DOMINIC77

Un peu de tout

Month: juin 2016

Bong sang, c’est un problème anglais.

La dernière livraison du livre « Blimey, it could be Brexit » qu’Anthony Barnett (désolé l’article Wikipedia n’existe par en français) écrit au fil des semaines avant le referendum anglais vient juste à temps au sujet central pour lui. Il a consacré une bonne partie des efforts de sa vie à combattre pour une constitution formelle, totalement écrite et démocratique du Royaume-Uni. Le débat politique des dernières décennies tel qu’il culmine de manière totalement biaisée dans le referendum actuelle a mis en évidence un déficit démocratique majeur. L’Ecosse est dotée d’un parlement et d’un gouvernement dont les pouvoirs devraient être éendus à la suite des promesses faites par tous les partis politiques britanniques poussés par la peur de la possible décision de 2014 de l’indépendance écossaise. Le pays de Galles possède les mêmes institutions en mode mineur ainsi que l’Irlande du Nord. A Westminster siège une sorte de Westmonster qui est le parlement du Royaume-Uni. Le peuple anglais se trouve donc être le seul sans représentation parmentaire. Pour Anthony le principal malaise et l’explication partielle de la colère incarnée par UKIP prennent leurs sources dans ce deficit. Son analyse et sa revue de l’histoire britannique et anglaise est diablement intéressante, particulièrement pour nous français dot l’histoire parallèle et souvent rivale a vu des affrontements nombreux entre nos nations.

J’ai exprimé sur openDemocracy mes désaccords avec Anthony sur quelques points qui relèvent de la tactique (je pense que le Brexit aurait pu être le stimulus déclencheur de la nécessaire destruction de l’Union Européenne). Aujoud’hui le Brexit improbable tout au long de la campagne est devenu  impossible depuis l’assassinat de Jo Cox. Le Bremain a, à son corps défendant, acheté la victoire au prix fort.

Lire « Blimey, it could be Brexit » reste une lecture essentielle à tout amoureux de la démocratie en Europe.

Bonne semaine

Dominique

Bernie entre irresponsable et vendu ?

Avant-hier Je m’ apprêtais à me livrer à un de mes exercices favoris , me mettre mas amis (politiques) à dos, jouer le provocateur réac, le donneur de leçons, bref j’allais dire du mal de Bernie Sanders.

Evidemment avec un peu de second degré il s’agissait de relever dans la phase qui se termine les raisons d’un peu d’optimisme

Donc j’allais dire, alerté par les inquiétudes exprimés par Bob Cesca dans un article de Salon , qu’il fallait se méfier de l’amertume de Bernie, de sa capacité à jouer la vendetta politique voire de son ambition évoquée ici.  L’inquiétude de voir gaspillés  les efforts de milliers, (millions?) de personnes dans la campagne des primaires, l’inquiétude de voir des espérances qui n’auraient vécu qu’un printemps. Et je me suis laissé dépassé par les événements et la vivacité des acteurs politiques.

La chronologie.

L’accélération nécessite de rappeler la chronologie des derniers jours.

