DOMINIC77

Un peu de tout

La honte

Après leur entrée en retraite il y a quelques décennies mes parents se sont lancés dans la généalogie, activité fort en vogue à l’époque. Des annes durant ils ont cherché, visité des archives, déchiffré des documents. Ils ont profité de l’exploration de la branche picarde de la famille de mon père pour visiter les église de Thiérache ou les hortillonnages d’Amiens.  Ils ont ainsi pu produire une respectable somme d’informations et se poser à l’occasion des questions sur la conformité des filiations naturelles avec les filiations officielle.

Ma mère maintenant fatiguée ne se déplace plus mais se tient au courant. Elle reçoit en particulier une publication nommée « Le généalogiste picard ». Actualité oblige les dernières livraisons publient la généalogie de l’amienois  devenu président de la République. Curieuse ma mère explore ces données et repère des noms connus. Elle reprend ses propres travaux et confirme la concordance.

Oui, l’horreur!  J’ai bien des ancêtre en commun avec Emmanuel Macron. Je peux me consoler en constatant que cela remonte à plus de deux siècles ou que sur un territoire donné si vous considérer une distance temporelle suffisante tout le monde descend de tout le monde. Il y a quand même des indignités dont on préférerait se passer.

Kim et Donald jouent et le monde tremble.

Kim-Jong-Un a gagné une manche de la bataille médiatique autour des Jeux Olympiques d’hiver. Mais chaque défaite de Donald Trump aggrave les risques de surenchère et de perte de contrôle.

On se demande de plus en plus souvent à quoi peuvent bien servir les Jeux Olympiques. La « victoire » de Paris pour l’obtention des Jeux de 2014 est le dernier avatar de la ridicule course au douteux honneur de gaspiller nos ressources. Et pourtant les Jeux en Corée du Sud fournissent la scène d’un théâtre politique intéressant.

Premier round, avantage Kim.

Alors que Donald Trump n’en pouvait plus de rouler les mécaniques du bruit et de la fureur destinés à anéantir la Corée du Nord Kim-Jing-Un a gagné la bataille médiatique. Trump battu au jeu dont il se sent le maître (comme de toutes choses par ailleurs) rumine peut-être la vengeance qu’il pense sans aucun doute mériter. L’agitation provoquée autour de la Maison Blanche par les questions de harcèlement sexuel le détourne peut-être de la scène internationale mais il y reviendra assurément. Ne serait-ce que par besoin de faire diversion.

Le coup a été magistralement jouée par les dirigeants nord-coréens. Les annonces d’ouverture envers le Sud avec la participation aux Jeux, l’équipe conjointe, les entraînements mixtes sur les deux territoires ont été distillées au bon rythme, une surprise après l’autre. Les pom-pom girls nord-coréennes peuvent même être considérées comme un clin d’œil ironique en direction de Donald Trump. La manœuvre s’est poursuivie jusqu’à la cérémonie d’ouverture avec la sœur de Kim, tailleur stricte et sourire juste assez réservé pour envahir tous les écrans reléguant le vice-président des États-Unis d’Amérique dans un coin des écrans de la multidiffusion mondiale. Les réalisateurs l’ont même écarté de l’essentiel des prises de vue. Pour voir Mike Pence et sa femme il fallait plutôt consulter les médias américains. Comble d’ironie la plupart des photos que j’ai vues les montrent tous les deux dans un coin du cadre, isolés par la technique même. Pence n’a pu du reste qu’étaler sa suffisance ne se levant que pour le passage de sa délégation. Même certains athlètes de son pays lui ont fait l’affront de ne pas le rencontrer comme Adam Rippon, patineur homosexuel refusant de serrer la main du bigot.

Le message retransmis par toutes les télévisions du monde est donc en opposition avec la posture belliqueuse de l’administration Trump : les deux Corée sont sur le chemin du dialogue. Personne n’est dupe de cette phase essentiellement tactique des opérations. Mais même Pence a du admettre que la porte de la négociation restait ouverte. Il a rappelé au passage que tout devait être sur la table -sous-entendu la dénucléarisation de la Corée du Nord- sans insister outre mesure.

Le nucléaire nord-coréen.

