DOMINIC77

Un peu de tout

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Une goutte d’eau

Le rosier pleure.

Le rosier pleure.

« …. Or I may simply be a single drop of rain … »

The Higwayman – song by Jimmy Webb

Obamacare en danger ?

La campagne électorale présidentielle de 2016 est décidément hors des standards. Un sujet majeur, au cœur des préoccupations politiques et économiques des Républicains, réforme majeure portée par Obama, en pleine évolution et en attente d’une échéance majeure en 2017 devrait occuper une place centrale dans le débat. les deux candidats principaux  ne parlent que peu de l’avenir de l’Obamacare qui par contre fait l’objet de nombreux articles dans la presse progressiste de Mother Jones à Salon en passant par The Vox. Dans une situation normale les Républicains auraient du hurler contre le système ingérable, inquisiteur et dictatorial mis en place par les Démocrates et le plus honni d’entre eux, Barack Obama avec la complicté de la famille Clinton.

La réforme du système de protection sociale aux États-Unis d’Amérique restera sans doute comme la signature législative des deux mandats de Barack Obama. La faire aboutir a demandé beaucoup de travail et ausi de concessions. Le travail dans l’ombre de Joe Biden comme dans beaucoup de dossiers a été important. On peut remarquer en passant, histoire d’être un peu langue de vipère, l’obstruction assez hypocrite de Joe Liebermann, Démocrate de droite -il était le colistier d’Al Gore en 2000- devenu Indépendant par la suite qui a conduit à restreindre la portée de la loi. Évidemment l’opposition tous azimuts des Républicains à toute extension de la protection sociale plus ou moins financée par l’état surtout fédéral a joué le premier rôle.

Un petit résumé de la situation est nécessaire pour tout comprendre. Comme d’habitude il faut comprendre la différence avec notre manière d’aborder ces questions. En plus des différences d’approche quelques données objectives sont à considérer : la taille du pays (plus de 300 millions d’assurés potentiels) et la structure à deux étages, fédéral et des états, de toutes les législations.

La question de l’assurance santé alimente le débat politique de manière récurrente. Elle figurait au programme de Bill Clinton dès sa première élection. Hillary Clinton, sans avoir de position officielle au gouvernement, a mené la tentative d’instauration d’un système d’assurance santé pour tous, le  « Health Security Act » appelé parfois « Hillarycare » dont la principale mesure consistait en une obligation aux employeurs de fournir une protection santé à leurs employés. Elle n’y est pas parvenu. Elle a aussi participé à la mise en place du sytème de protection santé pour les enfants qui fournit des fonds fédéraux aux états pour aider les enfants (Chidren Health Insurance Program : CHIP) dont les familles ont des revenus trop faibles pour trouver une assurance sur le marché mais trop élevés pour être admis dans un autre programme public (Medicaid).

Les principales sources de données :

La situation avant l’Obamacare

Sans entrer dans le détail des différentes organisations locales et des programmes fédéraux spécifiques existaient dans les états plusieurs grands types d’assurance santé.

  • Medicare : un programme fédéral pour les  plus de 65 ans sans couverture personnelle achetée su rle marché.
  • Medicaid : un programme à financement fédéral pour les personnes ou familles aux revenus inférieurs à 133% du seuil de pauvreté (29000$ annuels pour une personne seule, 60000$ annuels pour une famille de quatre).
  • Les plans d’assurance santé fournis par les employeurs qui les achètent à des fournisseurs spécialisés, similaires aux assureurs qui fournissent en France ces complémentaires en général abusivement appelées « mutuelles » alors que ce ne sont que des assurances commerciales.
  • Les plans d’assurance santé achetés individuellement par les individus aux mêmes fournisseurs.
  • Pour mémoire car cela concerne une faction non négligeable de la population (4% environ) existent aussi les assurances santé des militaires, actifs, retraités et vétérans, qui ne sont pas toujours prises en compte dans les statistiques globales sur le sujet.

Le marché des assurances santé est à l’époque très peu régulé, ni le marché des fournitures de soins (médecins, hôpitaux, infirmiers,etc…), ni le marché des médicaments.

En 2013 13,3 % de la population était sans couverture santé, soit environ 41,8 millions de personnes, plus de la moitié de la population française. Parmi les personnes assurées une proportion non connue ne l’était que de manière partielle et insuffisante par rapport à leurs besoins. Une zone grise dans les statistiques concerne les immigrants sans papiers qui en général travaillent et participent de manière importante à la vie économique du pays. Il est possible que leur nombre dépasse les 10 millions mais le chiffrage exact est impossible.

A cette époque 55,7 % étaient assurés par l’intermédiaire de leur employeur. 11,4 % étaient assurés à titre individuel. 17,5 % étaient assurés au titre de Medicaid. 15,6 étaient assurés au titre de Medicare.

Un processus d’adoption long et conflictuel.

La victoire de Barack Obama en 2008, avec une majorité parlementaire dans les deux chambres du Congrès, laissait présager une  adoption assez facile et rapide de la réforme. La victoire des Républicains, dominés par la fraction la plus à droite, les « Tea Party »,  à la Chambre des Représentants en 2010 a inauguré une bataille législative et juridique de longue durée. Les élections de 2012 et 2014 qui ont vu deux renforcements de la majorité de droite à la Chambre et au Sénat ont eu pour résultats 55 votes autour de cette loi. Le nombre témoigne de l’acharnement des Républicains contre l’idée même de couverture santé pour tous. Cette bataille a connu un épilogue provisoire avec la décision de la Cour Suprême du 28 Juin 2012, à la majorité de 5 contre 4, qui a permis de démarrer la mise en place de la loi à partir de 2013.Au passage voilà qui souligne l’importance de la Cour Suprême. Parmi les concessions faites par Barack Obama se trouve l’abandon d’un système dit de « public option », une assurance entièrement gérée par l’état qui serait venu en complément des assurances privées. On se souvient que lors du démarrage du système les opérations informatiques d’inscription ont été perturbées par un système défaillant, sous dimensionné et sans doute mal conçu.

En 2015 la population non assurée est tombée à 28,6 millions (9,1 % du total).

Le contenu de la réforme.

Les compromis nécessaires pour faire passer dans les faits une assurance santé potentiellement ouverte à tous et la nécessité de composer avec les programmes existant ont produit un système assez complexe. Il repose sur trois principes :

  • une obligation pour les individus de s’assurer,
  • des subventions, fédérales ou d’état, pour compléter le paiement des  primes pour les plus démunis,
  • des exigences de couverture minimales et cohérentes entre les régions,
  • Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs d’assurance santé sous forme de plans individuels ou collectifs pour les entreprises.

Les mécanismes mis en œuvre.

  • L’extension de Medicaid pour les revenus les plus bas.
  • L’obligation légale pour tous d’être assurés, soit à titre individuels, soit par l’intermédiaire de son employeur; Cette disposition est un élément majeur destiné à assurer la viabilité du système par la présence d’une diversité d’assurés aux états  de santé divers et donc plus ou moins coûteux pour les assureurs. Cette diversité devait permettre la mutualisation des coûts indispensable. Le défaut de couverture est soumis à des pénalités dont le montant doit dissuader.
  • L’obligation pour les assureurs de couvrir les personnes qui le demandent sans discrimination liées à l’état de santé ou au niveau de revenu.
  • La mise en place de sortes de bourse des contrats d’assurance santé dans chaque conté, une division territoriale proche de nos départements et structurées état par état. Sur ces marchés, nommés « exchanges » les personnes du conté peuvent comparer les offres des assureurs privés, le montant des primes et l’étendue des couvertures pour choisir celui qui leur convient.  Ces bourses sont l’élément crucial du dispositif qui doit permettre d’assurer la mise en cocurrence  des offres.

Pour les personnes les choix disponibles sont donc :

  • Entrer dans un système public (Medicare, Medicaid étendu par Obamacare) si elles sont éligibles.
  • Souscrire une assurance sur marché hors ACA.
  • Souscrire une assurance dans la bourse de son état avec le secours des éventuelles subventions si éligibles.
  • Avoir une assurance « Obamacare » par l’intermédiaire de son employeur.
  • Avoir une assurance non Obamacare par l’intermédiaire de son employeur

La mise en place du système repose sur plusieurs paris. La pérennité du système à terme doit venir du nombre suffisant de soucripteurs et d’un équilibre entre souscripteurs en bonne santé et souscripteurs plus coûteux qui permette la mutualisation. Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs retenus au final bien qu’une option d’assurance publique ait fait partie du projet original. L’extension de marché apportée aux assureurs par le nouveau système est supposé représenter un attrait suffisant.

