DOMINIC77

Un peu de tout

Quel surnom pour Macron ?

Quand ma belle-mère du haut de ses quatre-vingt-quinze  m’a parlé de « Macaron » je n’ai immédiatement compris de qui il s’agissait. J’ai trouvé cela un peu ridicule mais j’ai fini par l’adopter comme moyen d’exprimer la dérision que m’inspire cet improbable président.

Puis réfléchissant à la meilleure manière d’expliquer à les amis des Etats-Unis d’Amérique ce qu’est Emmanuel Macron comparer avec le président qu’il connaissent le mieux m’est apparu comme le moyen le plus direct.

La goutte d’eau finale a été apportée par le décidément inénarrable Castaner qui parle de mise en scène de sa démission par le général De Villiers. Je comprends que ce jeu de l’arroseur arrosé reste sur le cœur  de nos experts en communication qui auraient voulu réserver à leur metteur en scène en chef l’exclusivité de la direction du théâtre  politique.

Evidemment la différence des deux personnages saute aux yeux. Qu’y aurait-il de commun entre le grossier personnage extraverti de la Maison-Blanche et l’intellectuel réservé de l’Elysée ? On dirait une caricature de l’opposition culturelle franco-nord-américaine. De plus combien  dans les deux personnages de pose, de construction volontaire d’une image ? Donald Trump a récemment résumé leur attitude commune en rappelant combien Macron aime à lui tenir la main.

Ils partageraient donc plus que le premier regard ne laisse imaginer.

  • Un égo si énorme qu’il est impossible à mesurer,
  • Une conception personnelle du pouvoir qui ne s’inquiète pas outre mesure des limites de la bienséance ou de la légalité,
  • Une volonté affirmée de montrer leur indépendance, la différence de leurs prédécesseurs et  du modèle de leur fonction,
  • Une volonté de gouverner par le spectacle.

Chacun pratique le dernier point à sa manière. Macron fait dans la mise en scène, « jupitérienne, solennelle voire un peu vieille France alors que Trump joue au comédien de stand-up.

Les deux voudraient nous faire croire à leur caractère rebelle. Rappelez-vous Edouard Philippe parlant de sa nomination comme d’une transgression. Aller chercher un Premier  Ministre dans le vieux parti de la vieille droite. On ne peut en effet imaginer plus violemment transgressif. De la même manière l’affrontement de Donald Trump avec le politiquement correct alors qu’il constitue son cabinet en cherchant à Wall Street a tout du simulacre destiné à des supporters conquis.

Sous leurs vernis différents nos deux présidents partagent plus que ce qu’un regard superficiel nous ferait penser. Une conversation téléphonique entre mon épouse et ma fille m’a évité de me casser la tête pour trouver un surnom adéquat à notre cher président.

Bienvenue à Mini-Trump.

Le plus grand assassin de l’Histoire

Ma contribution au 14 Juillet.
Quand la fiction devient recours ultime.

====================================================================================================
Le plus grand assassin de l’Histoire.

Fuyant la bourrasque de ce mois de Novembre 2117 l’homme se hâte. Il rejoint le village de sa famille. Vazerac, patelin du Sud-Ouest de la France qu’il n’a jamais connu. Dans le chaos de ce début de siècle il n’a comme tant d’autres plus d’endroit où travailler, où vivre, où espérer.

Quand il retrouve ce qui reste des siens dans ce groupe de maisons emmurées pour se protéger des vols et des attaques Marc aperçoit en contrebas ce village déserté depuis que les tornades ont rendu la rivière incontrôlable. Seule la massive église forte de ses mille années résiste encore aux assauts de l’eau et de la boue. Elle se voit d’autant mieux que les autres constructions ne sont plus qu’ amas de pierres.

La vie continue grâce aux arbres à vent et aux panneaux solaires qui produisent encore de l’énergie, tant que l’on peut encore les réparer ou trouver des éléments de rechange. Les trois cents mètres cubes des citernes de récupération d’eau permettent de vivre et fournissent la matière première de la production d’hydrogène pour les piles à combustibles. On cultive l’essentiel à proximité de préférence dans des champs que l’on peut surveiller.

Il a compris qu’il était bien chez lui quand le petit chien blanc et noir a commencé à lui sauter autour. Son sac posé il avait des choses, des voyages à raconter. Il y a quelques années dans ce monde où les transports ne cessent de se désorganiser il a  voulu partir faire le tour du monde. Il n’est allé plus loin que l’Irlande. Les avions, inutile d’en parler si vous n’êtes pas militaire, mercenaire ou bourré aux as. Et à vos risques et périls, sans contrôle aérien, sans prévisions météo fiables, avec des aérodromes inondés ou assiégés il faut être prêt à tout. Il a bien essayé la voie maritime. Dans les ports anglais envahis par  les eaux montantes les grands navires ne rentrent plus. Ils mouillent à l’extérieur et on transborde tout par navette. Là encore  montrer patte blanche, payer et faire confiance au destin.

De ses voyages plus que des images il a rapporté des rencontres. Alors il raconte. Il raconte ce qu’on lui a raconté. Ce que Franck, suédois perdu en Irlande lui a  raconté. Franck qui avait connu Tom qui avait connu Jim.

Jim, technicien dans le pétrole, ce truc qu’on utilisait il y a un siècle et pour lequel certains se battent encore paraît-il dans quelques lointains endroits. Des gens qui ont encore des machines ou des véhicules à essence, récupérés et rafistolés. Le boulot de Jim, il y a quatre-vingt, quatre-vingt cinq ans c’était de ratisser les vieux gisements, les vieilles installations, de rafistoler des machineries en rade. Tout cela pour récupérer quelques centaines de, quelques milliers les jours de chance, barils revendu à des aventuriers divers ou des industriels au bout du rouleau. Jim allait de puits en puits, d’une montage éventrée à une colline chauve. Un jour, il commençait à être fatigué de balader sa carcasse dans des pierriers maculés d’huile noire malodorante, il a rencontré un drôle de gars. Adossé au seul arbre rescapé du coin le type chantait. La chanson parlait d’un drôle d’endroit, le plus proche du paradis qu’on puisse connaître, les collines ondulantes de la Virginie Occidentale 1.  Quand Jim lui a demande de quel endroit il parlait l’autre lui a juste fait un geste montrant le sol. Cette bouillasse de pétrole avait été le plus bel endroit du monde avant qu’un fou décide de le livrer aux dingues qui l’avaient massacré à coup de dollars. C’est peut-être le chanteur qui a le premier parlé de « l’Éléphant orange » 2, le président qui avait pris la décision de tout sacrifier pour  de l’argent au pétrole, au charbon, au gaz. Faire valoir son savoir faire de technicien n’avait pas été trop difficile ensuite mais Jim n’avait plus mis les pieds dans un champ de pétrole ou de gaz.Vingt ans plus tard il a raconté son histoire à Tom. Il lui a même appris la chanson. Enfin il a tenté. Tom n’avait pas l’oreille bien musicale et la chanson s’est perdue.