  • Dès Lundi Associated Press publie le résultat d’un comptage minutieux des délégués élus et conclut que Clinton a déjà engrangé la majorité nécessaire garantir sa nomination.
  •  Les primaires de Mardi se déroulent donc dans cette ambiance particulière où les résultats sont pour certains déjà acquis. Ce qui ne manquera pas les jours suivant de soulever la discussion sur la démotivation des électeurs de Bernie Sanders découragés de se déplacer pour une cause déjà perdue. En effet, surtout en Californie où a porté le plus gros de l’effort de la campagne les résultats sont décevants pour lui.
  • Dès le lendemain les médias font le plus grand bruit de la victoire de Clinton sans prêter trop d’attention au discours de Bernie Sanders à Santa Monica le soir  même qui annonce tout ce qui va suivre, à savoir continuer la lutte des idées mais rester dans la ligne déjà affirmée de battre Trump. Dès ce moment les rumeurs un peu folles qui courraient  comme de rejoindre la candidature de Jill Stein tombent une fois pour toutes.
  • On annonce que Sanders va rencontrer Obama à la Maison Blanche. Ceci confirme que l’unité du camp Démocrate est en route et que l’annonce du soutien de Clinton par Obama va suivre. On le disait impatient d’entrer dans la danse.
  • La chorégraphie, probablement pilotée depuis la Maison Blanche se déroule sans accroc et même s’accélère. Obama rend l’hommage de circonstance à Sanders. Celui-ci annonce son intention de rencontrer Clinton prochainement afin de préparer au mieux la campagne pour battre Trump. Sans rien dire de formel il réaffirme son intention de continuer jusqu’à l’ultime primaire du 14 Juin dans le District de Columbia qui compte pour très peu dans le décompte des délégués. Il est clair qu’il s’agit de gérer la transition de la campagne militante des primaires à la campagne politique de la Convention avant de revenir sur le terrain pour la campagne des élections générales.
  • Dans la foulée Obama annonce son soutien à Clinton et le confirme par une prestation télévisée dans laquelle on aimerait imaginer nos présidents.
  • Le lendemain arrive l’annonce du soutien de Clinton par Elizabeth Warren, étape importante représentative des efforts de séduction  envers « l’armée de Bernie » et la gauche Démocrate en général. Sans qu’elle prenne l’initiatitive Warren est interrogée sur la possibilité qu’elle accepte la candidature à la vice-présidence et se dit disponible.
  • Le lendemain, Vendredi, Clinton poursuit sur un terrain favorable en même temps que très tactique vu la misogynie de Trump. Elle se rend à l’assemblée de Planned Parenthood (Planning Familial) où elle consolide son image féministe. Planned Parenthood s’était prononcé pour Clinton dès le mois de Janvier.

Les Démocrates.

La séquence Démocrate a donc été rondement menée. Cela ne signifie pas que tout va bien car l’équilibre entre les progressistes autour de Bernie Sanders et Elizabeth Warren d’une part et le camp conservateur-centriste ami de Wall Street autour des Clinton d’autre part n’est pas établi . Les risques commencent la semaine qui vient avec les discussions de la commission de préparation du programme. Un sujet, mineur dans le débat national, mais très différenciant mérite  attention : les relations avec Israël.   Hillary Clinton est sioniste jusqu’à provoquer l’écœurement alors que certains participants désignés par Sanders sont connus pour des positions inverses.

Je préférerais voir Warren rester hors de la Maison Blanche et aiguillonner le pouvoir de l’extérieur. Sa présence sur le « ticket » avec Hillary ressemble un peu à une neutralisation. Elle apportera son dynamisme à la campagne mais que fera–t-elle ensuite dans l’ombre présidentielle ? Sans compter l’enjeu de la majorité au Sénat. Quittant son siège celui-ci sera pourvu par le gouverneur Républicain du Massachusetts.

Bernie Sanders n’a sans doute pas abandonné complètement l’idée d’une inculpation de Clinton en cours de route. La situation serait inédite, pas vraiment prévue dans les textes  et difficilement prévisible. Une décision rapide serait nécessaire et un candidat de rechange, Sanders ou Warren, indispensable. Si l’inculpation directe pour l’affaire des e-mails semble peu probable, une autre affaire dérivée vient de surgir. ABC News a sorti le piston de Clinton pour placer dans un organe de conseil stratégique (« International Security Advisory Board ») auprès du gouvernement un de ses généreux donneurs pas spécialement compétent. Clinton ne risque guère d’inculpation mais une dégradation de son image qui serait mal venue.

Côté Républicain.

Du côté Républicain la cacophonie continue. le Drumpf  a fait une pause. On l’a vu tenir deux interventions publiques  avec un prompteur pour lire des propos un peu plus « présidentiels ». Cela n’a pas duré. Les gants de boxe sont ressortis. L’entrée en lice d’Elizabeth Warren qui lui mène une guerre permanent sur Twitter n’a pu que renforcer son envie de replonger.

Il se confirme que la campagne de Donald Trump n’a ni queue ni tête. Il est très en retard dans sa collecte de fonds et a beaucoup changé d’avis sur le sujet. Affirmant d’abord pouvoir réunir 1 milliard de dollars il a ensuite affirmé ne pas en avoir besoin vu sa facilité à obtenir des passages télévisés gratuits. Il manque là  complètement de vision stratégique car tous les passage à l’écran ne se valent pas et il est nécessaire d’en avoir la maîtrise.

Il affirme viser en particuliers des états qui semblent à peu près inaccessibles.