Le démarrage du système pressentait une difficulté particulière. Il ne pouvait fonctionner correctement qu’une fois arrivé à l’équilibre après avoir « amorcé la pompe ». Plusieurs dispositions conçues pour équilibrer les risques et faciliter le décollage ont donc été ajoutées.

  • Un mécanisme permanent d’ajustement des risques pour les plans individuels et de petits groupes,
  • Un mécanisme de réassurance par lequel les plans cotisent à un fonds de réassurance pour pallier les défaillances, ce mécanisme doit prendre fin en 2017,
  • Un mécanisme dit de « couloirs de risques » (« risk corridors« ) administré par l’administration fédérale pour mutualiser les risques et maintenir la concurrence entre les offres, ce mécanisme prend également fin en 2017.

La loi comprenait également de nombreuses expérimentation éventuellement locales, prenait en compte des spécificités des états et était en partie soumise à leur validation. Le résultat, on s’en doute, est un système d’une remarquable complexité.

Que se passe-t-il actuellement ?

Les résultats sur la santé des nouveaux bénéficiaires sont positifs comme le montre plusieurs études. Celle-ci compare les impacts de l’extension de Medicaid par l’Obamacare dans des états (Kentucky et Arkansas) qui l’ont mis en pratique et un qui ne l’a pas fait (Texas). Barack Obama a signé un article bilan, évidemment positif dans le « Journal of American Medecine Association ». Ici un article du syndicat des employés des Services par un intervenant de l’Ohio.

En plus de la venue à échéance des deux derniers mécanismes d’amortissement des risques (réassurance et couloirs de risques) le succès du système n’a été que relatif et l’équilibre des recrutements d’assurés insuffisant pour assurer une rentabilité correcte du point de vue des assureurs. Dans le détail les situations sont très contrastées entre les états. Par exemple le « District de Columbia » -le pseudo-état de la capitale- possède une place de marché très bien gérée qui fonctionne très bien. Plusieurs assureurs nationaux ont décidés au cours de derniers mois de se retirer des bourses locales, laissant de nombreux contés avec un choix limité, voire sans choix (une seule offre) et exceptionnellement sans offre du tout. La raison invoquée par les assureurs est invariablement le manque de profit et même les pertes qu’ils rencontrent sur ces places de marché. Le dernier cas, celui de la société Aetna un des plus grands assureurs du pays, s’est révélé rapidement sous-tendu par des arrière-pensées. La compagnie a voulu se servir de son retrait annoncé dans la majorité des états où elle participe au programme comme moyen de pression sur le gouvernement Obama pour faire approuver sa fusion avec un autre groupe. L’administration a eu le bon sens et le courage de ne pas céder.

En général les plus petites sociétés d’assurances, ayant la pratiques des marchés de proximité, ont assez bien réussi à tirer leur épingle du jeu mais la situation d’ensemble est effectivement critique. Le recrutement des assurés jeunes, en bonne santé, a été insuffisant. Avec la fin des arrangements provisoires il est prévu que les primes des assurés doivent augmenter l’année prochaine dans de grandes proportions (plus de 10% et peut-être jusqu’à 70%). Le système, qui est assez mal jugé dans les sondages, ne survivra pas en l’état sans intervention ponctuelle ou modification structurelle.

Quelles propositions ?

 Les Républicains.

Depuis le début comme l’illustre la guérilla qu’ils ont menée les Républicains promettent d’abolir et remplacer l’Obamacare. Remplacer par quoi? Et en 2015 les opinions même chez les électeurs Républicains étaient partagés sur l’abolition de l’Obamacare.

Donald Trump fidèle à son habitude de qualifier à grands coups d’adjectifs à seulement dit qu’il remplacerait par quelque chose de « terrific » sans préciser le contenu de sa réforme. Quelques idées de détail ont émises par Trump méritent un examen plus attentif. Il projetterait de nationaliser les places de marché aujourd’hui organisées par contés et gérés par états. Cette idée est en contradiction avec le programme du parti qui prévoit la disparition des « exchanges » et difficile à mettre en œuvre de manière coordonnée du fait des différentes conditions mais elle permettrait une meilleure concurrence. Une autre idée à creuser concerne l’achat de médicaments sur les marchés internationaux (Canada par exmple) qui permettrait de faire baisser certains prix.

Au fil du temps des opinions diverses se sont exprimées dans le parti Républicain. Le parti, sous l’impulsion de Paul Ryan, a fini par faire connaître ses propositions en juin 2016 après de longues hésitations dues à des points de vue  de principe divergents et à la difficulté de revenir en arrière sur un programme difficile à simplement mettre à la poubelle . L’approbation du caucus républicain de la Chambre des Représentants n’est d’ailleurs pas garantie. Le plan consiste à annuler les obligations de souscription et les  subventions au profit d’un crédit d’impôt, à supprimer les bourses gérées par les états. Les personnes devraient donc souscrire sur le marché ouvert des assurances santé. Medicare et Medicaid seraient chamboulés pour être remplacés par une allocation à la personne limitée en montant et partiellement privatisés. Les aspects les plus populaires de l’Obamacare seraient conservés, maintien des enfants sur les assurances des parents par exemple. Une somme globale, 25 milliards de dollars, serait allouée pour 10 ans à l’assurance santé dans le budget fédéral. Paul Ryan, connu comme catholique « social », a bâti son image sur sa sensibilité à ce genre de thème. Cela ne le rend pas forcément très populaire dans la droite évangéliste qui a vite fait de suspecter les catholiques (historiquement de la Nouvelle Angleterre) de penchants « libéraux ».

Les Démocrates.

L’approche d’Hillary Clinton a été depuis le début de la campagne de construire sur l’Obamacare par des modifications partielles (« incremental moves ») pour aller progressivement vers une couverture universelle posée comme un horizon. L’horizon est comme chacun sait une ligne imaginaire que l’on n’atteint jamais. Elle n’avait jamais présenté un véritable plan d’ensemble cohérent et sans Bernie Sanders pour pousser le sujet lors des élections primaires elle ne se serait sans doute que très peu exprimé sur le sujet. L’importance du débat l’a contrainte à publier une série de propositions en Juillet 2016. Les mots clés du document sont universels, qualité, abordable. Les propositions portent sur :

  • L’extension de Medicaid dans les 19 états qui ne l’ont pas fait. Trois millions de personnes sont concernées. La proposition est typique du « centrisme » clintonien car il implique de travailler avec les gouverneurs (Républicains) des états en question.
  • Contrôler les coûts des actes, des médicaments, des assurances santé par des actions réglementaires de limitation des prix et de mises en concurrence.
  • Créer un service public (la fameuse « public option ») pour les personnes à partir de 55 ans en extension de Medicare mais sans supprimer ce dernier.
  • Tripler les fonds des centres de santé fédéraux (FQHC= »Federally Qualified Health Centers »). Ce programme désigne d’abord une ligne de financement du ministère de la santé qui est utilisée pour alimenter les centres de santé de plusieurs programmes. Cette disposition est une des plus intéressantes car les centres sont gérés par les organisations locales et apportent une concurrence bienvenue dans l’ensemble.

Bernie Sanders avait proposé dans sa campagne des primaires un système sous le terme de « single payer ». L’expression est souvent mal comprise et certains ironisent qu’il s’agit de promettre aux gens une assurance qui ne leur coûte rien et qui serait payée par d’autres. La proposition de Sanders, financée par une imposition spécifique, était intrinsèquement cohérente. Il ne fait aucun doute qu’elle était politiquement intenable car elle signifie la nationalisation de fait d’une partie de l’industrie de l’assurance. Elle était également impraticable immédiatement car il est impossible de réformer brutalement un système de cette complexité sur toute l’étendue territoriale du pays. La campagne Sanders a eu l’effet indéniablement bénéfique de relancer le débat et pousser la réflexion du pays plus loin qu’on ne l’aurait cru possible. Au point que même une partie des électeurs Républicains n’est plus hostile à une « option publique » partielle. Une proposition de système étatisé sera même proposé au vote de l’état du Colorado lors du scrutin du 8 Novembre. Cette initiative a provoqué une bataille au sein même su parti Démocrate dont le gouverneur de l’état et un sénateur ont reçu des contributions en argent des grands assureurs. L’initiative a été mené par des organisations locales qui ont rassemblé les signatures nécessaires pour inscrire le projet au vote.