Quand il a rencontré Jim Tom n’était pas encore allé à Gibraltar. Après la rétrocession du territoire à L’Espagne celle-ci a appelé au secours les Etats-Unis d’Amérique. Tom était employé par une société de mercenaires, une  de celles que le gouvernement américain employait depuis que l’Éléphant orange avait décidé de sous-traiter  les opérations militaires au privé, juste avant d’être destitué. La Méditerranée devenait brûlante, pas au sens propre, calorifique, mais les réfugiés arrivaient par centaines de milliers de toute l’Afrique tropicale. Les cultures dévastées par la sécheresse dans le Sahel, les zones à la température invivables, avaient tué plus de gens que la seconde guerre mondiale. Le Soudan miraculeusement sauvé à la fin des années 2010 les occidentaux tout contents n’avaient rien vu venir. L’explosion est venue des bidonvilles des  grandes cités côtières, assiégées d’un côté par une population affamée  migrant de l’intérieur et la montée des eaux de l’autre. La destruction des grandes viles a emporté tous les pays l’un après l’autre, les privant d’approvisionnement  extérieur  et d’administration. Les armées souvent sans commandement tiraient sur la foule. Les haines tribales enterrées depuis des décennies ressortaient de leur cercueils. Des foules se sont rassemblées pour se lancer vers leurs derniers espoirs de survie. Des milliers de personnes longeaient la côte de l’Atlantique pour remonter vers l’Europe en évitant la fournaise saharienne. D’autres tentaient le Sud par les grands Lacs, le Malawi et les montagnes vers un mythique paradis  Sud Africain. Partout la même histoire. Une foule affamée comme un vol de criquet qui dévaste tout sur son passage et ne laisse que la désolation et ses propres morts.

Voila ce Tom avait raconté à Franck. Il n’avait pas eu le temps, pas le courage peut-être de lui dire comment lui et ses hommes avaient exécuté les ordres reçus au pied du rocher de Gibraltar, dernier rempart d’une Europe les ordres épouvantée. Mais Franck savait. Il savait ce que tous savaient. Les tirs sans sommation, les armes chimiques « propres » fournies par l’industrie de tous les pays du Nord. Et Tom d’enchaîner cigarette sur cigarette, capable de fumer n’importe quoi plutôt que de laisser son odorat libre de lui rappeler  la puanteur de ce jour-là.

Né après 2050 au Nord de l’Europe Franck avait eu la chance relative d’être témoin du pire. Il avait même pu faire des études avant que les pays de tout le Sud de l’Europe ne s’écroulent définitivement à la poursuite de l’illusion de la croissance qu’avait fait miroiter l’économie du pétrole. Il avait donc vu et au moins en partie compris le drame dont il était témoin, protégé par la force armée qui maintenait les migrants à une distance de moins en moins raisonnable. Dans son refuge perdu au Nord de l’Irlande où Marc l’avait rencontré il ne savait plus qu’attendre la tempête qui abattrait sa maison. Il avait expliqué comment les décisions d’un homme seul, un Éléphant orange dans une Maison Blanche  -mais était-il vraiment le seul responsable?- au début du siècle précédent avaient laissé se déchaîner des forces tapies dans l’ombre prêtes à partir dans une course inarrêtable.

Ce soir-là dans l’atelier attenant à la maison de ses cousins Marc a attendu la tempête qui l’avait suivi de loin toute la journée. La pluie a commencé. La fenêtre ressemblait à un hublot de sous-marin. Quelque gouttes fuitaient du toit. Il entendait les tuiles trembler. Un mouvement soudain l’a fait sursauter. Ce n’était que le chien qui avait réussi à trouver un moyen d’entrer malgré la porte fermée. Le tonnerre s’est mis de la partie. Assis sur un tabouret Marc a vu par la fenêtre entre deux éclairs le clocher de l’église trembler puis s’écrouler. Le chien s’est rapproché, a posé son museau sur sa main. Transis, terrifiés, serré l’un contre l’autre l’homme et le chien regardaient la folie des hommes achever l’Humanité.

1. Au cas où : Orange comme qui vous savez et éléphant comme le Grand Old Party.

2.Green Rolling Hills : chanson de Utah Philips connue surtout par l’interprétation d’Emmylou Harris. Ani DiFranco a enregistré deux disques avec Utah Phillips, vieux syndicaliste, longtemps membre des IWW. Un des plus actuels livre sur les IWW est ici.

Une goutte d’eau

Le rosier pleure.

Le rosier pleure.

« …. Or I may simply be a single drop of rain … »

The Higwayman – song by Jimmy Webb

Et Trump repasse devant,… mais…

Et Donald Trump, poursuivant la remontée dans les sondages entamée depuis à peu près trois semaines, est repassé en tête dans le sondage Rasmussen de ce jour. Rasmussen présente habituellement un biais en faveur des Républicains mais la tendance a été continue ces derniers jours dans tous les sondages. L’écart de près de 10 points en faveur de Clinton au début Août, après les deux conventions, n’a pas cessé de se réduire pour arriver fin Août à cette situation qui laisse les experts dans l’expectative comme le montre cette table ronde de FiveThirtyEight. Les experts y sont très partagés sur l’interprétation des événements.

La glissade de Clinton.

Depuis le début du mois d’Août Clinton a perdu entre un et deux points par semaine dans plusieurs sondages pour finir virtuellement à égalité avant la farce mexicaine.

Barack Obama a initié le processus par une bévue dont il n’est pas coutumier lors des graves inondations de Louisiane. Il est resté en vacances et Clinton s’est contenté de propos de circonstance. La photo du Président en golfeur alors que les écrans montraient les gens aux prises avec les éléments a ouvert un boulevard pour Trump. Il a donc pu venir faire un show photographique devant un camion de dons aux sinistrés et apparaître comme à la fois un homme qui agit et un homme de compassion.

Par la suite il s’est contenté de faire profil bas et de profiter des occasions sur les deux principaux terrains de faiblesse de son adversaire : la Fondation Clinton et l’interminable affaire des e-mails de Clinton Secrétaire d’état.

Le FBI a révélé avoir pu récupérer 30000 courriels effacés du serveur privé des Clinton et les a communiqués au Congrès. Cette affaire restera jusqu’au jour de l’élection une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Clinton. Après la publication des courriels Démocrates qui ont perturbé le début de la Convention de Philadelphie et provoqué la démission de la présidente du Parti Debbie Wasserman Schultz Julian Assange, qui est un ennemi juré des Clinton, a promis une révélation en Octobre que tout le monde pense être le résultat d’un autre piratage. Il a laissé entendre que cette révélation puisse donner un coup fatal à la candidature Clinton. A partir des courriels du serveur privé des Clinton Associated Press a pu annoncer que la moitié des personnes en contact avec Hillary Clinton sont des donateurs à la Fondation Clinton qui devient un autre boulet pour la candidate suspectée de s’en servir à des fins autres qu’humanitaires, en fait pour du trafic d’influence rémunéré. Bill Clinton a annoncé un début de retrait de la fondation au cas où Hillary serait élue. Il est probable qu’il devront aller plus loin pour convaincre l’opinion de leur bonne foi et du caractère inoffensif de leur fondation.

Si Trump n’a pas fait d’éclat durant le mois d’Août, conseillé sans doute par sa nouvelle équipe de campagne -Bannon, Conway, Ailes- il a quand même battu les estrades et sillonné le terrain alors que Clinton se montrait assez peu en public. Elle a préféré courir les réunions de donateurs et récolter de l’argent pour la campagne. Cette absence du terrain a donné lieu à une salve spécifique d’attaques sur sa santé, suspecte depuis son accident il y a quelques années. Sur ce terrain la réplique est venue assez vite. La déclaration du médecin de Trump sur son exceptionnelle santé est tellement extravagante qu’elle a suscité les interrogations voire la moquerie. Il y a même quelques indices qu’elle ait été rédigée par Trump lui-même. Le médecin a reconnu l’avoir écrite en cinq minutes alors qu’une voiture attendait au pied de l’immeuble. le langage et les invraisemblances qu’elle contient font douter qu’un médecin sain d’esprit puisse l’avoir écrite.