La Californie, terre Démocrate où les hispaniques votent en nombre  attire car elle apporte un grands nombre de grands électeurs mais semble un pari des plus improbables et des plus coûteux en publicité et en campagne de terrain. New-York a beau être l’état de Trump il ne se présente pas mieux. Il vise aussi le New-Jersey et le Maryland, bien accrochés à l’autre camp.

La campagne ne se structure pas. Trump lui-même affirme préférer la souplesse d’une petite équipe. Sa manie de tout contrôler a déjà provoqué des changements dans son équipe et ne facilite pas la construction d’un ensemble efficace.

Mitt Romney qui reste un des hiérarques Républicain les plus visibles, a annoncé examiner la candidature du Gary Johnson du Parti Libertarien et ne pas exclure voter pour lui.  La campagne des Libertariens a le vent en poupe. L’instabilité persistante du camp Républicain pourrait être le meilleur allié des Démocrates.

Et Bernie dans tout cela.

Les craintes qu’exprimaient les commentateurs de gauche la semaine dernière d’un éclatement de la campagne Sanders ou son départ vers l’ aventure suicidaire d’une candidature indépendante se sont dissipées mais des questions demeurent. La bataille continue au sein du Parti Démocrate avec la préparation de la Convention et de la plate-forme mais aussi à côté. Que fera Clinton d’une plate-forme de campagne tirée vars la gauche ? Peu importe l’important se passera ensuite.

Les réunions organisées autour et indépendamment de la Convention par les groupes qui soutenaient Bernie Sanders prennent maintenant leur sens d’étapes de suite de la construction d’un mouvement durable. On n’est pas toujours à l’abri d’une bonne nouvelle. Et pour répondre à la question du titre Bernie a évité l’irresponsabilité, il ne s’est pas (encore ?) vendu à l’appareil Démocrate et il a suffisamment gagné pour concrétiser une campagne historique. Peut-être pourrions nous y penser ?

Elections US, passons aux choses sérieuses

J’ai choisi ce titre un peu provocateur pour signifier que le temps de formuler des appréciations morales des candidats confortablement installé, derrière son écran est terminé et qu’il faut maintenant se confronter aux questions politiques concrètes.

Les primaires sont (presque, il reste le Dictrict of Columbia, la capitale qui ne changera rien et a un statut spécial) terminées. On va pouvoir passer aux questions politiques et à la construction politique de l’avenir.

Les partisans de Bernie Sanders vivront les résultats de la primaire Démocrate de Californie  comme une déception à rebours des derniers sondages qui voyaient les intentions de votes pour Clinton rester stables quand celles pour Sanders montaient et laissaient espérer une victoire. Les derniers sondages  s’équilibraient à 48% pour Clinton contre 46% pour Sanders. Les résultats définitifs seront plus près de 56% contre 43%, sans appel. L’analyse détaillée sera intéressante pour comprendre la dynamique politique des derniers jours. La comparaison des participations avec les primaires de Californie en 2008 et en 2012 mérite un coup d’œil.

Démocrates         Républicains

2008   5.066.992               2.932.812

2012   2.076.309              1.924.9670

2016   3.258.027              1.700.000

La chute de la participation entre 2008 et 2012 peut-être causée par la différence des enjeux (première candidature Obama) et le changemetn de date. La primaire de Californie se tenait en Février. Par contre la participation Républicaine chute entre 2012 et 2016 sans que l’on puisse dire si cela est du au fait que les jeux sont faits (Trump a gagné) ou que le trouble gagne l’électorat. J’espère que des analyses fines seront publiées, en particulier par catégories ethniques pour mesurer l’impact des événements récents. La mobilisation relative des électeurs Démocrate est importante mais il faut noter la majorité massive (75%) de Trump dans les votes Républicains.

La candidate Démocrate.

On savait déjà que la candidate démocrate serait Hillary Clinton et sauf à jouer explicitement la politique du pire et à faire fi des souffrances que la politique des Républicains fait endurer à la majorité de la population il n’existe pas le moins mauvaise possibilité. Une victoire de Bernie Sanders à l’élection générale relève de l’illusion.