Si la Syrie semble devenir un terrain d’affrontements plus chaud ces derniers jours avec la confrontation de plus en plus directe entre armes russes et celles des États-Unis d’Amérique il n’est pas exclu que la Corée revienne au premier plan rapidement.

Je fais partie de ceux qui pensent que la nucléarisation militaire de la Corée du Nord n’est pas négociable pour le régime car elle représente la garantie de sa survie qui est son objectif prioritaire. La réunification vient bien loin derrière et pose de telles questions que l’envisager à court terme n’est pas raisonnable. Il n’est par contre pas impossible qu’elle se produise plus tôt que nous ne l’attendons -rappelez-vous l’Allemagne- mais ce serait à la suite d’événements impossibles à prévoir dans le détail. Une Corée du Nord reconnue de fait dans sa légitimité de puissance nucléaire ne serait plus le même facteur d’instabilité mais deviendrait peut-être plus instable intérieurement car confrontée à l’impatience de la population.

Mais la question du nucléaire nord-coréen est plus vaste. De quel droit les grandes puissances pourraient-elles interdire aux petits de faire ce qu’elles ont réalisé : se doter d’armements nucléaires? Du droit du plus fort évidemment. Est-ce moralement et pratiquement tenable?

Personne aujourd’hui ne discute les dizaines ou centaines de bombes nucléaires d’Israel, tout aussi illégales au regards des procédures internationales que celles des nord-coréens. De plus le laxisme vis-à-vis d’Israel montre l’asymétrie de jugement si on considère l’accord sur le nucléaire iranien. Malgré tout je pense que cet accord a permis de diminuer les risques de conflit majeur et qu’il représente dans la pratique un progrès qui nous écarte de la rhétorique belliciste d’un Donald Trump dont la pensée binaire consiste à résoudre in fine les différents par la force. Allons-nous regretter l’équilibre de la terreur du temps quand la guerre froide équilibrait peu ou prou les menaces ?

Les enjeux d’une nouvelle guerre en Corée.

Et que pourrait-il se passer si la situation dégénérait et que la guerre ouverte éclate ? Vox a tenté de répondre à la question. Au passage on peut remarquer les bisbilles entre médias de gauche avec la réaction publiée sur Alternet aux articles de Vox jugés pro-gouvernementaux.  L’hypothèse qui semble la plus probable serait celle d’un frappe des États-Unis d’Amérique destinée à éliminer les capacités de frappes nucléaires du nord. Ces frappes ne devraient pas être nucléaires (ou de petites bombes nucléaires tactiques)  pour au moins faire mine de rester dans une relative réserve et pourraient utiliser des bombes de masse comme celle larguée  en Afghanistan il y a quelques mois. Le jeu est plus que risqué car non seulement il faut éliminer toutes les capacités de riposte nucléaire mais aussi toutes les capacités de riposte conventionnelle et détruire la chaine de commandement. C’est probablement impossible. Les capacités d’attaque conventionnelles et chimiques de la Corée du Nord viseraient en réponde les troupes US en Corée du Sud, la ville de Séoul, le port de Pusan au Sud, indispensable au débarquement de moyens militaires mais aussi probablement en fonction des moyens restant la Japon et l’île de Guam. Les pertes se compteraient en centaines de milliers de morts. Voire en millions.

Le pire est encore à venir. Il vient de Chine. On peut prévoir que les chinois, même s’ils n’apportent pas d’aide militaire active directe aux nord-coréens n’accepteront pas de voir s’installer les États-Unis d’Amérique à leur frontière et occuperont le nord. Ils créeront ainsi une nouvelle situation d’affrontement direct entre les deux plus grandes puissances économique du monde actuel. La géographie leur donne un avantage logistique dans l’occupation du terrain de la Corée du Nord où ils devraient battre leurs concurrents de vitesse. Le résultat serait une frontière directe entre la Chine et le pays de Trump forcément omniprésent sur les ruines d’une Corée du Sud dévastée là où aujourd’hui la Corée du Nord sert de tampon. Instabilité et insécurité garanties. Quant aux répercussions sur l’économie mondiale …

 

Et si, pour changer, on parlait de Donald Trump.

