notre mémoire collective, en particulier cinématographique. Deux films connus les évoquent. Le plus direct vient du monde anglophone, « Les sentiers de la gloire » signé par un Stanley Kubrick qui n’a pas encore atteint la notoriété que lui vaudra « 2001 … » l’année suivante. En France Claude Autant-Lara a osé adapter « Le diable au corps » de Raymond Radiguet dans lequel on aperçoit les événements du front comme une toile de fond annexe du récit principal. Et puis rien ou presque. Cette guerre qui a massacré la jeunesse de mes grands-pères devient digne d’intérêt. Des êtres humains en sont pour la première fois peut-être l’enjeu. Sur le point d’entrer en politique -six mois plus tard je serai militant encarté d’extrême-gauche- j’ouvre les yeux sur l’Histoire.

Je les ouvre aussi sur la campagne tourangelle, sur les intérieurs éclairés par Raoul Coutard à l’inverse de ce j’apprends à l’école, pour la clarté et l’efficacité du récit, pas pour une réalisme de convention soudain vieux de plusieurs siècles.  Ma révolte contre l’académisme trouve de quoi se nourrir mais en avait-elle vraiment besoin ?

La musique du dénommé Gainsbourg dont je connais depuis des années l’originalité et l’audace en chansons me fait découvrir un univers créé à partir de deux pianos préparés.

Décidé à suivre l’aventure de la sortie du film produit avec peu de moyen et grâce à la volonté d’un jeune homme qui a même du faire l’acteur dans le film j’en parle à mes proches. Ainsi mon colocataire François et un oiseau perdu nommé Yvon, de passage dans notre appartement, assistent aux premières projections. Le jeune producteur participe à l’une d’elles. Yvon qui a l’œil acéré remarque combien le jeune homme semble falot, insignifiant quand il parle devant un auditoire alors qu’il intimide sur l’écran. Le garçon s’appelle Francis Girod, après plusieurs aventures dans la production il deviendra un réalisateur connu des années 1980.

Lui aussi travaillera avec Georges Conchon, auteur du scénario de « L’horizon ». L’homme que je vois encore à la télévision écouter avec délice le phrasé d’une citation. J’étais peut-être bien vieux pour découvrir le plaisir de la  fluidité du texte, que l’écriture n’était pas que l’observance des règles enseignées par mon instituteur de père.

La dernière rencontre avec Jacques Rouffio, sans doute début 1968, reste gravée dans mon souvenir. Le film était présenté à Montreuil dans un cinéma qui servait de vitrine au critique de l’Humanité dont j’ai oublié le nom. Rouffio, ce critique et moi décidons de prendre un verre à côté pendant la projection du film que nous connaissons tous. J’ai oublié à peu près tout du contenu précis de la discussion. Il me reste ceci. A un moment le sale gosse gauchiste, membre d’une organisation particulièrement anti-stalinienne, que j’étais à l’époque fait une réflexion sur le manque de caractère offensif de la critique de la guerre que je ressens dans le  film. Très doucement Rouffio, qui n’a visiblement aucune envie de voir la discussion tourner à la polémique avec le plus ou moins officiel représentant du Parti me suggère de lire la dernière page du numéro en cours des « Lettres Françaises ». J’y trouverai les réponses que je cherche. Je le fis et j’ai compris. Compris qu’il est souvent utile de  réfléchir avant de provoquer. J’ai aussi pris une leçon de comportement et de modestie ce jour-là, une leçon que j’ai mis longtemps à assimiler et  qu’une autre personne m’a resservie dans un autre contexte bien plus tard mais ceci est une autre histoire.

Voyez, revoyez les films de Jacques Rouffio, lisez Georges Conchon. Aussi démodé que cela puisse paraître.

Première rose …

… de l’année.

Ces dernières années le majestueux Maigold qui trône au milieu du jardin inaugurait la saison. Cette année, conformément aux dires du poète Old Blush a battu tout le monde de vitesse.