Il ne pouvait pas gagner malgré l’image trompeuse que répandaient les sondages des dernières semaines. Peu exposé dans la campagne des primaires il se serait trouvé dans la campagne, au plus tard après la Convention à un tir de propagande d’une intensité jamais vue prenant comme cible son « socialisme » revendiqué. On aurait vu défiler les photos de sa lune de mien en Union Soviétique quelques mois avant la chute du mur de Berlin. Ses propositions de politique sociale et leurs conséquences fiscales auraient occupé le reste du débat. Aucune chance. D’autant qu’il est en concurrence directe avec Trump sur le cœur de l’électorat de celui-ci. Incidemment il aurait facilité le rassemblement du camp républicain contre lui mais ceci peut-être un bien au bout du compte.

Une fois élu un président Sanders aurait été pieds et poings liés dans la Maison Blanche. Un Congrès hostile qui a rodé contre Barack Obama toutes les armes de l’obstruction parlementaire aurait mené une bataille de tous les instants. Au mieux il aurait si les Démocrates reprennent le Sénat en Novembre réussit à nommer un neuvième juge progressiste à la Cour Suprême, ce qui n’est pas négligeable. Les deux premières années du mandat passées à piétiner les élections de 2018 se présentaient mal et les choses empiraient. Le plus grand trésor de cette campagne historique, « l’armée de Bernie », le mouvement que personne n’attendait, sombrait dans la désespérance et les querelles internes.

Reste à faire au mieux avec Hillary Clinton. Rien n’est gagné d’avance mais « l’armée de Bernie » reste mobilisable, sa jeunesse en fait un outil dynamique et de long terme.

Drumpf.

Les  attaques racistes des derniers jours  contre le juge Gonzalo Curiel, en charge de l’affaire de la « Trump University » par Donald Trump commencent à produire des résultats mais ne provoquent pas de défections massives. Quelques caciques Républicains ont manifesté leur désaccord sans renier leur soutien. Par exemple Paul Ryan, obligé d’aller à Canossa la semaine dernière et de se soumettre a du opérer une jolie contorsion  et admettre que si les propos de son candidat correspondent à la pure définition du mot « racisme » ils ne justifient pas de lui retirer son soutien. Le plus spectaculaire est venu de Californie. La loi y définit une primaire non-partisane  pour l’élection au Sénat qui correspond à nos premiers tours; Elles sert à sélectionner les deux candidats qui concourreront en Novembre. Résultat les deux candidates Démocrates dont Kamala Harris soutenue par Bernie Sanders sont arrivées en tête et ont donc éliminés les Républicains de la compétition. Cela ne change pas l’équilibre car le siège à renouveler est détenue par la Démocrate Barbara Boxer. Cela peut changer la tonalité politique car Kamala Harris qui réussit le tour de force d’appartenir à deux minorités, mère indienne et père jamaïcain, est la représentante typique de la nouvelle gauche Déémocrate alors que Barbara Boxer représente bien l’appareil du parti.

Après avoir insisté dans ses attaques racistes Trump a fini par sortir un discours quasiment politiquement correct hier. Pour la première fois on l’a vu réciter un texte lu sur un prompteur. Cela signifie-t-il qu’il a entendu raison et que les spin-doctors du Parti Républicain seront désormais derrière lui pour veiller à empêcher toute sortie de route ? On peu en douter mais surtout cela ne résout pas leur équation infernale : comment conserver le bénéfice de la colère canalisée et catalysée par Trump sans perdre ailleurs, chez les hispaniques, les femmes et la classe moyenne supérieure éduquée ? Autre signe que la campagne est politiquent reprise en main, Trump a annoncé pour lundi  (13 Juin) un discours important sur les Clinton. Il va « tout dire ».

La situation parait donc encore instable du côté Républicain. Une défection qui pourrait en annoncer d’autres sur le même modèle. Le sénateur Mark Kirk a retiré son soutien à Trump. L’explication se trouve dans le difficile réélection qu’il affronte dans l’Illinois. D’autre pourraient se trouver dans la même situation et préférer sauver leur peau que soutenir un candidat douteux, à la victoire incertaine et dévastatrice pour leur parti. Des seconds couteaux Républicains viennent de créer un groupe « Republicans for Hillary » mais ceci est classique dans ce genre d’élection. La prise de position de Newt Gingrich contre Trump est plus intrigante. Il passe pour très proche de Sheldon Adelson, quinzième fortune du pays au classement Forbes  et financier  habituel de la droite. Le financement de la campagne est maintenant une question d’actualité. Le ralliement de Paul Ryan avait semblé indiquer une possibilité de rapprochement des frères Koch avec le Parti Républicain. Les dérapages de Trump la fragilise. Deux ou trois milliardaires ne financent pas seuls ni même principalement une campagne mais leur participation fluidifie et encourage fortement le flux d’argent. Comme l’a indiqué John Oliver dans la fameuse émission  du 28 Février Trump ne finance pas vraiment sa campagne, il lui prête de l’argent en attendant de le récupérer à la fin.