Trump se tenant tranquille trois semaines avait de quoi étonner. Les gazettes se mises à bruisser de la rumeur de son adoucissement sur la question centrale, l’immigration. Il quand même trouvé le temps de se défouler sur un de ses cibles favorites : Huma Abedin. Principale collaboratrice de Clinton, femme, indo-pakistanaise, élevée en Arabie saoudite et musulmane, Abedin concentre tout ce que Trump peut détester. Il ne prive donc pas de la décrire, avec toute la droite extrême, comme jihadiste en puissance, membre des Fréres Mulsulmans, et -la touche sexuelle étant indispensable au délires du Donald- la maitresse d’Hillary Clinton. Huma Abedin a le malheur d’être marié à un triste bouffon, Anthony Weiner, qui s’est plusieurs fois fait remarquer par ses incartades sexuelles. Après avoir du se démettre de ses fonctions politiques une dernière frasque en Août l’a contraint à la séparation d’avec son épouse.

Pendant ce temps Clinton, toute contente d’une relative débandade des élus Républicains effrayés malgré tout par leur candidat n’en finit pas de rechercher et recueillir des soutiens de politiciens ou de généraux de l’autre camp, tirant sa campagne toujours un peu plus à droite.

Ce mois passé a montré le plus désagréable, le plus malodorant -jusqu’ à présent-  et le moins politique de la campagne. Jusqu’à la farce mexicaine.

La farce mexicaine.

A l’étonnement général Trump annonce mardi 20 avoir accepté l’invitation du président mexicain à le visiter, invitation émise aux deux candidats. Alors que Trump semblait pencher vers un adoucissement de sa position sur l’immigration, et qu’il doit prononcer un discours « majeur » sur le sujet quelques heures plus tard, il semble y avoir là quelque logique. Trump profite d’une occasion inespérée de se donner une stature d’homme d’état avec qui le président d’une nation majeure du continent n’hésite pas à parler. Il se rend à Mexico le lendemain. Un coup de maître.

Le déroulement de l’entretien semble donner plus ou moins raison à cette opinion bien que Trump y apparaisse curieusement passif et discret. On sait que l’illusion ne dure pas plus de quelques  heures. Le premier à dégainer est le président mexicain Enrique Peña Nieto qui contredit Trump et affirme lui avoir dit que le Mexique ne paierait pas le mur frontière. Trump, excédé semble-t-il d’avoir été doublé -ce qui montre assez bien l’égocentrisme du personnage qui ne peut imaginer qu’on le roule- prononce le discours qu’il avait préparé et réaffirme ses positions extrêmes. Il tente même de préciser les modalités de mise en œuvre. Ces modalités ont été analysées. Elles impliquent d’augmenter le personnel de l’immigration et des gardes aux frontières de 5000 à 90000 personnes, les places en détention (avant déportation) de 34000 à 340000, les tribunaux des frontières de 58 à  1300, et les procureurs fédéraux spécialisés de 1400 à 32000. Le tout se montant à environ 500 milliards de dollars et devant nécessairement se dérouler sur vingt ans au moins.Le rapport qui donne ces chiffres émane du « American Action Forum », organisation conservaectrice. Par ailleurs le mur pose bien d’autres problèmes qui le rende improbable. La frontière est autant un trait d’union qu’une séparation. Elle est le siège d’échanges économiques très importants que le mur compromettrait. La pollution liée aux allers-retours quotidien n’a jamais été traitée. Une grande partie de la frontière, au Texas est constituée par la rivière Rio Grande sur laquelle un mur est écologiquement, humainement, industriellement et géographiquement très difficile à concevoir. Enfin, et ironiquement, là où le mur est matériellement possible il existe déjà.  Les choses sont donc claires. En vingt-quatre heures Trump est passé de maitre stratège et homme d’état  responsable à extrémiste de droite anti-immigration. Il a ressoudé son camp. Il est sans doute redevenu cohérent avec lui-même. Le plus grand perdant au regard de l’Histoire risque d’être Peña Nieto dont personne ne comprend ce qu’il a pu espérer de cette galère. Il faut dire qu’à 23% d’opinions favorables il ne peut guère que se tourner vers François Hollande pour ne pas être complètement ridicule.
Donald Trump a sans doute là perdu l’éltion tant il sera difficile de regagner dans sa clientèle directe les voix perdus chez les modérés. Il lui reste un chemin vers la victoire mal identifié par les sondages vu le caractère inédit de l’élection. Il passe par des états improbables mais qui évoluent comme la Pennsylvanie ou le Wisconsin.

Alors que tout semblait lui sourire, les sondages nationaux et, encore plus importants, les sondages dans les états bascules, alors que Clinton peinait à tirer ses propres casseroles il prend le virage définitif. Il ne peut plus changer d’orientation sans passer pour une girouette aux yeux de ses propres partisans. Les réactions n’ont pas tardées. Plusieurs  des membres du conseil pour les affaires hispaniques qu’il avait annoncé à grand bruit au début du mois ont démissionné. Certains sondages dans la communauté noire lui donne zéro pourcent. Il reste la possibilité d’un événement inattendu qui lui redonne la main : attentat sur le sol du pays, « révélation d’Octobre » ou autre coup dur dont Clinton ne pourrait pas se relever.

Mais Donald Trump n’a-t-il pas d’autres objectifs que la Présidence ? En plus ou à côté. La question est dans les esprits depuis longtemps. Dans le recrutement du Vice-Président il aurait affirmé que l’homme qu’il choisirait  aurait la main sur la politique intérieure et extérieure, autrement dit à peu près tout. Que pensait-il donc faire lui-même ?

Et après Donald ?

Donald Trump a préparé la suite des opérations, une suite en cohérence avec sa campagne et sa devise  « Make America Great Again » -qu’il est facile aujourd’hui de lire « Make America White Again »-. Depuis le mois d’Avril le groupe Trump a demandé à partir d’une de ses sociétés au Delaware, paradis fiscal connu, plusieurs créations de sociétés. On y trouve deux sociétés de gestion d’hôtels nommées « American Idea » et « Idea Hotels ». Par ailleurs son épouse Melania, capitalisant sur sa nouvelle notoriété après la Convention à créé un société éponyme -« Melania »-  pour le commerce de bijoux. La famille Trump a donc depuis déjà plusieurs mois investi sur les retours sur investissements de la campagne électorale. A défaut d’être élu PDG des États-Unis d’Amérique Donald Trump se sera payé à bon compte une extraordinaire campagne de promotion à la visibilité mondiale.

 

Obamacare en danger ?

La campagne électorale présidentielle de 2016 est décidément hors des standards. Un sujet majeur, au cœur des préoccupations politiques et économiques des Républicains, réforme majeure portée par Obama, en pleine évolution et en attente d’une échéance majeure en 2017 devrait occuper une place centrale dans le débat. les deux candidats principaux  ne parlent que peu de l’avenir de l’Obamacare qui par contre fait l’objet de nombreux articles dans la presse progressiste de Mother Jones à Salon en passant par The Vox. Dans une situation normale les Républicains auraient du hurler contre le système ingérable, inquisiteur et dictatorial mis en place par les Démocrates et le plus honni d’entre eux, Barack Obama avec la complicté de la famille Clinton.