Et maintenant.

 La complexité du système actuel et sa crise latente implique qu’il soit réformé et simplifié de fond en comble. Sans réforme à court terme la crise peut être évitée à court terme. Les avis divergent sur l’importance des hausses de prime à venir immédiatement. Il n’y a aucun doute cependant qu’il s’agit d’une bombe à retardement qui ne manquera pas d’éclater si la question n’est pas traitée. J’ai évoqué il y a quelques mois l’urgence et la taille du problème des infrastructures matérielles, routes, ponts, aéroports, eau, … du pays. Cette question n’est pas fondamentalement différente. Il s’agit d’une infrastructure non-matérielle qui porte sur l’organisation des relations sociales.

Cleveland, ville sous tension.

Plutôt que de relancer la millième interprétation de la gaffe l’équipe Drumpf avec le discours de Melania regardons un peu le contexte de Cleveland où se déroule la Convention Républicaine .

Les Conventions.
Devenue le moment charnière du processus électoral pour chacun des deux grands partis (et aussi sur un autre mode pour les deux petits : Verts et Libertariens) la Convention marque le passage du temps des primaires et caucus, locaux aux états, à celui de la campagne nationale. On sort de la Convention avec un ticket de candidats, Président et Vice-Président, établi et une plate-forme politique. Si le couple du ticket est contraignant, sauf accident grave du à des révélations sur le passé des personnes, la plate-forme ne l’est pas. La personnalité et les références politiques des deux candidats, dans le contexte d’une élection donnée, donnent des indications sur l’équilibre politique de la campagne tel qu’il résulte des opérations et tractations antérieures. Ces indications ne prennent leur sens qu’au vu de la campagne et ensuite  de la pratique du président élu avec son colistier.
Les Conventions des deux grands partis ont progressivement changé de fonction au fil des années 1980. Elles étaient le lieu de discussion entre milliers de délégués et dignitaires des partis, le lieu où se déterminaient ou se finalisait les alliances et où se désignait le candidat. Elles sont devenues le lieu de présentation du candidat à l’opinion, par l’intermédiaire de la télévision. Le candidat étant normalement choisi à l’issue du processus des caucus et des primaires, processus non exempt de tractations et marchandages entre les factions la COnvention devient essentiellement un spectacle. Ce changement a connu sa consécration en 1984 quand un candidat président sortant et ancien acteur, ne s’est même pas déplacé en personne à la Convention. Nancy Reagan a représenté son mari, déjà vieilli et fatigué. Ronald Reagan a fait une intervention vidéo à distance en conclusion de la première Convention entièrement scénarisée pour la démocratie télévisuelle. Cette année 2016 nous offre donc le spectacle inattendu de deux Conventions qui rompent avec la norme en usage. Chez les Républicains le peu qui apparait cohérent et stable dans le programme du trublion Trump ne correspond pas la ligne conservatrice classique du parti. le personnage inquiète même dans son propre parti. La sérénité de la Convention, à partir du 18 Juillet 2016, est loin d’être garantie. Chez les Démocrates l’irruption et surtout le succès d’un candidat affirmant des options de gauche a empêché de tourner en rond et à contraint à préparer le rassemblement par un débat réel sur la plate-forme politique de la campagne. Toutes les incertitudes ne sont pas levées par un accord minimale réel et fort pour battre Trump.

Cleveland, ville sous tension.
Une fois nommée capitale de la « Rust Belt », la ceinture de rouille symbolisant la zone industrielle autour des Grands Lacs, a été frappée par la désindustrialisation de la région. Elle est passée de la cinquième place par la population à la quarante-cinquième. Les dégâts sociaux y sont moins connus que ceux de Detroit ou de Chicago sans être moins graves. A sa grande époque la ville a connu des premières politiques. Carl Stokes fur en 1967 le premier noir maire d’une ville majeure. Dix ans plus tard Dennis Kucinich a été le plus jeune maire d’une grande ville du pays. J’ignorais tout de Dennis avant que Willie Nelson et Ani di Franco ne soutienne sa candidature à la primaire Démocrate en 2004. A peu près tout dans la personnalité et la manière sépare Dennis Kucinich de Bernie Sanders mais en 2004 et 2008 la gauche était bien présente aux primaires. Dennis a ensuite perdu son siège à la Chambre des Représentants à la suite du redécoupage électoral opéré en 2010 par la majorité Républicaine de l’état qui a fusionné deux circonscriptions Démocrates. Le grand fait d’arme de Dennis date de son mandat de maire. Trè stôt confronté à une offensive de financiers désireux de faire privatiser pour l’acheter la régie municipale d’électricité (« MuniLight ») il a refusé et tenu bon. Aujourd’hui les avis sont unanimes pour reconnaitre qu’il a fait économiser des millions de dollars à la ville et aux usagers, sans parler de la qualité de service. La vengeance n’a pas trainé. Parmi les acheteurs déçus se trouvaient certains des banquiers de la ville qui se sont empressé de refuser des crédits et ont mis la ville en faillite et fait porte rla responsabilité au maire. Dennis Kucinich y a perdu sa mairie mais pas sa combattivité.

Meurtrie par la désindustrialisation de toute la région, liée sans aucun doute à la mondialisation et aux accords de libre-échange, dont l’accord nord-américain (« NAFTA ») la ville est tombée dans l’anonymat des cités ordinaire du Mid-West. Les années 2000 ont apporté quelques bonnes nouvelles avec la création de coopératives qui ne peuvent aujourd’hui prétendre redonner à la ville tous les emplois perdus. Mais il se passe quelque chose à Cleveland et pas seulement le Trump-show.

On mesure assez mal le niveau de tension induit dans la ville par la Convention. Les services de police de la ville déjà sous surveillance fédérale se sont vus alloué des moyens exceptionnels par le gouvernement de plusieurs dizaines de millions de dollars. Trente millions sont destinés à la rémunération des personnels. Vingt autres millions ont été consacré à l’achat de matériels spécifiques de maintien de l’ordre dont certains ne sont pas connus. On parle de dispositifs LRADs (« Long Range Audio Devices ») capables de disperser une foule par émission de sons insupportables. Ces matériels, comme la plupart de ceux qui ont été commandés appartiennent à la gamme proprement militaire et ne font pas partie des attributs normaux de la police. Cette militarisation de la police en dit long sur la crainte des débordements ou des affrontements. Les autorisations de manifester accordées au non du Premier Amendement (droit à la libre expression) incluent les interdictions d’y venir avec des cordes, des bouteilles en verre ou des armes blanches mais le Second Amendement autorise le port d’arme dans cet état de l’Ohio où le port d’armes apparentes est autorisé.

Pour finit sur une note positive voici une photo de manifestant de « Black Live Matter » avec des policiers dans une rue de Cleveland. Ne désespérez jamais.

Mon souvenir de Jacques Rouffio

Été 1967. Je suis étudiant à L’École Nationale de la Photo et du Cinéma, connue sous le nom familier de « Vaugirard » comme la rue où elle se trouve. Après un boulot d’été au labo de la RTF à Cognac-Jay je participe à un stage organisé par  un ciné-club qui se tient à Tours. Une semaine durant, dans l’Université de Grammont encore déserte, avec mon copain Nicolas, la belle Brigitte, Noël S. et ceux dont les noms se sont envolés et dont seules quelques photos vite développées au labo de l’école m’ont permis de ne  pas oublier les visages. Nous vivons cinéma vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’y ai pris quelques leçons de cinéma toujours vivantes, « l’Aurore » de Murnau en tête.