Les candidats en lice.

Sous réserve de surprise, mise en accusation de Clinton pour l’affaire des e-mails (assez improbable), coup de Trafalgar chez les Républicains on connait les quatre candidats qui s’affronteront en Novembre.

  • Drumpf. On connait le candidat Républicain, imprévisible, ses propositions illusoires (construire le Mur et le faire payer au Mexique). Je reste sceptique sur sa capacité à mener une campagne d’élection après sa prestation aux primaires. Il devra partager la directtion des opérations avec l’appareil républicain et les sources de financement de sa campagne qu’il est incapable de payer lui-même évidemment. Au plus sa fortune se monte à moins de 4 milliards de dollars. Une campagne coûte tout compris pas loin de la moitié. Il n’est pas homme à dilapider ses biens dans une telle aventure. Il est d’ailleurs douteux que sa fortune soit assez liquide pour être mobilisée aussi rapidement. Il a mis le Parti Républicain et lui-même dans une tenaille politique ingérable dans un temps prolongé au-delà de l’enthousiasme spontané. Il devra choisir entre maintenir les outrances ou se rallier à des propositions conservatrices plus classiques. Dans tous les cas il perd une fraction de son électorat. Sans compter les désillusions s’il était élu mais ceci est une autre histoire de chaos assez peu sympathique à envisager.
  • Hillary Clinton. Elle est là. La presse, même de gauche  et favorable à Bernie Sanders célèbre le moment « historique » de l’accession d’une femme à la candidature. Il faudra plus que cela pour gagner de manière convaincante. Sans accorder plus d’importance que nécessaire aux sondages à cette distance de l’élection et avant toute campagne on peut noter que certains sont inquiétants. Par exemple celui-ci montre que dans la Floride, état charnière où la victoire serait bienvenue sinon nécessaire, Trump est passé en tête. On connait les positions de Clinton, éminemment désagréables sur biens des points comme le Moyen-Orient comme on le voit ici dans un débat avec Sanders commenté par Noam Chomsky. On connait aussi son passé, ses relations avec les grandes entreprises et la finance. Les épisodes montés en épingle par ses opposants, l’affaire des e-mails ou la Lybie relèvent de la politique politicienne et des erreurs ou maladresses de  comportement qui me dérangent moins. Sur les questions internationales elle peut être sensible à une forme de pression sans que l’on attende de modifications fondamentales. Sur les questions sociales elle sera plus ouverte et même plus. L’économie est également un sujet de préoccupation, d’autant qu’elle a annoncé avoir l’intention de faire jouer un rôle important à son mari. Ce dernier point relève plus de la propagande électorale que d’autre chose pour profiter du souvenir de la relative prospérité des années Clinton (Bill). Face à un Trump qui va mettre en avant le retour (illusoire) des emplois partis au Mexique après l’accord de libre-échange Nord-Américain dont Bill est si fier il n’est pas dit que cela soit très bien vu. La question du programme, celle de l’appareil du parti et celle de la vice-présidence laissent ouvert un terrain de négociation publiquement visible. Une partie du programme se discute déjà dans le comité désigné par les candidats et la direction du parti. La vice-présidence ne répond pas qu’à des besoins d’équilibre politique. La présidence Obama a démontré dans la pratique l’utilité d’un vice-président actif, dans l’ombre souvent, et en cohérence avec son patron. (La présidence Georges W. Bush a aussi démontré que le vrai patron n’est pas toujours celui qui est au premier plan). Le maintien en place de Debbie Wasserman Schultz sera un indicateur du point d’équilibre atteint. La patronne en titre du parti est symboliquement et pratiquement liée à l’industrie de la finance comme le prouve son activité parlementaire. La réalité des compromis est toujours une question de rapport de forces et de terrain.
  • Gary Johnson. Le candidat du parti libertarien est crédité pas les sondages de 10% environ des suffrages. Il peut assurer la défaite de Trump car c’est çà droite qu’il prendra l’essentiel de ses électeurs. Je considère depuis longtemps le Parti Libertarien  comme la forme la plus moderne de l’extrême droite et j’en ai peur mais Johnson est un type parfois quasiment drôle.
  • Jill Stein. La candidate du Parti Vert part avec un handicap. La faiblesse des ressources militantes et financière ne lui permettra pas de concourir dans tous les états (21 assurés à ce jour). La faiblesse politique des Verts, leur péché mortel aux yeux de la gauche est la responsabilité qu’on leur a conféré d’avoir causé la défaite d’Al Gore en 2000 du fait de la candidature de Ralph Nader. Jill Stein dont c’est la seconde candidature est crédité de plus de 2% des intentions de votes soit plus du double des scores de son prédécesseur malgré la concurrence effrénée de la campagne de Bernie Sanders qui a raflé les thèmes écologistes et sociaux  qui forment la base du programme « Green ». Avant la primaire de Californie le parti a annoncé avoir perdu au moins 30% de ses membres dans cette bagarre.