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Old Blush 2015. Photo Dominique Courtois, domaine public

 

Marchons, marchons, …

Catherine et moi avons assisté hier Lundi 2 mars 2015 à la projection du film « Démarche », un web-documentaire sur le périple d’une jeune marcheuse de Seuil.

Seuil est l’association créée à l’initiative de Bernard Ollivier, l’auteur des trois volumes Longue Marche, récit de ses quatre été de marche sur la Route de la Soie, d’Istambul à Xi’an.

Inspiré par l’exemple d’une association belge rencontrée sur un chemin pédestre Bernard Ollivier, convaincu que la prison est le dernier endroit où mettre des adolescents d’une part et que la marche est une école efficace de bien-être et de reprise de contrôle de soi d’autre part a mis toute son énergie dans ce projet qui consiste à proposer à des jeunes gens en crise, comme alternatives à des mesures de contraintes,  des marches  longues (2000 km environ, 3 mois) avec un accompagnant, à l’étranger pour éviter de faciliter la trop facile tentation de renoncer à la première difficulté, sans musique ni téléphone afin de profiter pleinement de l’activité.

On trouve le film ici :

http://vimeo.com/stephaniepaillet/demarche  (mot de passe : assoseuildemarche).

Rappels :

http://www.assoseuil.org/index.html (l’association Seuil).

Livre sur l’activité de Seuil :

Marcher pour s’en sortir, David Le Breton, Daniel Marcelli, Bernard Ollivier  chez Erès.

Les livres de Bernard Ollivier :

Longue marche 1,2,3 chez Phébus.
Carnets d’une longue marche chez Points Poche  (Aquarelles de François Dermaut, textes de Bernard Ollivier, sur la route de la soie).
Aventures en Loire chez Libretto.
Marche et invente ta vie chez Arthaud.
La vie commence à soixante ans chez Libretto (je ne l’ai pas lu mais connaissant le bonhomme …).
L’allumette et la bombe chez Phébus. (Essai magistral sur les banlieues après les émeutes de 2005 et description de la méthode Seuil. Bernard Ollivier décrit  la situation des jeunes de banlieue avec un calme d’autant plus impressionnant que le constat est implacable. Le livre, coincé entre les émeutes de 2007 et l’élection présidentielle de 2007 est assez daté).

Et n’oubliez pas de marcher vous-mêmes, seul ou pas. Ça fait du bien !

Mon Timbuktu à moi …

Après la rafle de récompenses opéré par le film d’Abderrahmane Sissako laisser moi vous en suggérer un autre.  Animé par un musicien que j’ai récemment découvert, Markus James, le documentaire « Timbuktoubab » montre les aventures musicales de ce joueur de blues citoyen des États-Unis d’Amérique parti retrouver les anciennes racines de la musique qu’il aime en terre Africaine, au Mali.

Je n’ai pas vu le film en totalité et n’ai écouté qu’une partie de sa musique mais ce que j’ai vu et entendu m’encourage à recommandé à la fois le film et les disques de Markus James, toujours respectueux de ses partenaires et aventureux dans sa démarche.

Markus James
http://www.firenzerecords.com/
http://www.cdbaby.com/Artist/MarkusJames

Petit détail : Markus James est blanc.
 

Le film Timbuktoubab, bande annonce.
https://www.youtube.com/watch?v=wQzbnFV0wO0

Comme tout le monde je connaissais quelques collaborations célèbre et bien médiatisées comme celle de Ry Cooder avec Ali Farka Touré. Il y a un an ou deux j’ai acheté plusieurs disques de Leni Stern également enregistrés là-bas avec des musiciens et des instruments locaux. Leni est  une grande guitariste plutôt jazz en principe née en Allemagne mais installée à New-York

Leni Stern

Leni Stern

Leni Stern (licence Creative Commons SA 3.0)

http://www.lenistern.com/

http://www.cdbaby.com/Artist/LeniStern

 

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