Après environ deux années de tumulte, une campagne électorale chaotique et une première année de mandat qui ne l’a pas moins été il est temps de faire l’effort de sortir des postures indignées et de la réaction systématique aux outrances de Donald Trump et de ses amis. Reprendre l’initiative implique de ne pas se cantonner à ces attitudes mais peut-être aussi devons nous tenter de comprendre le tableau qui se dessine devant nos yeux et comment il a pu se construire au fil du  temps.  L’étonnement devant le comportement de Trump comme président nous conduit a nous retourner vers le passé et à interroger les biographies de ses prédécesseurs dans l’espoir d’en tirer des enseignements comme le fait Karen Greenberg dans The Nation.

Un regard en arrière.

S’appuyant sur des ouvrages antérieurs à l’élection de 2016 (« The impossible presidency : the rise and fall of America’s highest office » par Jeremi Suri et « Presidential power and the modern president » par Richard Neustadt) elle nous invite à relire l’histoire de la fonction présidentielle telle que l’évolution du pays la modèle. Elle avance l’idée d’une lente ascension de la fonction qui culmine avec F.D. Roosevelt avant de dégringoler  inexorablement depuis. Que le livre de Suri ait été écrit avant la prise de pouvoir de Donald Trump mais relève les signes avant-coureurs de la crise dans une extension des pouvoirs présidentiels qui déborde le cadre constitutionnel et même démocratique donne à penser.

La première inflexion date de l’élection d’Andrew Jackson, loué par Donald Trump pour d’obscures raisons, le dernier président issu de la génération de l’Indépendance (il n’a que 13 ans au moment du Congrès de Paris mais sa famille a activement participé à la guerre). La population a considérablement augmentée sous l’effet principalement de l’immigration venue d’Europe. L’économie du pays s’est structurée. Jackson donne l’impulsion décisive à la fonction présidentielle en fondant sa légitimité sur le rapport au peuple et l’élection et rompt avec le système antérieur dans lequel elle venait plutôt des textes fondateurs. Il ouvre ainsi l’ère de la « démocratie présidentielle » (à la différence d’une « démocratie avec un président ») dans laquelle le choix ne se fait plus à partir de la cooptation entre les notables de la Nouvelle Angleterre. Jackson a d’ailleurs exprimé son hostilité au Collège Électoral et même au cumul des mandats dans le temps. Propriétaire d’esclaves il a promulgué le « Indian Removal Act » qui institue le parcage des amérindiens dans les réserves et officialise en fait le génocide. Après sa présidence il a soutenu le vol du territoire du Texas. Il l’avait préparé en reconnaissant la sécession de la  République du Texas du Mexique fomentée par des colons esclavagistes le dernier jour de son mandat de président. L’émancipation de la couronne britannique acquise la nation se construit par la politique intérieure et l’affirmation du pouvoir présidentiel.

Lincoln, encore une fois statufié récemment par Spielberg, poursuivra en transformant le drame de la guerre civile, la Guerre de Sécession, en renaissance nationale. Sanctifié par son assassinat Lincoln est ensuite consacré comme un nouveau père d’un pays indéfiniment orphelin par le mémorial de Washington et sa statue monumentale.

L’ascension finale se fait finalement d’un  Roosevelt à l’autre. Theodore, spécialiste de la Marine et ancien participant à la guerre de Cuba, ramène la dimension internationale dans l’exercice présidentiel, suivi par Woodrow Wilson avec la première guerre mondiale. Mais c’est Franklin Roosevelt qui définitivement fait entrer une réflexion globale, mondiale et économique à la Maison Blanche. Alliant la sortie de la crise économique et sociale des années 1930 à la direction politique du monde occidental cette présidence construit l’image que nous connaissons. Mais la complexité technologique du monde, la taille du pays et de sa population ont pour résultat un appareil tentaculaire, en compétition avec ceux des états. La tâche devient alors, selon Suri, insupportable pour un seul homme. Quoi qu’on pense de cette analyse on constate que les successeurs vont gérer la charge chacun avec leurs limites. Truman assure la transition, Eisenhower arbitre pour assurer l’après seconde guerre mondiale. Kennedy tente de retrouver la grandeur par l’hyper-activité et Johnson sombre sous le poids des responsabilités. Quand vient le tour de Reagan il tente de tenir l’image présidentielle en simplifiant la fonction. Et la dégringolade continue avec les suivants dont les Bush.