Et maintenant Bernie ?

Évidemment la question qui hante depuis quelques semaines toute la presse de gauche aux États-Unis d’Amérique et singulièrement depuis de matin est celle de la suite de la campagne de Bernie Sanders. Selon leur sensibilité, ou leur pusillanimité  les commentateurs oscillent depuis des jours entre « Bravo, va jusqu’au bout » et « Tu es fou, il est temps d’arrêter our ne pas tout gâcher ». A la réflexion et après avoir lu un peu tous les avis je pense que la marge de choix est étroite. Il faut prendre en compte les désillusions, les amertumes que peut laisser une campagne de près d’une année qui a mobilisé des millions de volontaires, fait surgir des forces insoupçonnées d’auto-organisation (la campagne a semble-t-il été assez peu directive et a laissé les organes locaux s’organiser et prendre des initiatives), prouvé la possibilité de financer une campagne efficace mêmes dans les conditions actuelles de pourrissement de la vie politique par l’argent.

Des tentations existent de fuite en avant plus ou moins romantiquement irresponsables : une candidature indépendante, rallier la candidature du Parti Vert et lui apporter une organisation militante qui lui manque. Sans doute tout cela doit-il beaucoup à des journalistes prêts à apporter à l’actualité  le concours de leur l’imagination. Ce serait ignorer que comme le dit cet article de « The Nation »  si Clinton a gagné la nomination Sanders a gagné le débat des idées. Dans un contexte que beaucoup voient comme le glissement global à gauche de la pensée d’un pays où « socialiste » n’est plus un insulte, où un système d’assurance maladie universelle fait partie du possible, où on peut annuler un projet d’oléoduc géant qui convoie du pétrole de schiste, où même la question du droit des armes redevient discutable il n’est plus certain que les élections se gagnent au centre. Cela n’empêche pas, au contraire, que le pays soit profondément divisé, qu’une population laborieuse blanche qui se sent abandonnée ne soit prête à presque tout.

Dans l’immédiat la question sur la table est double.

  1. Doit-on stopper Trump et mettre toutes les forces nécessaires en route pour cela ?
  2. Quelle est la meilleure voie pour améliorer la vie des gens dans le pays à terme ?

Les deux questions impliquent une même direction de réponse : travailler à la victoire de Clinton et des candidats Démocrates en Novembre. Le système électoral aussi tordu et dispersé dans les états qu’il soit offre la possibilité par les primaires locales, dont une bonne partie n’a pas encore eu lieu de présenter des candidats progressistes contre les candidats de l’appareil du parti; C’est ainsi que Sanders soutient officiellement Tim Canova contre Debbie Wasserman Schultz comme candidate à la Chambre des Représentants en Floride. Les réunions programmées par les partisans de Sanders corrélativement à la Convention Démocrate à Philadelphie en Juillet peuvent constituer le début de consolidation d’un mouvement qui n’a pas besoin de structures importantes. En fait ces structures existent déjà. La campagne de Bernie Sanders s’est appuyé sur elles à l’occasion.