Enfermés sur notre campus il faut un étranger pour nous ouvrir quelque peu les portes. Reconnaissant à la région qui a accueilli sa première réalisation un auteur inconnu de nous vient présenter en avant-première le film par lequel il devient un vrai réalisateur. Aurait-il été un faux réalisateur auparavant ? Nous apprenons rapidement qu’il passe pour « le grand raccommodeur » de scripts cassés, celui que l’on appelle au secours dans les cas désespérés de dépassement de budget. On dit qu’il a réalisé par loin de la moitié de « La grande vadrouille » avec la seconde équipe.

Jacques Rouffio est mort le 8 Juillet 2016. Je ne l’ai rencontré que trois ou quatre fois, jamais longuement, une seule fois en particulier, toujours avant Mai 1968. Son souvenir me reste bien vivant. Je lui dois d’avoir ouvert les yeux sur bien des choses. Son premier film, « L’horizon » est rarement cité par les critiques et les journalistes. Et pourtant…

A l’époque les mutineries de 1917 sont un territoire inconnu  de notre mémoire collective, en particulier cinématographique. Deux films connus les évoquent. Le plus direct vient du monde anglophone, « Les sentiers de la gloire » signé par un Stanley Kubrick qui n’a pas encore atteint la notoriété que lui vaudra « 2001 … » l’année suivante. En France Claude Autant-Lara a osé adapter « Le diable au corps » de Raymond Radiguet dans lequel on aperçoit les événements du front comme une toile de fond annexe du récit principal. Et puis rien ou presque. Cette guerre qui a massacré la jeunesse de mes grands-pères devient digne d’intérêt. Des êtres humains en sont pour la première fois peut-être l’enjeu. Sur le point d’entrer en politique -six mois plus tard je serai militant encarté d’extrême-gauche- j’ouvre les yeux sur l’Histoire.

Je les ouvre aussi sur la campagne tourangelle, sur les intérieurs éclairés par Raoul Coutard à l’inverse de ce j’apprends à l’école, pour la clarté et l’efficacité du récit, pas pour une réalisme de convention soudain vieux de plusieurs siècles.  Ma révolte contre l’académisme trouve de quoi se nourrir mais en avait-elle vraiment besoin ?

La musique du dénommé Gainsbourg dont je connais depuis des années l’originalité et l’audace en chansons me fait découvrir un univers créé à partir de deux pianos préparés.

Décidé à suivre l’aventure de la sortie du film produit avec peu de moyen et grâce à la volonté d’un jeune homme qui a même du faire l’acteur dans le film j’en parle à mes proches. Ainsi mon colocataire François et un oiseau perdu nommé Yvon, de passage dans notre appartement, assistent aux premières projections. Le jeune producteur participe à l’une d’elles. Yvon qui a l’œil acéré remarque combien le jeune homme semble falot, insignifiant quand il parle devant un auditoire alors qu’il intimide sur l’écran. Le garçon s’appelle Francis Girod, après plusieurs aventures dans la production il deviendra un réalisateur connu des années 1980.

Lui aussi travaillera avec Georges Conchon, auteur du scénario de « L’horizon ». L’homme que je vois encore à la télévision écouter avec délice le phrasé d’une citation. J’étais peut-être bien vieux pour découvrir le plaisir de la  fluidité du texte, que l’écriture n’était pas que l’observance des règles enseignées par mon instituteur de père.

La dernière rencontre avec Jacques Rouffio, sans doute début 1968, reste gravée dans mon souvenir. Le film était présenté à Montreuil dans un cinéma qui servait de vitrine au critique de l’Humanité dont j’ai oublié le nom. Rouffio, ce critique et moi décidons de prendre un verre à côté pendant la projection du film que nous connaissons tous. J’ai oublié à peu près tout du contenu précis de la discussion. Il me reste ceci. A un moment le sale gosse gauchiste, membre d’une organisation particulièrement anti-stalinienne, que j’étais à l’époque fait une réflexion sur le manque de caractère offensif de la critique de la guerre que je ressens dans le  film. Très doucement Rouffio, qui n’a visiblement aucune envie de voir la discussion tourner à la polémique avec le plus ou moins officiel représentant du Parti me suggère de lire la dernière page du numéro en cours des « Lettres Françaises ». J’y trouverai les réponses que je cherche. Je le fis et j’ai compris. Compris qu’il est souvent utile de  réfléchir avant de provoquer. J’ai aussi pris une leçon de comportement et de modestie ce jour-là, une leçon que j’ai mis longtemps à assimiler et  qu’une autre personne m’a resservie dans un autre contexte bien plus tard mais ceci est une autre histoire.

Voyez, revoyez les films de Jacques Rouffio, lisez Georges Conchon. Aussi démodé que cela puisse paraître.

Bernie entre irresponsable et vendu ?

Avant-hier Je m’ apprêtais à me livrer à un de mes exercices favoris , me mettre mas amis (politiques) à dos, jouer le provocateur réac, le donneur de leçons, bref j’allais dire du mal de Bernie Sanders.

Evidemment avec un peu de second degré il s’agissait de relever dans la phase qui se termine les raisons d’un peu d’optimisme

Donc j’allais dire, alerté par les inquiétudes exprimés par Bob Cesca dans un article de Salon , qu’il fallait se méfier de l’amertume de Bernie, de sa capacité à jouer la vendetta politique voire de son ambition évoquée ici.  L’inquiétude de voir gaspillés  les efforts de milliers, (millions?) de personnes dans la campagne des primaires, l’inquiétude de voir des espérances qui n’auraient vécu qu’un printemps. Et je me suis laissé dépassé par les événements et la vivacité des acteurs politiques.

La chronologie.

L’accélération nécessite de rappeler la chronologie des derniers jours.

  • Dès Lundi Associated Press publie le résultat d’un comptage minutieux des délégués élus et conclut que Clinton a déjà engrangé la majorité nécessaire garantir sa nomination.
  •  Les primaires de Mardi se déroulent donc dans cette ambiance particulière où les résultats sont pour certains déjà acquis. Ce qui ne manquera pas les jours suivant de soulever la discussion sur la démotivation des électeurs de Bernie Sanders découragés de se déplacer pour une cause déjà perdue. En effet, surtout en Californie où a porté le plus gros de l’effort de la campagne les résultats sont décevants pour lui.
  • Dès le lendemain les médias font le plus grand bruit de la victoire de Clinton sans prêter trop d’attention au discours de Bernie Sanders à Santa Monica le soir  même qui annonce tout ce qui va suivre, à savoir continuer la lutte des idées mais rester dans la ligne déjà affirmée de battre Trump. Dès ce moment les rumeurs un peu folles qui courraient  comme de rejoindre la candidature de Jill Stein tombent une fois pour toutes.
  • On annonce que Sanders va rencontrer Obama à la Maison Blanche. Ceci confirme que l’unité du camp Démocrate est en route et que l’annonce du soutien de Clinton par Obama va suivre. On le disait impatient d’entrer dans la danse.
  • La chorégraphie, probablement pilotée depuis la Maison Blanche se déroule sans accroc et même s’accélère. Obama rend l’hommage de circonstance à Sanders. Celui-ci annonce son intention de rencontrer Clinton prochainement afin de préparer au mieux la campagne pour battre Trump. Sans rien dire de formel il réaffirme son intention de continuer jusqu’à l’ultime primaire du 14 Juin dans le District de Columbia qui compte pour très peu dans le décompte des délégués. Il est clair qu’il s’agit de gérer la transition de la campagne militante des primaires à la campagne politique de la Convention avant de revenir sur le terrain pour la campagne des élections générales.
  • Dans la foulée Obama annonce son soutien à Clinton et le confirme par une prestation télévisée dans laquelle on aimerait imaginer nos présidents.
  • Le lendemain arrive l’annonce du soutien de Clinton par Elizabeth Warren, étape importante représentative des efforts de séduction  envers « l’armée de Bernie » et la gauche Démocrate en général. Sans qu’elle prenne l’initiatitive Warren est interrogée sur la possibilité qu’elle accepte la candidature à la vice-présidence et se dit disponible.
  • Le lendemain, Vendredi, Clinton poursuit sur un terrain favorable en même temps que très tactique vu la misogynie de Trump. Elle se rend à l’assemblée de Planned Parenthood (Planning Familial) où elle consolide son image féministe. Planned Parenthood s’était prononcé pour Clinton dès le mois de Janvier.

Les Démocrates.