L’avènement de Donald Trump pourrait donc être une évolution annoncée par la dégradation d’une institution qui a perdu sa force et sa légitimité dans l’esprit des citoyens électeurs.  Le défi réel que poserait alors le symptôme  Trump ne serait pas son remplacement personnel mais la refondation de la fonction présidentielle et de l’ensemble du système de gouvernement.

L’avènement de Donald Trump.

L’arrivée du Donald a été amenée aussi par des évolutions sociales et économiques des décennies précédentes.

Les  réformes de Reagan et le triomphe du néolibéralisme ont préparé l’élection de 2016, facilitée par l’absence de projet alternatif. Même Barack Obama dont l’élégance racée nous a tous séduits n’est pas vraiment autre chose en économie qu’un néo-libéral « modéré ». Même l’Obamacare, système de compromis mis en œuvre dans son état par Mitt Romney quand il était gouverneur, n’est pas une solution intrinsèquement progressiste quels que soient ses avantages car elle ne fait que limiter les dégâts sociaux et ouvre grand la porte aux profits privés sur le dos de la population laborieuse.

La médiatisation croissante de la vie publique parachevée par l’Internet a changé les règles des campagnes politiques sans que les anciens politiciens n’aient encore pris la mesure des changements. Il ne suffit plus d’être télégénique mais il est maintenant nécessaire d’être un bateleur accompli, qui parle à l’émotion avant l’intelligence.

Au total la campagne électorale de Donald Trump s’est déroulée sur quatre phases. L’annonce de la candidature a eu lieu en Juin 2015 mais son positionnement politique, la première phase, s’est étalé sur près d’une décennie. Parti d’une position supposée plus ou moins Démocrate vu sa relation mondaine avec les Clintons et une bonne partie de la bonne société libérale de New-York d’une part et ses positions non-conformistes en matière de mœurs d’autre part il révèle son fond de pensée profondément réactionnaire et même raciste avec l’affaire des « Cinq de Central Park » et la campagne sur le lieu de naissance de Barack Obama qui le positionne comme « nativiste en chef ». Il n’a donc pas de choix il ne peut venir en politique que sous l’étiquette Républicaine. Les récentes déclarations de Donald Junior avec les allusions à McCarthy et aux communistes  montrent de plus que la culture politique de la famille est résolument ancrée très à droite.

Dès la déclaration de candidature le ton est donné. La campagne sera offensive, voire offensante, anti-immigrés, anti-élites, en deux mots populiste de droite. Trump déploie consciencieusement ses thèmes personnels dans cette phase qui précède les primaires. Elle lui a permis d’imposer les thèmes de la campagne, pas ceux qui allaient faire les grands débats mais ceux qui allaient faire la différence dans les franges critiques de l’électorat, les quelques pour cents qui emporteraient les états critiques de la Rust Belt. Imposant ses thèmes à des contradicteurs qui ne  jouent pas ce jeu dont il impose les règles et qu’ils ne comprennent pas il les contraint à réagir au lieu de développer positivement leurs propres thèmes.

Et là le jeu change. Lors des élections présidentielles la campagne des primaires devient de plus en plus la réelle campagne électorale et dure plus longtemps (de Février à Juin et même aux Conventions de Juillet ou Août ). En 2016 du fait du nombre de candidats et de la volonté même de Donald Trump cette campagne des primaires Républicaines a été essentiellement un spectacle, un spectacle d’estrade diffusé sur les écrans. On se souvient des prestations de Trump qui élimine ses concurrents Républicains l’un après l’autre avec suffisamment de brio pour garder la main et être en mesure de choisir son vice-président et de gagner la Convention sans se laisser imposer quoi que ce soit par les instances du parti.