Par exemple :

  • Occupy Democrat. Inspirés à la fois du mouvement Occupy et de la manièr edons le Tea Party a colonisé le Parti Républicain ce groupe cherche à faire élire le maximum de parlementaires Démocrates progressistes sans avoir recours au financement des lobbys et des grandes entreprises.
  • Brand New Congress. Un groupe tout récent de déçus du peu de résultats concrets de la présidence Obama qui veut permettre la mise n e place du programme de Bernie (« to enact Bernie’s program« ). avec l’objectif de renouveler tout le Congrès dès les élections de 2018 (ce qui est impossible au vu du calendrier électoral mais explicite une volonté). La focalisation sur les élections de mi-mandat de 2018 est importante. Elles sont toujours moins mobilisatrices et un peu négligées. Cette organisation basée sur les réseaux sociaux a les limites de ses moyens.
  • The Working Families Party Organisation à mi-chemin entre un parti politique et une organisation de masse elle est active sur la côte Est  principalement et en particulier dans l’état de New-York où elle a servi de relais à la campagne de primaire de Bernie Sanders. Elle est également présente en Oregon, état notoirement progressiste. Elle a été fondée en 1998 à New-York et entretient des liens avec le mouvement syndical et les organisations communautaires locales.
  • Peoples Summit est née d’une alliance récente entre le syndicat des infirmières, fidèle soutien précoce de Bernie et le groupe People for Bernie. qui est lui-même un rassemblement de groupes de soutien de la candidature. Peoples Summit tient un grand rassemblement, à la fois célébration et sorte de congrès fondateur si je comprends bien à Chicago du 17 au 19 Juin. Jetez donc un coup d’œil à l’ impressionnante liste des partenaires.

Le jeu semble donc clair : tenir les deux branches. Participer à la Convention Démocrate pour commencer à engranger les premiers bénéfices de l’extraordinaire travail accompli et lui donner des perspectives politiques électorales d’un côté. Mais ceci n’aura de sens et ne pourra porter des fruits et durer que si par ailleurs le travail sur le terrain continue de manière autonome.

Bon courage les gars et les filles.

De quoi Drumpf est-il le nom ?

Dans son intervention du 28 févier John Oliver, célèbre présentateur anglais de l’émission hebdomadaire « Last week tonight » sur HBO, a pour la première fois consacré une émission entière à Donald Trump alors qu’il s’était engagé à en parler le moins possible. Le danger se précisant il a changé de point de vue. Cela au moins m’a bien fait rire.

John Oliver rappelle que son prédécesseur a été moquée par Trump pour avoir changé son nom de Jonathan Leibowitz en Jon Stewart comme s’il avait honte de ses origines. On peut d’ailleurs se demander ce que laisse entendre cette supposition de relent antisémite. Par la suite Trump a évidemment nié publiquement avoir critiqué Jon Stewart. Le plus drôle vient en fin d’émission quand Oliver dévoile que le nom d’origine de la famille Trump est en fait Drumpf. Un des ancêtres a changé de nom avant l’arrivée du grand-père de Donald aux Etats-Unis d’Amérique. Oliver met en évidence combien cela change les choses. Trump se comporte essentiellement comme un bateleur, un comédien pour qui la vérité importe moins, en fait pas du tout, que l’affirmation spectaculaire. Le mot Trump, la sonorité même, sonne comme une liase de billets de 100 dollars qui gifle la joue d’un valet. Essayez donc avec un son comme « Drumpf ». Et il s’arrête pas là. Il annonce la création d’un site web,  http://www.donaldjdrumpf.com. Sur ce site vous pouvez acheter des casquettes siglées « Make Donald Drumpf again », vendues à prix coutant, ou télécharger un petit morceau de logiciel intéressant. Il s’agir d’un ajout que ceux qui utilisent le navigateur Chrome -dont je ne suis pas car je fais partie des idiots qui dans une illusoire tentative de dégoogueulisation se refusent autant que possible à utiliser les produits de Big Brother- peuvent installer. Ce « plugin » a pour fonction de transformer automatiquement toutes les instances du mot Trump en Drumpf dans les pages affichées.