La séquence Démocrate a donc été rondement menée. Cela ne signifie pas que tout va bien car l’équilibre entre les progressistes autour de Bernie Sanders et Elizabeth Warren d’une part et le camp conservateur-centriste ami de Wall Street autour des Clinton d’autre part n’est pas établi . Les risques commencent la semaine qui vient avec les discussions de la commission de préparation du programme. Un sujet, mineur dans le débat national, mais très différenciant mérite  attention : les relations avec Israël.   Hillary Clinton est sioniste jusqu’à provoquer l’écœurement alors que certains participants désignés par Sanders sont connus pour des positions inverses.

Je préférerais voir Warren rester hors de la Maison Blanche et aiguillonner le pouvoir de l’extérieur. Sa présence sur le « ticket » avec Hillary ressemble un peu à une neutralisation. Elle apportera son dynamisme à la campagne mais que fera–t-elle ensuite dans l’ombre présidentielle ? Sans compter l’enjeu de la majorité au Sénat. Quittant son siège celui-ci sera pourvu par le gouverneur Républicain du Massachusetts.

Bernie Sanders n’a sans doute pas abandonné complètement l’idée d’une inculpation de Clinton en cours de route. La situation serait inédite, pas vraiment prévue dans les textes  et difficilement prévisible. Une décision rapide serait nécessaire et un candidat de rechange, Sanders ou Warren, indispensable. Si l’inculpation directe pour l’affaire des e-mails semble peu probable, une autre affaire dérivée vient de surgir. ABC News a sorti le piston de Clinton pour placer dans un organe de conseil stratégique (« International Security Advisory Board ») auprès du gouvernement un de ses généreux donneurs pas spécialement compétent. Clinton ne risque guère d’inculpation mais une dégradation de son image qui serait mal venue.

Côté Républicain.

Du côté Républicain la cacophonie continue. le Drumpf  a fait une pause. On l’a vu tenir deux interventions publiques  avec un prompteur pour lire des propos un peu plus « présidentiels ». Cela n’a pas duré. Les gants de boxe sont ressortis. L’entrée en lice d’Elizabeth Warren qui lui mène une guerre permanent sur Twitter n’a pu que renforcer son envie de replonger.

Il se confirme que la campagne de Donald Trump n’a ni queue ni tête. Il est très en retard dans sa collecte de fonds et a beaucoup changé d’avis sur le sujet. Affirmant d’abord pouvoir réunir 1 milliard de dollars il a ensuite affirmé ne pas en avoir besoin vu sa facilité à obtenir des passages télévisés gratuits. Il manque là  complètement de vision stratégique car tous les passage à l’écran ne se valent pas et il est nécessaire d’en avoir la maîtrise.

Il affirme viser en particuliers des états qui semblent à peu près inaccessibles.

La Californie, terre Démocrate où les hispaniques votent en nombre  attire car elle apporte un grands nombre de grands électeurs mais semble un pari des plus improbables et des plus coûteux en publicité et en campagne de terrain. New-York a beau être l’état de Trump il ne se présente pas mieux. Il vise aussi le New-Jersey et le Maryland, bien accrochés à l’autre camp.

La campagne ne se structure pas. Trump lui-même affirme préférer la souplesse d’une petite équipe. Sa manie de tout contrôler a déjà provoqué des changements dans son équipe et ne facilite pas la construction d’un ensemble efficace.

Mitt Romney qui reste un des hiérarques Républicain les plus visibles, a annoncé examiner la candidature du Gary Johnson du Parti Libertarien et ne pas exclure voter pour lui.  La campagne des Libertariens a le vent en poupe. L’instabilité persistante du camp Républicain pourrait être le meilleur allié des Démocrates.

Et Bernie dans tout cela.

Les craintes qu’exprimaient les commentateurs de gauche la semaine dernière d’un éclatement de la campagne Sanders ou son départ vers l’ aventure suicidaire d’une candidature indépendante se sont dissipées mais des questions demeurent. La bataille continue au sein du Parti Démocrate avec la préparation de la Convention et de la plate-forme mais aussi à côté. Que fera Clinton d’une plate-forme de campagne tirée vars la gauche ? Peu importe l’important se passera ensuite.

Les réunions organisées autour et indépendamment de la Convention par les groupes qui soutenaient Bernie Sanders prennent maintenant leur sens d’étapes de suite de la construction d’un mouvement durable. On n’est pas toujours à l’abri d’une bonne nouvelle. Et pour répondre à la question du titre Bernie a évité l’irresponsabilité, il ne s’est pas (encore ?) vendu à l’appareil Démocrate et il a suffisamment gagné pour concrétiser une campagne historique. Peut-être pourrions nous y penser ?

Elections US, passons aux choses sérieuses

J’ai choisi ce titre un peu provocateur pour signifier que le temps de formuler des appréciations morales des candidats confortablement installé, derrière son écran est terminé et qu’il faut maintenant se confronter aux questions politiques concrètes.

Les primaires sont (presque, il reste le Dictrict of Columbia, la capitale qui ne changera rien et a un statut spécial) terminées. On va pouvoir passer aux questions politiques et à la construction politique de l’avenir.

Les partisans de Bernie Sanders vivront les résultats de la primaire Démocrate de Californie  comme une déception à rebours des derniers sondages qui voyaient les intentions de votes pour Clinton rester stables quand celles pour Sanders montaient et laissaient espérer une victoire. Les derniers sondages  s’équilibraient à 48% pour Clinton contre 46% pour Sanders. Les résultats définitifs seront plus près de 56% contre 43%, sans appel. L’analyse détaillée sera intéressante pour comprendre la dynamique politique des derniers jours. La comparaison des participations avec les primaires de Californie en 2008 et en 2012 mérite un coup d’œil.

Démocrates         Républicains

2008   5.066.992               2.932.812

2012   2.076.309              1.924.9670

2016   3.258.027              1.700.000

La chute de la participation entre 2008 et 2012 peut-être causée par la différence des enjeux (première candidature Obama) et le changemetn de date. La primaire de Californie se tenait en Février. Par contre la participation Républicaine chute entre 2012 et 2016 sans que l’on puisse dire si cela est du au fait que les jeux sont faits (Trump a gagné) ou que le trouble gagne l’électorat. J’espère que des analyses fines seront publiées, en particulier par catégories ethniques pour mesurer l’impact des événements récents. La mobilisation relative des électeurs Démocrate est importante mais il faut noter la majorité massive (75%) de Trump dans les votes Républicains.

La candidate Démocrate.

On savait déjà que la candidate démocrate serait Hillary Clinton et sauf à jouer explicitement la politique du pire et à faire fi des souffrances que la politique des Républicains fait endurer à la majorité de la population il n’existe pas le moins mauvaise possibilité. Une victoire de Bernie Sanders à l’élection générale relève de l’illusion.

Il ne pouvait pas gagner malgré l’image trompeuse que répandaient les sondages des dernières semaines. Peu exposé dans la campagne des primaires il se serait trouvé dans la campagne, au plus tard après la Convention à un tir de propagande d’une intensité jamais vue prenant comme cible son « socialisme » revendiqué. On aurait vu défiler les photos de sa lune de mien en Union Soviétique quelques mois avant la chute du mur de Berlin. Ses propositions de politique sociale et leurs conséquences fiscales auraient occupé le reste du débat. Aucune chance. D’autant qu’il est en concurrence directe avec Trump sur le cœur de l’électorat de celui-ci. Incidemment il aurait facilité le rassemblement du camp républicain contre lui mais ceci peut-être un bien au bout du compte.

Une fois élu un président Sanders aurait été pieds et poings liés dans la Maison Blanche. Un Congrès hostile qui a rodé contre Barack Obama toutes les armes de l’obstruction parlementaire aurait mené une bataille de tous les instants. Au mieux il aurait si les Démocrates reprennent le Sénat en Novembre réussit à nommer un neuvième juge progressiste à la Cour Suprême, ce qui n’est pas négligeable. Les deux premières années du mandat passées à piétiner les élections de 2018 se présentaient mal et les choses empiraient. Le plus grand trésor de cette campagne historique, « l’armée de Bernie », le mouvement que personne n’attendait, sombrait dans la désespérance et les querelles internes.

Reste à faire au mieux avec Hillary Clinton. Rien n’est gagné d’avance mais « l’armée de Bernie » reste mobilisable, sa jeunesse en fait un outil dynamique et de long terme.