La réforme du système de protection sociale aux États-Unis d’Amérique restera sans doute comme la signature législative des deux mandats de Barack Obama. La faire aboutir a demandé beaucoup de travail et ausi de concessions. Le travail dans l’ombre de Joe Biden comme dans beaucoup de dossiers a été important. On peut remarquer en passant, histoire d’être un peu langue de vipère, l’obstruction assez hypocrite de Joe Liebermann, Démocrate de droite -il était le colistier d’Al Gore en 2000- devenu Indépendant par la suite qui a conduit à restreindre la portée de la loi. Évidemment l’opposition tous azimuts des Républicains à toute extension de la protection sociale plus ou moins financée par l’état surtout fédéral a joué le premier rôle.

Un petit résumé de la situation est nécessaire pour tout comprendre. Comme d’habitude il faut comprendre la différence avec notre manière d’aborder ces questions. En plus des différences d’approche quelques données objectives sont à considérer : la taille du pays (plus de 300 millions d’assurés potentiels) et la structure à deux étages, fédéral et des états, de toutes les législations.

La question de l’assurance santé alimente le débat politique de manière récurrente. Elle figurait au programme de Bill Clinton dès sa première élection. Hillary Clinton, sans avoir de position officielle au gouvernement, a mené la tentative d’instauration d’un système d’assurance santé pour tous, le  « Health Security Act » appelé parfois « Hillarycare » dont la principale mesure consistait en une obligation aux employeurs de fournir une protection santé à leurs employés. Elle n’y est pas parvenu. Elle a aussi participé à la mise en place du sytème de protection santé pour les enfants qui fournit des fonds fédéraux aux états pour aider les enfants (Chidren Health Insurance Program : CHIP) dont les familles ont des revenus trop faibles pour trouver une assurance sur le marché mais trop élevés pour être admis dans un autre programme public (Medicaid).

Les principales sources de données :

La situation avant l’Obamacare

Sans entrer dans le détail des différentes organisations locales et des programmes fédéraux spécifiques existaient dans les états plusieurs grands types d’assurance santé.

  • Medicare : un programme fédéral pour les  plus de 65 ans sans couverture personnelle achetée su rle marché.
  • Medicaid : un programme à financement fédéral pour les personnes ou familles aux revenus inférieurs à 133% du seuil de pauvreté (29000$ annuels pour une personne seule, 60000$ annuels pour une famille de quatre).
  • Les plans d’assurance santé fournis par les employeurs qui les achètent à des fournisseurs spécialisés, similaires aux assureurs qui fournissent en France ces complémentaires en général abusivement appelées « mutuelles » alors que ce ne sont que des assurances commerciales.
  • Les plans d’assurance santé achetés individuellement par les individus aux mêmes fournisseurs.
  • Pour mémoire car cela concerne une faction non négligeable de la population (4% environ) existent aussi les assurances santé des militaires, actifs, retraités et vétérans, qui ne sont pas toujours prises en compte dans les statistiques globales sur le sujet.

Le marché des assurances santé est à l’époque très peu régulé, ni le marché des fournitures de soins (médecins, hôpitaux, infirmiers,etc…), ni le marché des médicaments.

En 2013 13,3 % de la population était sans couverture santé, soit environ 41,8 millions de personnes, plus de la moitié de la population française. Parmi les personnes assurées une proportion non connue ne l’était que de manière partielle et insuffisante par rapport à leurs besoins. Une zone grise dans les statistiques concerne les immigrants sans papiers qui en général travaillent et participent de manière importante à la vie économique du pays. Il est possible que leur nombre dépasse les 10 millions mais le chiffrage exact est impossible.

A cette époque 55,7 % étaient assurés par l’intermédiaire de leur employeur. 11,4 % étaient assurés à titre individuel. 17,5 % étaient assurés au titre de Medicaid. 15,6 étaient assurés au titre de Medicare.

Un processus d’adoption long et conflictuel.

La victoire de Barack Obama en 2008, avec une majorité parlementaire dans les deux chambres du Congrès, laissait présager une  adoption assez facile et rapide de la réforme. La victoire des Républicains, dominés par la fraction la plus à droite, les « Tea Party »,  à la Chambre des Représentants en 2010 a inauguré une bataille législative et juridique de longue durée. Les élections de 2012 et 2014 qui ont vu deux renforcements de la majorité de droite à la Chambre et au Sénat ont eu pour résultats 55 votes autour de cette loi. Le nombre témoigne de l’acharnement des Républicains contre l’idée même de couverture santé pour tous. Cette bataille a connu un épilogue provisoire avec la décision de la Cour Suprême du 28 Juin 2012, à la majorité de 5 contre 4, qui a permis de démarrer la mise en place de la loi à partir de 2013.Au passage voilà qui souligne l’importance de la Cour Suprême. Parmi les concessions faites par Barack Obama se trouve l’abandon d’un système dit de « public option », une assurance entièrement gérée par l’état qui serait venu en complément des assurances privées. On se souvient que lors du démarrage du système les opérations informatiques d’inscription ont été perturbées par un système défaillant, sous dimensionné et sans doute mal conçu.

En 2015 la population non assurée est tombée à 28,6 millions (9,1 % du total).

Le contenu de la réforme.

Les compromis nécessaires pour faire passer dans les faits une assurance santé potentiellement ouverte à tous et la nécessité de composer avec les programmes existant ont produit un système assez complexe. Il repose sur trois principes :

  • une obligation pour les individus de s’assurer,
  • des subventions, fédérales ou d’état, pour compléter le paiement des  primes pour les plus démunis,
  • des exigences de couverture minimales et cohérentes entre les régions,
  • Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs d’assurance santé sous forme de plans individuels ou collectifs pour les entreprises.

Les mécanismes mis en œuvre.

  • L’extension de Medicaid pour les revenus les plus bas.
  • L’obligation légale pour tous d’être assurés, soit à titre individuels, soit par l’intermédiaire de son employeur; Cette disposition est un élément majeur destiné à assurer la viabilité du système par la présence d’une diversité d’assurés aux états  de santé divers et donc plus ou moins coûteux pour les assureurs. Cette diversité devait permettre la mutualisation des coûts indispensable. Le défaut de couverture est soumis à des pénalités dont le montant doit dissuader.
  • L’obligation pour les assureurs de couvrir les personnes qui le demandent sans discrimination liées à l’état de santé ou au niveau de revenu.
  • La mise en place de sortes de bourse des contrats d’assurance santé dans chaque conté, une division territoriale proche de nos départements et structurées état par état. Sur ces marchés, nommés « exchanges » les personnes du conté peuvent comparer les offres des assureurs privés, le montant des primes et l’étendue des couvertures pour choisir celui qui leur convient.  Ces bourses sont l’élément crucial du dispositif qui doit permettre d’assurer la mise en cocurrence  des offres.