John Oliver apporte au passage d’autres informations. Entre autres sur le financement de la campagne du Donald. Il prétend la financer directement. En fait il a prêté plus de 17 millions de dollars à sa campagne qu’il devrait se faire rembourse quand les financements venus des soutiens de la campagne du Parti républicain seront arrivés. Bien joué. La contribution directe de Donald Trump à la date de la diffusion était inférieure à 400.000 dollars. Voici une occasion de regarder de plus près la fortune de l’individu. Sa popularité repose en bonne partie sur son image d’homme d’affaire qui réussit tout ce qu’il entreprend. Remarquons aussi au passage que les projets de Trump dans des pays musulmans ou son partenariat avec le fils d’un oligarque azéri ont disparus de sa communication.

La publication, obligatoire pour un candidat, de sa situation de fortune.

La publication de ses avoirs.

Dès le début de la campagne Donald Trump a publié comme il est obligatoire un état de sa fortune. Le règlementation n’impose pas un détail absolu sur le toit si bien qu’il reste des zones d’ombre. S’agissant d’une pure déclaration sans contrôle systématique on peut s’interroger sur la consistance du contenu. Dans ce document Trump évalue ses avoirs à 8,7 milliards de dollars, dont, ne riez pas, 3 milliards pour son nom en tant que marque qu’il vend à des investisseurs pour par exemple construire un immeuble qui porte le nom de Trump. L’image de batisseur se révèle ainsi trompeuse car il s’agit en général de simples étiquetages. Bloomberg a analysé les biens de Trump avec les méthodes utilisées pour évaluer toutes les grandes fortunes. Le résultat est sans appel : 2,7 milliards de dollars. Bloomberg a même publié un article titré « Cher Monsieur Trump, moi aussi je vaux 10 milliards » qui démontre comment faire ce genre d’estimations fantaisistes. Le même auteur publie dans le New-York Times un résumé de l’évolution de la fortune officielle qui est assez troublant. Et il va même plus loin. Il enquête auprès de l’entourage de Trump, conclut que le « milliardaire » ne possède réellement pas plus de 250 millions. Trump l’attaque en justice et réclame, devinez combien ? 5 milliards de dollars. Que croyez-vous qu’il advint? Trump perd en première instance et en appel. Forbes de son côté calcule 4,5 milliards de dollars. Comme Trump l’a dit lors d’une interview cela change avec son humeur.

Cette publication montre un autre aspect inquiétant : les prêts accordés au candidat, au total 16. Son prêteur favori est sans conteste la Deutsche Bank. On dénombre quatre prêts pour un total d’au moins 295 millions de dollars. Le total n’est pas connu en raison de la faiblesse des obligations de déclaration. En quoi cela pose-t-il problème ?
La Deutsche Bank a plusieurs fois eu affaire avec les autorités de régulation de la transparence dans plusieurs pays et a été condamné a ds amends pour un total de 2,5 milliards de dollars. Pour un candidat qui pourrait devenir président voici un beau conflit d’intérêts. Si l’usage continu depuis des décennies que les président parquent dans une structure ad’hoc leurs avoirs durant leur mandat cela n’a rien d’obligatoire. Barack Obama ne l’a d’ailleurs pas fait étant donné le relativement faible niveau des avoirs de la famille et leur nature de placements sans histoire. La question du conflit d’intérêt prend toute son acuité si l’autorité suprême en charge de la mise en œuvre des politiques de régulation est lié à une partie en cause. Pour l’instant Donald Trump ne s’est pas exprimé sur la question.

Ajoutons les poursuites en cours autour de la « Trump University« , une entreprise qui promettait de faire de vous un super-crack de l’immobilier, contre plusieurs dizaines de milliers de dollars quand même. Ces poursuites prennent actuellement deux directions inquiétantes pour Trump mais aussi pour le Parti Républicain.
D’abord à son habitude le Donald n’a pas fait dans la dentelle et a accusé le juge en charge du dossier de partialité car il est d’ascendance mexicaine. Les parents du juge étaient immigrés. Le juge Curiel lui est un citoyen né dans l’Indiana dont une bonne partie de la carrière a consisté à se battre contre les cartels de la drogue. Alors que Trump et les Républicains rament comme des fous pour ne pas perdre trop de plumes dans l’électorat hispanique voilà qui tombe mal.
D’autre part certaines des poursuites ont été abandonnées après des dons aux campagnes électorales des procureurs ou juges concernés. Et là ressort le spectre de la corruption.

On peut rêver : et si Drumpf se détruisait lui-même ?

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