Drumpf.

Les  attaques racistes des derniers jours  contre le juge Gonzalo Curiel, en charge de l’affaire de la « Trump University » par Donald Trump commencent à produire des résultats mais ne provoquent pas de défections massives. Quelques caciques Républicains ont manifesté leur désaccord sans renier leur soutien. Par exemple Paul Ryan, obligé d’aller à Canossa la semaine dernière et de se soumettre a du opérer une jolie contorsion  et admettre que si les propos de son candidat correspondent à la pure définition du mot « racisme » ils ne justifient pas de lui retirer son soutien. Le plus spectaculaire est venu de Californie. La loi y définit une primaire non-partisane  pour l’élection au Sénat qui correspond à nos premiers tours; Elles sert à sélectionner les deux candidats qui concourreront en Novembre. Résultat les deux candidates Démocrates dont Kamala Harris soutenue par Bernie Sanders sont arrivées en tête et ont donc éliminés les Républicains de la compétition. Cela ne change pas l’équilibre car le siège à renouveler est détenue par la Démocrate Barbara Boxer. Cela peut changer la tonalité politique car Kamala Harris qui réussit le tour de force d’appartenir à deux minorités, mère indienne et père jamaïcain, est la représentante typique de la nouvelle gauche Déémocrate alors que Barbara Boxer représente bien l’appareil du parti.

Après avoir insisté dans ses attaques racistes Trump a fini par sortir un discours quasiment politiquement correct hier. Pour la première fois on l’a vu réciter un texte lu sur un prompteur. Cela signifie-t-il qu’il a entendu raison et que les spin-doctors du Parti Républicain seront désormais derrière lui pour veiller à empêcher toute sortie de route ? On peu en douter mais surtout cela ne résout pas leur équation infernale : comment conserver le bénéfice de la colère canalisée et catalysée par Trump sans perdre ailleurs, chez les hispaniques, les femmes et la classe moyenne supérieure éduquée ? Autre signe que la campagne est politiquent reprise en main, Trump a annoncé pour lundi  (13 Juin) un discours important sur les Clinton. Il va « tout dire ».

La situation parait donc encore instable du côté Républicain. Une défection qui pourrait en annoncer d’autres sur le même modèle. Le sénateur Mark Kirk a retiré son soutien à Trump. L’explication se trouve dans le difficile réélection qu’il affronte dans l’Illinois. D’autre pourraient se trouver dans la même situation et préférer sauver leur peau que soutenir un candidat douteux, à la victoire incertaine et dévastatrice pour leur parti. Des seconds couteaux Républicains viennent de créer un groupe « Republicans for Hillary » mais ceci est classique dans ce genre d’élection. La prise de position de Newt Gingrich contre Trump est plus intrigante. Il passe pour très proche de Sheldon Adelson, quinzième fortune du pays au classement Forbes  et financier  habituel de la droite. Le financement de la campagne est maintenant une question d’actualité. Le ralliement de Paul Ryan avait semblé indiquer une possibilité de rapprochement des frères Koch avec le Parti Républicain. Les dérapages de Trump la fragilise. Deux ou trois milliardaires ne financent pas seuls ni même principalement une campagne mais leur participation fluidifie et encourage fortement le flux d’argent. Comme l’a indiqué John Oliver dans la fameuse émission  du 28 Février Trump ne finance pas vraiment sa campagne, il lui prête de l’argent en attendant de le récupérer à la fin.

Les candidats en lice.

Sous réserve de surprise, mise en accusation de Clinton pour l’affaire des e-mails (assez improbable), coup de Trafalgar chez les Républicains on connait les quatre candidats qui s’affronteront en Novembre.

  • Drumpf. On connait le candidat Républicain, imprévisible, ses propositions illusoires (construire le Mur et le faire payer au Mexique). Je reste sceptique sur sa capacité à mener une campagne d’élection après sa prestation aux primaires. Il devra partager la directtion des opérations avec l’appareil républicain et les sources de financement de sa campagne qu’il est incapable de payer lui-même évidemment. Au plus sa fortune se monte à moins de 4 milliards de dollars. Une campagne coûte tout compris pas loin de la moitié. Il n’est pas homme à dilapider ses biens dans une telle aventure. Il est d’ailleurs douteux que sa fortune soit assez liquide pour être mobilisée aussi rapidement. Il a mis le Parti Républicain et lui-même dans une tenaille politique ingérable dans un temps prolongé au-delà de l’enthousiasme spontané. Il devra choisir entre maintenir les outrances ou se rallier à des propositions conservatrices plus classiques. Dans tous les cas il perd une fraction de son électorat. Sans compter les désillusions s’il était élu mais ceci est une autre histoire de chaos assez peu sympathique à envisager.
  • Hillary Clinton. Elle est là. La presse, même de gauche  et favorable à Bernie Sanders célèbre le moment « historique » de l’accession d’une femme à la candidature. Il faudra plus que cela pour gagner de manière convaincante. Sans accorder plus d’importance que nécessaire aux sondages à cette distance de l’élection et avant toute campagne on peut noter que certains sont inquiétants. Par exemple celui-ci montre que dans la Floride, état charnière où la victoire serait bienvenue sinon nécessaire, Trump est passé en tête. On connait les positions de Clinton, éminemment désagréables sur biens des points comme le Moyen-Orient comme on le voit ici dans un débat avec Sanders commenté par Noam Chomsky. On connait aussi son passé, ses relations avec les grandes entreprises et la finance. Les épisodes montés en épingle par ses opposants, l’affaire des e-mails ou la Lybie relèvent de la politique politicienne et des erreurs ou maladresses de  comportement qui me dérangent moins. Sur les questions internationales elle peut être sensible à une forme de pression sans que l’on attende de modifications fondamentales. Sur les questions sociales elle sera plus ouverte et même plus. L’économie est également un sujet de préoccupation, d’autant qu’elle a annoncé avoir l’intention de faire jouer un rôle important à son mari. Ce dernier point relève plus de la propagande électorale que d’autre chose pour profiter du souvenir de la relative prospérité des années Clinton (Bill). Face à un Trump qui va mettre en avant le retour (illusoire) des emplois partis au Mexique après l’accord de libre-échange Nord-Américain dont Bill est si fier il n’est pas dit que cela soit très bien vu. La question du programme, celle de l’appareil du parti et celle de la vice-présidence laissent ouvert un terrain de négociation publiquement visible. Une partie du programme se discute déjà dans le comité désigné par les candidats et la direction du parti. La vice-présidence ne répond pas qu’à des besoins d’équilibre politique. La présidence Obama a démontré dans la pratique l’utilité d’un vice-président actif, dans l’ombre souvent, et en cohérence avec son patron. (La présidence Georges W. Bush a aussi démontré que le vrai patron n’est pas toujours celui qui est au premier plan). Le maintien en place de Debbie Wasserman Schultz sera un indicateur du point d’équilibre atteint. La patronne en titre du parti est symboliquement et pratiquement liée à l’industrie de la finance comme le prouve son activité parlementaire. La réalité des compromis est toujours une question de rapport de forces et de terrain.
  • Gary Johnson. Le candidat du parti libertarien est crédité pas les sondages de 10% environ des suffrages. Il peut assurer la défaite de Trump car c’est çà droite qu’il prendra l’essentiel de ses électeurs. Je considère depuis longtemps le Parti Libertarien  comme la forme la plus moderne de l’extrême droite et j’en ai peur mais Johnson est un type parfois quasiment drôle.
  • Jill Stein. La candidate du Parti Vert part avec un handicap. La faiblesse des ressources militantes et financière ne lui permettra pas de concourir dans tous les états (21 assurés à ce jour). La faiblesse politique des Verts, leur péché mortel aux yeux de la gauche est la responsabilité qu’on leur a conféré d’avoir causé la défaite d’Al Gore en 2000 du fait de la candidature de Ralph Nader. Jill Stein dont c’est la seconde candidature est crédité de plus de 2% des intentions de votes soit plus du double des scores de son prédécesseur malgré la concurrence effrénée de la campagne de Bernie Sanders qui a raflé les thèmes écologistes et sociaux  qui forment la base du programme « Green ». Avant la primaire de Californie le parti a annoncé avoir perdu au moins 30% de ses membres dans cette bagarre.