Pour les personnes les choix disponibles sont donc :

  • Entrer dans un système public (Medicare, Medicaid étendu par Obamacare) si elles sont éligibles.
  • Souscrire une assurance sur marché hors ACA.
  • Souscrire une assurance dans la bourse de son état avec le secours des éventuelles subventions si éligibles.
  • Avoir une assurance « Obamacare » par l’intermédiaire de son employeur.
  • Avoir une assurance non Obamacare par l’intermédiaire de son employeur

La mise en place du système repose sur plusieurs paris. La pérennité du système à terme doit venir du nombre suffisant de soucripteurs et d’un équilibre entre souscripteurs en bonne santé et souscripteurs plus coûteux qui permette la mutualisation. Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs retenus au final bien qu’une option d’assurance publique ait fait partie du projet original. L’extension de marché apportée aux assureurs par le nouveau système est supposé représenter un attrait suffisant.

Le démarrage du système pressentait une difficulté particulière. Il ne pouvait fonctionner correctement qu’une fois arrivé à l’équilibre après avoir « amorcé la pompe ». Plusieurs dispositions conçues pour équilibrer les risques et faciliter le décollage ont donc été ajoutées.

  • Un mécanisme permanent d’ajustement des risques pour les plans individuels et de petits groupes,
  • Un mécanisme de réassurance par lequel les plans cotisent à un fonds de réassurance pour pallier les défaillances, ce mécanisme doit prendre fin en 2017,
  • Un mécanisme dit de « couloirs de risques » (« risk corridors« ) administré par l’administration fédérale pour mutualiser les risques et maintenir la concurrence entre les offres, ce mécanisme prend également fin en 2017.

La loi comprenait également de nombreuses expérimentation éventuellement locales, prenait en compte des spécificités des états et était en partie soumise à leur validation. Le résultat, on s’en doute, est un système d’une remarquable complexité.

Que se passe-t-il actuellement ?

Les résultats sur la santé des nouveaux bénéficiaires sont positifs comme le montre plusieurs études. Celle-ci compare les impacts de l’extension de Medicaid par l’Obamacare dans des états (Kentucky et Arkansas) qui l’ont mis en pratique et un qui ne l’a pas fait (Texas). Barack Obama a signé un article bilan, évidemment positif dans le « Journal of American Medecine Association ». Ici un article du syndicat des employés des Services par un intervenant de l’Ohio.

En plus de la venue à échéance des deux derniers mécanismes d’amortissement des risques (réassurance et couloirs de risques) le succès du système n’a été que relatif et l’équilibre des recrutements d’assurés insuffisant pour assurer une rentabilité correcte du point de vue des assureurs. Dans le détail les situations sont très contrastées entre les états. Par exemple le « District de Columbia » -le pseudo-état de la capitale- possède une place de marché très bien gérée qui fonctionne très bien. Plusieurs assureurs nationaux ont décidés au cours de derniers mois de se retirer des bourses locales, laissant de nombreux contés avec un choix limité, voire sans choix (une seule offre) et exceptionnellement sans offre du tout. La raison invoquée par les assureurs est invariablement le manque de profit et même les pertes qu’ils rencontrent sur ces places de marché. Le dernier cas, celui de la société Aetna un des plus grands assureurs du pays, s’est révélé rapidement sous-tendu par des arrière-pensées. La compagnie a voulu se servir de son retrait annoncé dans la majorité des états où elle participe au programme comme moyen de pression sur le gouvernement Obama pour faire approuver sa fusion avec un autre groupe. L’administration a eu le bon sens et le courage de ne pas céder.

En général les plus petites sociétés d’assurances, ayant la pratiques des marchés de proximité, ont assez bien réussi à tirer leur épingle du jeu mais la situation d’ensemble est effectivement critique. Le recrutement des assurés jeunes, en bonne santé, a été insuffisant. Avec la fin des arrangements provisoires il est prévu que les primes des assurés doivent augmenter l’année prochaine dans de grandes proportions (plus de 10% et peut-être jusqu’à 70%). Le système, qui est assez mal jugé dans les sondages, ne survivra pas en l’état sans intervention ponctuelle ou modification structurelle.

Quelles propositions ?

 Les Républicains.

Depuis le début comme l’illustre la guérilla qu’ils ont menée les Républicains promettent d’abolir et remplacer l’Obamacare. Remplacer par quoi? Et en 2015 les opinions même chez les électeurs Républicains étaient partagés sur l’abolition de l’Obamacare.

Donald Trump fidèle à son habitude de qualifier à grands coups d’adjectifs à seulement dit qu’il remplacerait par quelque chose de « terrific » sans préciser le contenu de sa réforme. Quelques idées de détail ont émises par Trump méritent un examen plus attentif. Il projetterait de nationaliser les places de marché aujourd’hui organisées par contés et gérés par états. Cette idée est en contradiction avec le programme du parti qui prévoit la disparition des « exchanges » et difficile à mettre en œuvre de manière coordonnée du fait des différentes conditions mais elle permettrait une meilleure concurrence. Une autre idée à creuser concerne l’achat de médicaments sur les marchés internationaux (Canada par exmple) qui permettrait de faire baisser certains prix.

Au fil du temps des opinions diverses se sont exprimées dans le parti Républicain. Le parti, sous l’impulsion de Paul Ryan, a fini par faire connaître ses propositions en juin 2016 après de longues hésitations dues à des points de vue  de principe divergents et à la difficulté de revenir en arrière sur un programme difficile à simplement mettre à la poubelle . L’approbation du caucus républicain de la Chambre des Représentants n’est d’ailleurs pas garantie. Le plan consiste à annuler les obligations de souscription et les  subventions au profit d’un crédit d’impôt, à supprimer les bourses gérées par les états. Les personnes devraient donc souscrire sur le marché ouvert des assurances santé. Medicare et Medicaid seraient chamboulés pour être remplacés par une allocation à la personne limitée en montant et partiellement privatisés. Les aspects les plus populaires de l’Obamacare seraient conservés, maintien des enfants sur les assurances des parents par exemple. Une somme globale, 25 milliards de dollars, serait allouée pour 10 ans à l’assurance santé dans le budget fédéral. Paul Ryan, connu comme catholique « social », a bâti son image sur sa sensibilité à ce genre de thème. Cela ne le rend pas forcément très populaire dans la droite évangéliste qui a vite fait de suspecter les catholiques (historiquement de la Nouvelle Angleterre) de penchants « libéraux ».

Les Démocrates.

L’approche d’Hillary Clinton a été depuis le début de la campagne de construire sur l’Obamacare par des modifications partielles (« incremental moves ») pour aller progressivement vers une couverture universelle posée comme un horizon. L’horizon est comme chacun sait une ligne imaginaire que l’on n’atteint jamais. Elle n’avait jamais présenté un véritable plan d’ensemble cohérent et sans Bernie Sanders pour pousser le sujet lors des élections primaires elle ne se serait sans doute que très peu exprimé sur le sujet. L’importance du débat l’a contrainte à publier une série de propositions en Juillet 2016. Les mots clés du document sont universels, qualité, abordable. Les propositions portent sur :

  • L’extension de Medicaid dans les 19 états qui ne l’ont pas fait. Trois millions de personnes sont concernées. La proposition est typique du « centrisme » clintonien car il implique de travailler avec les gouverneurs (Républicains) des états en question.
  • Contrôler les coûts des actes, des médicaments, des assurances santé par des actions réglementaires de limitation des prix et de mises en concurrence.
  • Créer un service public (la fameuse « public option ») pour les personnes à partir de 55 ans en extension de Medicare mais sans supprimer ce dernier.
  • Tripler les fonds des centres de santé fédéraux (FQHC= »Federally Qualified Health Centers »). Ce programme désigne d’abord une ligne de financement du ministère de la santé qui est utilisée pour alimenter les centres de santé de plusieurs programmes. Cette disposition est une des plus intéressantes car les centres sont gérés par les organisations locales et apportent une concurrence bienvenue dans l’ensemble.