Et maintenant Bernie ?

Évidemment la question qui hante depuis quelques semaines toute la presse de gauche aux États-Unis d’Amérique et singulièrement depuis de matin est celle de la suite de la campagne de Bernie Sanders. Selon leur sensibilité, ou leur pusillanimité  les commentateurs oscillent depuis des jours entre « Bravo, va jusqu’au bout » et « Tu es fou, il est temps d’arrêter our ne pas tout gâcher ». A la réflexion et après avoir lu un peu tous les avis je pense que la marge de choix est étroite. Il faut prendre en compte les désillusions, les amertumes que peut laisser une campagne de près d’une année qui a mobilisé des millions de volontaires, fait surgir des forces insoupçonnées d’auto-organisation (la campagne a semble-t-il été assez peu directive et a laissé les organes locaux s’organiser et prendre des initiatives), prouvé la possibilité de financer une campagne efficace mêmes dans les conditions actuelles de pourrissement de la vie politique par l’argent.

Des tentations existent de fuite en avant plus ou moins romantiquement irresponsables : une candidature indépendante, rallier la candidature du Parti Vert et lui apporter une organisation militante qui lui manque. Sans doute tout cela doit-il beaucoup à des journalistes prêts à apporter à l’actualité  le concours de leur l’imagination. Ce serait ignorer que comme le dit cet article de « The Nation »  si Clinton a gagné la nomination Sanders a gagné le débat des idées. Dans un contexte que beaucoup voient comme le glissement global à gauche de la pensée d’un pays où « socialiste » n’est plus un insulte, où un système d’assurance maladie universelle fait partie du possible, où on peut annuler un projet d’oléoduc géant qui convoie du pétrole de schiste, où même la question du droit des armes redevient discutable il n’est plus certain que les élections se gagnent au centre. Cela n’empêche pas, au contraire, que le pays soit profondément divisé, qu’une population laborieuse blanche qui se sent abandonnée ne soit prête à presque tout.

Dans l’immédiat la question sur la table est double.

  1. Doit-on stopper Trump et mettre toutes les forces nécessaires en route pour cela ?
  2. Quelle est la meilleure voie pour améliorer la vie des gens dans le pays à terme ?

Les deux questions impliquent une même direction de réponse : travailler à la victoire de Clinton et des candidats Démocrates en Novembre. Le système électoral aussi tordu et dispersé dans les états qu’il soit offre la possibilité par les primaires locales, dont une bonne partie n’a pas encore eu lieu de présenter des candidats progressistes contre les candidats de l’appareil du parti; C’est ainsi que Sanders soutient officiellement Tim Canova contre Debbie Wasserman Schultz comme candidate à la Chambre des Représentants en Floride. Les réunions programmées par les partisans de Sanders corrélativement à la Convention Démocrate à Philadelphie en Juillet peuvent constituer le début de consolidation d’un mouvement qui n’a pas besoin de structures importantes. En fait ces structures existent déjà. La campagne de Bernie Sanders s’est appuyé sur elles à l’occasion.

Par exemple :

  • Occupy Democrat. Inspirés à la fois du mouvement Occupy et de la manièr edons le Tea Party a colonisé le Parti Républicain ce groupe cherche à faire élire le maximum de parlementaires Démocrates progressistes sans avoir recours au financement des lobbys et des grandes entreprises.
  • Brand New Congress. Un groupe tout récent de déçus du peu de résultats concrets de la présidence Obama qui veut permettre la mise n e place du programme de Bernie (« to enact Bernie’s program« ). avec l’objectif de renouveler tout le Congrès dès les élections de 2018 (ce qui est impossible au vu du calendrier électoral mais explicite une volonté). La focalisation sur les élections de mi-mandat de 2018 est importante. Elles sont toujours moins mobilisatrices et un peu négligées. Cette organisation basée sur les réseaux sociaux a les limites de ses moyens.
  • The Working Families Party Organisation à mi-chemin entre un parti politique et une organisation de masse elle est active sur la côte Est  principalement et en particulier dans l’état de New-York où elle a servi de relais à la campagne de primaire de Bernie Sanders. Elle est également présente en Oregon, état notoirement progressiste. Elle a été fondée en 1998 à New-York et entretient des liens avec le mouvement syndical et les organisations communautaires locales.
  • Peoples Summit est née d’une alliance récente entre le syndicat des infirmières, fidèle soutien précoce de Bernie et le groupe People for Bernie. qui est lui-même un rassemblement de groupes de soutien de la candidature. Peoples Summit tient un grand rassemblement, à la fois célébration et sorte de congrès fondateur si je comprends bien à Chicago du 17 au 19 Juin. Jetez donc un coup d’œil à l’ impressionnante liste des partenaires.

Le jeu semble donc clair : tenir les deux branches. Participer à la Convention Démocrate pour commencer à engranger les premiers bénéfices de l’extraordinaire travail accompli et lui donner des perspectives politiques électorales d’un côté. Mais ceci n’aura de sens et ne pourra porter des fruits et durer que si par ailleurs le travail sur le terrain continue de manière autonome.

Bon courage les gars et les filles.

Ecoutez donc Elizabet Warren, Trump passe la barre.

Les hostilités montent en intensité. Donald Trump devait aller chercher dans le passé des Clinton de bien vieilles histoires déjà enterrées par tout le monde : une accusation d’assassinat d’un collaborateur, les turpitudes de Bill organisées par Hillary. Heureusement pour sa crédibilité l’affaires des e-mails revient au bon moment pour lui. Peut-être pas le pire moment pour Hillary, juste après la  Convention et sa nomination aurait été bien plus dangereux. La mise en accusation étant improbable il est vraisemblable que cette affaire disparaisse des radars électoraux assez  tôt pour ne pas être trop dommageable. Elizabeth Warren, la véritable héroïne de toute l’histoire et quasi seule sénatrice à ne pas avoir choisi entre Hillary Clinton et Bernie Sanders, monte au créneau dans la logique de sa bagarre avec Trump sur Twitter. Ceux qui entendent l’anglais apprécieront la clarté de l’exposé.

En bref :

  • Trump s’est réjoui du crash immobilier des subprimes qui lui a permis d’acheter à vil prix,
  • Trump ne paie que peu, voir pas d’impôts alors que ses affaires doivent tout à l’infrastructure du pays payée par ceux qui travaillent et ne reçoivent que des miettes,
  • Cet homme est disqualifié pour la présidence.

 

Petites nouvelles.

Tout le monde s’interroge sur la mouche qui a piqué Sanders d’accepter un débat avec Trump avant la primaire de Californie (7 Juin). Il est à peu près certain d’y laisser des plumes et Trump, même objectivement battu dans le débat ne peut qu’en sortir grandi aux yeux de ses supporters. Bernie tu joues avec le feu!

Grâce à des revirements de délégués Donald Trump a maintenant le nombre de délégués qui fait de lui le candidat irrécusable du Parti Républicain en vertu des règles en cours.

Au mur de San Diego,on y danse, on y danse.

La campagne des primaires de l’élection présidentielle aux États-Unis d’Amérique connait une accalmie avant l’ultime sprint du début Juin et les derniers états poids lourds du New Jersey et de la Californie. Ce temps est propice aux concertations, manœuvres diverses destinées à costumer les reniements en actes de bravoure,  ou  à préparer un avenir encore incertain. Les deux camps doivent résoudre de lourds problèmes si possible avant la tenue des conventions. Les Républicains tentent de reconstruire une unité au moins de façade afin d’éviter une convention visiblement conflictuelle de perdre trop de sièges à la Chambre et surtout au Sénat. Les Démocrates gèrent la menace du retour du scandale des mails d’Hillary Clinton qui risque de revenir au plus mauvais moment, juste après la nomination, et la fracture qui menace de priver la candidate d’une partie importante et indispensable des voix des partisans de Bernie Sanders. Le choix du poste de vice-président sur le ticket présente les mêmes risques de mauvais choix pour les deux camps tant l’équilibre semble difficile à trouver.

Voici donc l’occasion de faire un détour par un sujet polémique soulevé par Donald Trump et déjà quasi oublié tant les événements se précipitent : le mur de la frontière sud avec le Mexique. La frontière est longue d’environ 3200 kilomètres dont environ 1000 sont déjà barrés par une barrière militarisée plus ou moins efficace.

Le prix et la possibilité du mur.

La bataille de chiffres qui s’est déchaînée après les annonces de Trump est maintenant calmée. L’accord s’est réalisé sur une estimation de coût autour de 12 milliards de dollars. Le financement proposé par le candidat putatif des républicains a beaucoup fait sourire, voire plus.  Il veut prendre en otage les immigrés mexicains sur le sol fédéral en les empêchant d’envoyer de l’argent à leurs familles au pays. Le Mexique reçoit autour de 24 milliards de dollars par an de l’étranger dont la plus grande part vient du nord de la frontière. Outre l’impossibilité pratique et légale de mettre en pratique cette méthode elle fait peser sur l’économie mexicaine un risque qui pourrait se révéler mortel pour toute la zone tant l’ensemble nord-américain est imbriqué.

La réalité du mur et des frontières.

Si la frontière sud concentre tous les fantasmes et toutes les peurs, ce qui ne nous étonne pas,  elle n’est pas seule. La totalité du pourtour du territoire est soumis à une législation particulière connue sous le nom de « règle des 100 miles« . Cette règle, comme très souvent dans le pays soumise à des variantes locales, permet aux autorités et en particulier à la police des frontières, la « Custom and Border Protection », et sa « Border Patrol » de ne pas se soumettre au droit commun. Cela ne passe pas toujours inaperçu. La répartition massive de la population aux limites du pays, en particulier les deux côtes et la zone des grands lacs, a pour conséquence que la majorité de la population vit dans les territoires soumis à la règle des 100 miles. De plus l’évolution des lois depuis le 11 Septembre a ouvert la possibilité au Secrétaire à la sécurité intérieure, le patron du « DHS, Department of Homeland Security » de déroger à un grand nombre de lois de protection des citoyens ou de l’environnement en cas de besoins dont il est seul juge. Ce personnage, non élu, est d’ailleurs le quatrième dans l’ordre de succession présidentielle après le vice-président, le « speaker » de la Chambre des Représentants et le président du Sénat. Cette possibilité à la discrétion d’un haut fonctionnaire auprès du président des États-Unis d’Amérique a effectivement été  mise en œuvre à plusieurs reprises, en particulier dans des états frontaliers du Mexique.

Ce mur vient après bien d’autres dans l’Histoire. Chacun ayant ses caractéristiques propres. La grande muraille de Chine a été conçue pour jouer un rôle de réel obstacle militaire qui empêche les envahisseurs d’avancer. Le mur d’Hadrien, à l’opposé, dans la logique romaine de conquête économique, juridique et culturelle, servait de régulateur des passages commerciaux et de point de perception des taxes. La différence d’ampleur architecturale des deux édifices parle d’elle-même. Le mur mexicain, ouvrage de notre siècle, fonctionne avec nos critères et nos méthodes. Plutôt que de dissuader les migrants de tenter l’aventure, nous constatons en Europe actuellement combien cela est illusoire, il les oriente vers des zones difficiles  sinon impossibles. Il devient ainsi un projet aussi absurde que criminel qui envoie à la mort nombre de gens. Ce nombre de morts varie suivant les sources tant il est difficile de tracer avec certitude une réalité que si peu de gens souhaitent affronter, celle des morts du désert, des rançonnés par les brigands de toutes sortes, des femmes en esclavage ou disparues.

Dessinons, chantons, dansons.

Il se trouve pourtant des gens pour s’y confronter, à la réalité du mur, des artistes. Je ne peux m’empêcher de me poser des questions devant des plasticiens faisant du beau avec une matière si tragique, moi qui n’ose pas photographier un être humain de peur de voler/violer son intimité. J’admire donc le courage de Richard Misrach, photographe et Guillermo Galindo, sculpteur/arrangeur pour avoir su prendre le sujet à pleines mains dans un travail à regarder, écouter et méditer. Le livre qui en résulte présente les photos de la frontière par  Misrach et les installations de Galindo construites avec les objets retrouvés sur le terrain, traces du passage de gens dont on ignore le destin.

D’autres, comme Ana Teresa Fernandez, du côté sud, ont décidé de passer à l’action, l’action d’effacer la frontière en peignant en bleu, couleur du ciel à l’horizon, le mur. La muraille ainsi symboliquement disparue ne laisse voir qu’un espace ouvert à tous.

Les deux projets si différents ont en commun de prendre à bras le corps la situation. Si Misrach montre la diversité de la réalité géographique des terrains Fernandez amène son groupe sur le lieux mêmes à exprimer dans une action pacifique la volonté de réunir les familles déchirées par le rideau de fer et de béton.

L’intensité dramatique de la pièce qui se joue ici en a inspiré d’autres. Vous dessiniez, j’en suis fort aise et bien chantez maintenant. En 2012 un groupe a collecté et enregistré des « chants de la frontière« .

Et si on dansait ?

Il y a déjà quelque temps qu’Ursula Le Guin a fait connaître la vidéo réalisée par sa fille Elizabeth en 2012 lors du « fandango fronterizo« . Tous les ans, de chaque côté de la frontière, à San Diego et Tijuana, on se réunit autour du mur pour danser et chanter la fraternité. J’ai de bien lointains souvenirs de la vue de Tijuana du haut la butte de Point Loma au nord de San Diego. A cette époque pas de mur, juste dans un coin de ma mémoire le souvenir de la trompette d’Herb Alpert et du « Tijuana sound ».

Ridicule, dérisoire, effrayé

Jeudi, six jours après.

Rien ne m’obligeait à quitter le cocon douillet de ma maison de Seine et Marne mais rien n’aurait pu me faire rester enfermé. Au lieu de partir comme dimanche vers l’est marcher une quinzaine de kilomètres comme à mon habitude j’ai résolument mis le cap vers Paris sous le vague prétexte de faire quelques achats pas vraiment indispensables que j’opère habituellement en ligne. Sans même y réfléchir je  me suis trouvé deux boutiques à visiter: la première au début de la rue Alexandre Dumas, l’autre à proximité de République. Si vous n’êtes pas familier de l’est parisien jetez donc un coup d’œil à la carte : les deux extrémités du parcours des assassins du 13 novembre.

Pourquoi donc suis-je venu ainsi reprendre possession de cette ville que je n’ai jamais sentie mienne même aux lointaines années d’études quand j’y habitais ? J’y ai connu de grands moments mais n’ai jamais partagé l’émotion quasi mystique qu’elle inspire parfois. A vrai dire je n’ai jamais ressenti Paris comme une ville, une entité unique dotée d’une forte personnalité mais comme le collage de villages si différents. Il fallait pourtant revenir parcourir ces boulevards, ces avenues, ces rues que ces abrutis m’ont volés. Dans le bus vers République mon voisin me surprend à prendre soudain une photo du trottoir en face. Nous passons devant le Bataclan. Dans le métro qui me ramène au sud un moment de peur irrépressible, irraisonné me fait changer de place quand ce jeune homme lit une page en arabe sur son téléphone. Ils auraient donc vraiment laissé un sillon dans nos têtes ces lâches partis se réfugier dans le grand rien pour ne pas se faire suffoquer dans l’épaisseur du mépris que je voudrais  leur dégueuler dessus. Il faudra encore venir et arpenter ces rues pour ne plus avoir peur, ne plus se dire en passant devant le Comptoir Voltaire : « tiens pourquoi tout n’est-il pas pulvérisé là-dedans ? ». La semaine dernière on m’aurait dit que j’aimais cette ville j’aurais sans doute souris poliment. Ce soir je me souviens des enfants bruns qui sortaient de l’école boulevard Voltaire.

Licence

J’ai beaucoup réfléchi entre une licence libre et le domaine public qui reste pour moi un format d’avenir. J’ai fini par me décider.

A partir du 25 Octobre 2015 tous mes articles et photos ici publiés le seront sous licence Creative Commons BY Shared-Alike (CC-BY-SA-4.0). Ceci signifie que la reproduction y compris dans un travail dérivé commercial est libre sous la condition de republier dans les mêmes conditions et avec la mention de l’auteur.

Pour plus d’information :  http://http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/

Et réfléchissez donc  à suivre cet exemple.

 

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