Bernie Sanders avait proposé dans sa campagne des primaires un système sous le terme de « single payer ». L’expression est souvent mal comprise et certains ironisent qu’il s’agit de promettre aux gens une assurance qui ne leur coûte rien et qui serait payée par d’autres. La proposition de Sanders, financée par une imposition spécifique, était intrinsèquement cohérente. Il ne fait aucun doute qu’elle était politiquement intenable car elle signifie la nationalisation de fait d’une partie de l’industrie de l’assurance. Elle était également impraticable immédiatement car il est impossible de réformer brutalement un système de cette complexité sur toute l’étendue territoriale du pays. La campagne Sanders a eu l’effet indéniablement bénéfique de relancer le débat et pousser la réflexion du pays plus loin qu’on ne l’aurait cru possible. Au point que même une partie des électeurs Républicains n’est plus hostile à une « option publique » partielle. Une proposition de système étatisé sera même proposé au vote de l’état du Colorado lors du scrutin du 8 Novembre. Cette initiative a provoqué une bataille au sein même su parti Démocrate dont le gouverneur de l’état et un sénateur ont reçu des contributions en argent des grands assureurs. L’initiative a été mené par des organisations locales qui ont rassemblé les signatures nécessaires pour inscrire le projet au vote.

Et maintenant.

 La complexité du système actuel et sa crise latente implique qu’il soit réformé et simplifié de fond en comble. Sans réforme à court terme la crise peut être évitée à court terme. Les avis divergent sur l’importance des hausses de prime à venir immédiatement. Il n’y a aucun doute cependant qu’il s’agit d’une bombe à retardement qui ne manquera pas d’éclater si la question n’est pas traitée. J’ai évoqué il y a quelques mois l’urgence et la taille du problème des infrastructures matérielles, routes, ponts, aéroports, eau, … du pays. Cette question n’est pas fondamentalement différente. Il s’agit d’une infrastructure non-matérielle qui porte sur l’organisation des relations sociales.

Cleveland, ville sous tension.

Plutôt que de relancer la millième interprétation de la gaffe l’équipe Drumpf avec le discours de Melania regardons un peu le contexte de Cleveland où se déroule la Convention Républicaine .

Les Conventions.
Devenue le moment charnière du processus électoral pour chacun des deux grands partis (et aussi sur un autre mode pour les deux petits : Verts et Libertariens) la Convention marque le passage du temps des primaires et caucus, locaux aux états, à celui de la campagne nationale. On sort de la Convention avec un ticket de candidats, Président et Vice-Président, établi et une plate-forme politique. Si le couple du ticket est contraignant, sauf accident grave du à des révélations sur le passé des personnes, la plate-forme ne l’est pas. La personnalité et les références politiques des deux candidats, dans le contexte d’une élection donnée, donnent des indications sur l’équilibre politique de la campagne tel qu’il résulte des opérations et tractations antérieures. Ces indications ne prennent leur sens qu’au vu de la campagne et ensuite  de la pratique du président élu avec son colistier.
Les Conventions des deux grands partis ont progressivement changé de fonction au fil des années 1980. Elles étaient le lieu de discussion entre milliers de délégués et dignitaires des partis, le lieu où se déterminaient ou se finalisait les alliances et où se désignait le candidat. Elles sont devenues le lieu de présentation du candidat à l’opinion, par l’intermédiaire de la télévision. Le candidat étant normalement choisi à l’issue du processus des caucus et des primaires, processus non exempt de tractations et marchandages entre les factions la COnvention devient essentiellement un spectacle. Ce changement a connu sa consécration en 1984 quand un candidat président sortant et ancien acteur, ne s’est même pas déplacé en personne à la Convention. Nancy Reagan a représenté son mari, déjà vieilli et fatigué. Ronald Reagan a fait une intervention vidéo à distance en conclusion de la première Convention entièrement scénarisée pour la démocratie télévisuelle. Cette année 2016 nous offre donc le spectacle inattendu de deux Conventions qui rompent avec la norme en usage. Chez les Républicains le peu qui apparait cohérent et stable dans le programme du trublion Trump ne correspond pas la ligne conservatrice classique du parti. le personnage inquiète même dans son propre parti. La sérénité de la Convention, à partir du 18 Juillet 2016, est loin d’être garantie. Chez les Démocrates l’irruption et surtout le succès d’un candidat affirmant des options de gauche a empêché de tourner en rond et à contraint à préparer le rassemblement par un débat réel sur la plate-forme politique de la campagne. Toutes les incertitudes ne sont pas levées par un accord minimale réel et fort pour battre Trump.

Cleveland, ville sous tension.
Une fois nommée capitale de la « Rust Belt », la ceinture de rouille symbolisant la zone industrielle autour des Grands Lacs, a été frappée par la désindustrialisation de la région. Elle est passée de la cinquième place par la population à la quarante-cinquième. Les dégâts sociaux y sont moins connus que ceux de Detroit ou de Chicago sans être moins graves. A sa grande époque la ville a connu des premières politiques. Carl Stokes fur en 1967 le premier noir maire d’une ville majeure. Dix ans plus tard Dennis Kucinich a été le plus jeune maire d’une grande ville du pays. J’ignorais tout de Dennis avant que Willie Nelson et Ani di Franco ne soutienne sa candidature à la primaire Démocrate en 2004. A peu près tout dans la personnalité et la manière sépare Dennis Kucinich de Bernie Sanders mais en 2004 et 2008 la gauche était bien présente aux primaires. Dennis a ensuite perdu son siège à la Chambre des Représentants à la suite du redécoupage électoral opéré en 2010 par la majorité Républicaine de l’état qui a fusionné deux circonscriptions Démocrates. Le grand fait d’arme de Dennis date de son mandat de maire. Trè stôt confronté à une offensive de financiers désireux de faire privatiser pour l’acheter la régie municipale d’électricité (« MuniLight ») il a refusé et tenu bon. Aujourd’hui les avis sont unanimes pour reconnaitre qu’il a fait économiser des millions de dollars à la ville et aux usagers, sans parler de la qualité de service. La vengeance n’a pas trainé. Parmi les acheteurs déçus se trouvaient certains des banquiers de la ville qui se sont empressé de refuser des crédits et ont mis la ville en faillite et fait porte rla responsabilité au maire. Dennis Kucinich y a perdu sa mairie mais pas sa combattivité.

Meurtrie par la désindustrialisation de toute la région, liée sans aucun doute à la mondialisation et aux accords de libre-échange, dont l’accord nord-américain (« NAFTA ») la ville est tombée dans l’anonymat des cités ordinaire du Mid-West. Les années 2000 ont apporté quelques bonnes nouvelles avec la création de coopératives qui ne peuvent aujourd’hui prétendre redonner à la ville tous les emplois perdus. Mais il se passe quelque chose à Cleveland et pas seulement le Trump-show.

On mesure assez mal le niveau de tension induit dans la ville par la Convention. Les services de police de la ville déjà sous surveillance fédérale se sont vus alloué des moyens exceptionnels par le gouvernement de plusieurs dizaines de millions de dollars. Trente millions sont destinés à la rémunération des personnels. Vingt autres millions ont été consacré à l’achat de matériels spécifiques de maintien de l’ordre dont certains ne sont pas connus. On parle de dispositifs LRADs (« Long Range Audio Devices ») capables de disperser une foule par émission de sons insupportables. Ces matériels, comme la plupart de ceux qui ont été commandés appartiennent à la gamme proprement militaire et ne font pas partie des attributs normaux de la police. Cette militarisation de la police en dit long sur la crainte des débordements ou des affrontements. Les autorisations de manifester accordées au non du Premier Amendement (droit à la libre expression) incluent les interdictions d’y venir avec des cordes, des bouteilles en verre ou des armes blanches mais le Second Amendement autorise le port d’arme dans cet état de l’Ohio où le port d’armes apparentes est autorisé.

Pour finit sur une note positive voici une photo de manifestant de « Black Live Matter » avec des policiers dans une rue de Cleveland. Ne désespérez jamais.

Turquie : une analogie à discuter.

Sur openDemocracy, ce billet, ouvre une réflexion à laquelle je n’avais pas pensé. Le coupd d’état en Turquie, par ailleurs intrigant dans son amateurisme malgré les moyens mis en œuvre, aura pour seul résultat immédiat de faciliter la marche vers le régime encore plus autocratique que souhaite Erdogan, régime à base religieuse et paré de vertus démocratiques puisqu’il est à la fois et à peu près au même moment adoubé par une Union Européenne toujours plus veule et vainqueur du plus classiquement antidémocratique des mouvements.
J’ai toujours du mal avec les conspirationnismes de toutes sortes et je ne veux pas donner l’impression que le coup a été  fomenté ou suscité indirectement par le sultan turc. La stupidité de militaires coupés des réalités et affolés de voir leurs derniers lambeaux de pouvoir s’effilocher peut suffire à lancer une opération imbécile.

L’article rappelle que le fascisme n’existe pas sans une base populaire qui le soutient et le rend en apparence légitime à ses débuts au nom même de la démocratie.

Le résultat est sans appel : à qui profite les crimes, au sens propre du mot crimes ?

Et il y a bien au moins deux crimes. Contre toutes les victimes d’une part, contre la démocratie d’autre part.

Sans compter les crimes induits que le régime a commencé de commettre.

Une analyse du referendum Brexit.

Je faisais confiance à Matt Singh, du site Number Cruncher Politics, pour être le meilleur prédicteur des consultations électorales britanniques. J’ai été très étonné du résultat du referendum. Contrairement à l’année dernière quand je ne voyais pas les raisons politiques d’une victoire éventuelle des travaillistes je n’avais aucune idée sur le résultat probable et les analyses basées sur les sondages me semblaient crédibles.

Matt Singh a lui-même été pris par surprise par le résultat et a mis quelques temps à réagir. Le premier article, trois jours après, n’apportait rien d’autre que « j’ai besoin de temps pour analyser tout cela ».

Il a fallu attendre le 5 Juillet pour le résultat publié ici et en fait . Et les conclusions sont intéressantes.

Il trouve que l’erreur dans les prévisions de résultat du referendum ne vient pas des techniques de sondages et d’interprétation qui ont été largement discutées, entre autre la manière de traiter les différences entre sondages Internet et sondages téléphoniques qui ne donnent pas les mêmes résultats. L’erreur de base aurait consisté à penser que le comportement des électeurs et des abstentionnistes restait le même. Le taux de participation élevé au referendum a donc été supposé plutôt favoriser le « remain » du fait de l’enthousiasme supérieur des partisans du « leave ». Or il s’avère au vu des études détaillées que les nouveaux votants sont vraisemblablement des  abstentionnistes de long terme qui ont saisi l’occasionn d’un vote explicite et franc contre l' »establishment ». Les études antérieures avaient laissé penser que les abstentionnistes et les votants partageaient  les mêmes idées sur l’Union Européenne. Il s’avère que c’était faux et qu’une quantité suffisante a décidé de retrouver le chemin des urnes alors qu’ils n’avaient  pas voté pour le UKIP l’année dernière. Il s’agit donc d’un phénomène nouveau encore peu analysé. Si ces personnes sont revenus dans le jeu politique à cette occasion on peut se demander dans quelles conditions elles peuvent y rester et prendre leur place active dans un processus démocratique renouvelé. Je n’étais, et ne suis toujours pas, convaincu des effets délétères du Brexit car je pense que la destruction démocratique de cette Union Européenne est la seule voie pour nous reconstruire un futur. En voilà un autre indice.

Et l’écœurement Barroso n’en est qu’un indice de plus.

Dallas, un univers pas si impitoyable

Dallas, le nom résonne dans nos mémoires. Les images du film de Zapruder ont gravé l’assassinat de Kennedy. Un feuilleton télévisé en a fait l’archétype du ringard de mauvais gout et un tireur fou vient de reporter le curseur  vers le tragique. Que savons-nous de la cité ?

La troisième cité par la population de l’état du Texas est aussi le centre de la quatrième agglomération du pays. La ville elle-même compte 1,3 millions d’habitants et l’agglomération (Metroplex qui inclut Fort Worth) 7,1 millions (nombres du dernier recensement). La répartition ethnique de la population  a beaucoup évolué au cours du dernier siècle.

En 1950 la répartition dans la métropole est  :

  • Blancs……….. : 66,9 %
  • Noirs…………. : 24,5 %
  • Hispaniques.. : 7,5 %
  • Asiatiques….. : 0,2 %

En 2010 :

  • Blancs……….. : 28,8 %
  • Noirs…………. : 25 %
  • Hispaniques.. : 42,4 %
  • Asiatiques….. : 2,4 %

Comme d’habitude dans le pays on compte les blanc non-hispaniques comme un groupe homogène distinct. Le changement spectaculaire concerne évidemment les hispaniques qui sont maintenant la majorité de l’ensemble. Le groupe Asie-Pacifique (Hawaï et immigrants d’Asie) comme dan sle reste du pays constitue un petit effectif mais qui a la plus forte croissance. Les inégalités sociales se répartissent de manière habituelle avec un centre aisé et plutôt blanc et une périphérie qui concentre les populations les plus pauvres. Le maire Mike Rawlings est Démocrate. La répartition démographique (25% noirs, 42 % Latinos) est typiquement favorable au parti bleu. La ville est reconnu dans les médias comme plutôt agréable à vivre. La scène artistique maintient une réputation qui vient de loin comme le rappelle ce standard (Le « deep ellem »de la chanson est « Deep Elm Street » au centre du quartier musical et théâtral). Elle reste cependant loin derrière Austin que chante Patricia Vonne, la sœur du ralisateur Robert Rodriguez.

L’histoire a montré avec la tuerie qui a visé la police la semaine dernière plus de cruauté que d’ironie. Si une ville méritait d’être citée en exemple pour un travail efficace d’amélioration des relations entre la police et les communautés ethniques c’est bien Dallas. Cet effort accompagné d’une réelle réduction de la criminalité a d’ailleurs été salué bien avant la semaine dernière. Le chef de la police David Brown s’était exprimé après les manifestations de Ferguson quand un policier de Dallas avait tué une personne dans un faubourg de Dallas sur les relations avec la communauté noire. Il avait expliqué ce que la presse avait déjà à eu l’occasion de souligner : une politique de transparence sur tous les incidents qui inclut de publier toutes les informations sur les incidents y compris l’appartenance ethnique des victimes et des agents. Ce travail de fond a été initié par son prédécesseur David Kunkle à partir de 2004. A l’époque la ville présente un bilan criminel désastreux, pire que Chicago, New-York ou Los Angeles réputées pour la violence et la civilité discutable de leur services de police. En dix ans le  taux de criminalité a baissé de 50%. Les cambriolages baissent de 10 % par an comme les agressions sexuelles. En 2015 déjà l’efficacité de la politique de la police de Dallas était remarquée par des journaux nationaux. On peut remarquer que cela s’est fait dans le cadre d’une politique organisée de relations avec les communautés qui se traduit par des mesures concrètes et visibles. L’entraînement à l’usage des armes à feu auparavant pratiqué tous les deux ans est  devenu obligatoire tous les deux mois. Les caméras individuelles sans être systématiques sont employées. Une mesure qui peut sembler anodine me parait très significative. Les procès-verbaux pour incidents de la circulation ne sont pas encouragés Il a d’ailleurs baissé de moitié. Il existe par ailleurs dans le pays des témoignages de l’utilisation par les municipalités de ces contraventions comme outils de collecte de fond qui frappent de fait plus la population la plus démunie. Les plaintes pour usage excessif de la force ont baissées de 64%. Des démissions et même des licenciements à la suite de comportements abusifs de policiers ont eu lieu. Mais le plus spectaculaire est ceci. Le site web où la police de Dallas publie les incidents impliquant des policiers avec les noms des personnes impliquées et des agents ainsi que les suites judiciaires.

Peut-être que Dallas était la ville la mieux préparée pour surmonter une attaque de ce genre.

A suivre.

Mon souvenir de Jacques Rouffio

Été 1967. Je suis étudiant à L’École Nationale de la Photo et du Cinéma, connue sous le nom familier de « Vaugirard » comme la rue où elle se trouve. Après un boulot d’été au labo de la RTF à Cognac-Jay je participe à un stage organisé par  un ciné-club qui se tient à Tours. Une semaine durant, dans l’Université de Grammont encore déserte, avec mon copain Nicolas, la belle Brigitte, Noël S. et ceux dont les noms se sont envolés et dont seules quelques photos vite développées au labo de l’école m’ont permis de ne  pas oublier les visages. Nous vivons cinéma vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’y ai pris quelques leçons de cinéma toujours vivantes, « l’Aurore » de Murnau en tête.

Enfermés sur notre campus il faut un étranger pour nous ouvrir quelque peu les portes. Reconnaissant à la région qui a accueilli sa première réalisation un auteur inconnu de nous vient présenter en avant-première le film par lequel il devient un vrai réalisateur. Aurait-il été un faux réalisateur auparavant ? Nous apprenons rapidement qu’il passe pour « le grand raccommodeur » de scripts cassés, celui que l’on appelle au secours dans les cas désespérés de dépassement de budget. On dit qu’il a réalisé par loin de la moitié de « La grande vadrouille » avec la seconde équipe.

Jacques Rouffio est mort le 8 Juillet 2016. Je ne l’ai rencontré que trois ou quatre fois, jamais longuement, une seule fois en particulier, toujours avant Mai 1968. Son souvenir me reste bien vivant. Je lui dois d’avoir ouvert les yeux sur bien des choses. Son premier film, « L’horizon » est rarement cité par les critiques et les journalistes. Et pourtant…

A l’époque les mutineries de 1917 sont un territoire inconnu  de notre mémoire collective, en particulier cinématographique. Deux films connus les évoquent. Le plus direct vient du monde anglophone, « Les sentiers de la gloire » signé par un Stanley Kubrick qui n’a pas encore atteint la notoriété que lui vaudra « 2001 … » l’année suivante. En France Claude Autant-Lara a osé adapter « Le diable au corps » de Raymond Radiguet dans lequel on aperçoit les événements du front comme une toile de fond annexe du récit principal. Et puis rien ou presque. Cette guerre qui a massacré la jeunesse de mes grands-pères devient digne d’intérêt. Des êtres humains en sont pour la première fois peut-être l’enjeu. Sur le point d’entrer en politique -six mois plus tard je serai militant encarté d’extrême-gauche- j’ouvre les yeux sur l’Histoire.

Je les ouvre aussi sur la campagne tourangelle, sur les intérieurs éclairés par Raoul Coutard à l’inverse de ce j’apprends à l’école, pour la clarté et l’efficacité du récit, pas pour une réalisme de convention soudain vieux de plusieurs siècles.  Ma révolte contre l’académisme trouve de quoi se nourrir mais en avait-elle vraiment besoin ?

La musique du dénommé Gainsbourg dont je connais depuis des années l’originalité et l’audace en chansons me fait découvrir un univers créé à partir de deux pianos préparés.

Décidé à suivre l’aventure de la sortie du film produit avec peu de moyen et grâce à la volonté d’un jeune homme qui a même du faire l’acteur dans le film j’en parle à mes proches. Ainsi mon colocataire François et un oiseau perdu nommé Yvon, de passage dans notre appartement, assistent aux premières projections. Le jeune producteur participe à l’une d’elles. Yvon qui a l’œil acéré remarque combien le jeune homme semble falot, insignifiant quand il parle devant un auditoire alors qu’il intimide sur l’écran. Le garçon s’appelle Francis Girod, après plusieurs aventures dans la production il deviendra un réalisateur connu des années 1980.

Lui aussi travaillera avec Georges Conchon, auteur du scénario de « L’horizon ». L’homme que je vois encore à la télévision écouter avec délice le phrasé d’une citation. J’étais peut-être bien vieux pour découvrir le plaisir de la  fluidité du texte, que l’écriture n’était pas que l’observance des règles enseignées par mon instituteur de père.

La dernière rencontre avec Jacques Rouffio, sans doute début 1968, reste gravée dans mon souvenir. Le film était présenté à Montreuil dans un cinéma qui servait de vitrine au critique de l’Humanité dont j’ai oublié le nom. Rouffio, ce critique et moi décidons de prendre un verre à côté pendant la projection du film que nous connaissons tous. J’ai oublié à peu près tout du contenu précis de la discussion. Il me reste ceci. A un moment le sale gosse gauchiste, membre d’une organisation particulièrement anti-stalinienne, que j’étais à l’époque fait une réflexion sur le manque de caractère offensif de la critique de la guerre que je ressens dans le  film. Très doucement Rouffio, qui n’a visiblement aucune envie de voir la discussion tourner à la polémique avec le plus ou moins officiel représentant du Parti me suggère de lire la dernière page du numéro en cours des « Lettres Françaises ». J’y trouverai les réponses que je cherche. Je le fis et j’ai compris. Compris qu’il est souvent utile de  réfléchir avant de provoquer. J’ai aussi pris une leçon de comportement et de modestie ce jour-là, une leçon que j’ai mis longtemps à assimiler et  qu’une autre personne m’a resservie dans un autre contexte bien plus tard mais ceci est une autre histoire.

Voyez, revoyez les films de Jacques Rouffio, lisez Georges Conchon. Aussi démodé que cela puisse paraître.

« Older posts

© 2017 DOMINIC77

Theme by Anders NorenUp ↑