Conformément au scénario établi depuis des années la campagne officielle, entre les Conventions et le jour de l’élection, a été moins riche en événements que les phases précédentes. Les débats télévisés face-à-face ont montré un Donald Trump moins à l’aise dans l’exercice qu’il ne l’était dans le pugilat sans contrainte des débats des primaires qu’il dirigeait de fait. Hillary Clinton a ainsi pu paraître gagner ces débats pour ceux qui les ont évalués sur les seuls critères du débat d’idées et de l’argumentation. On sait maintenant que ce jeu-là n’était pas le bon, que l’élection ne s’est pas jouée sur la logique.  Au bout du compte cette période a surtout été marquée par les interventions de James Comey qui ont pu avoir un effet sur le résultat (Kevin Drum de Mother Jones a mis en évidence un effet probable des deux interventions de Comey sur les sondages). La faiblesse politique de Clinton mariée au président qui a initié l’accord de libre-échange nord-américain et restait marquée par ses attaches avec la finance ne lui permettait pas de réunifier l’électorat Démocrate ni de retenir les électeurs attirés par le populiste de son adversaire.

La première année du président Donald Trump.

Le bilan de la première année de la présidence est connu. Donald Trump et les Républicains ont dépensés des mois a tenter d’abolir l’Obamacare en vain.  L’enquête de Robert Mueller sur l’ingérence russe est venue obscurcir le paysage. Au fil des mois l’action du président a rejoint les thèmes classiques du Parti Républiain et Trump a largement renoncé à ses promesses de campagne. La fin de l’année a vu se finaliser complètement l’accord entre les deux avec le vote et la promulgation de la réforme fiscale. Trump a donc conquis le parti en s’alignant. En échange les Républicains protègent Trump des attaques des enquêteurs à propos des relations de la campagne de 2016 avec la Russie mais également des investigations sur la famille Trump et ses finances qui pourraient constituer le réel point faible.

La prédominance de la Maison-Blanche dans le système politique préserve à Trump un avantage. L’instabilité de l’ensemble reste forte  du fait de l’imprévisibilité de Donald Trump mais aussi du poids des militaires faucons  (Kelly, McMaster) dans son entourage. Ils sont les vrais maîtres de la politique étrangère et aggravent le risque de conflit en cas d’incident fortuit (Corée, Iran, Syrie).

Sauf événement de ce genre les élections de mi-mandat en Novembre seront le moment de vérité. Si le Parti Républicain paie dans les urnes le prix (comme le suggère Jeet Heer dans un article récent de The New Republic) pour avoir sauvé le soldat Trump l’ensemble de l’édifice pourrait s’écrouler.

 

 

 

 

A propos du mémorial de Lincoln, quelques images.

Et après le « shutdown » ?

Le shutdown

L’épisode de la mise en chômage budgétaire du gouvernement des États-Unis d’Amérique n’aura donc guère duré plus qu’une fin de semaine. L’opinion générale, surtout dans les médias de gauche (iciici et ,  enregistre la séquence comme une capitulation des Démocrates. Capitulation orchestrée par Chuck Schumer, le leader Démocrate du Sénat, qui apparaît comme le grand perdant de l’opération dont il a voulu porter publiquement la direction. Se faire traiter de plus mauvais négociateur que Donald Trump n’est pas vraiment flatteur. Schumer ne pourra pas se faire pardonner sa plus grande faute : avoir proposé comme outil de marchandage à Donald Trump d’accepter de voter le financement du Mur de la frontière mexicaine. Les plus centristes (désolé, les plus à droite) des médias comme Mother Jones semblent même un peu embarrassés et se contentent de répercuter les protestations des groupes militants.

Les faits ont été rapportés par Mathieu Magnaudeix.

L’accord porte sur une prolongation temporaire du financement des administrations  jusqu’au 8 Février. Le risque d’un autre psychodrame, ou d’une vraie crise politique, n’est donc que reporté. Au passage les Démocrates ont la petite satisfaction d’avoir inscrit dans la loi le financement du programme d’assurance santé pour les enfants (CHIP) pour une durée de six ans mais personne n’y était vraiment opposé, d’autant plus que toutes les études montrent que c’est l’option la plus économique pour le budget fédéral. L’élément déterminant dont  se sert Schumer  pour justifier sa position est la promesse de son collègue Mitch McConnell, le leader Républicain de tenir un débat et un vote sur la question principale, celle des enfants d’immigrants dont le sort a été mis en balance par la décision de Donald Trump de suspendre la procédure de l’administration Obama (DACA*) qui leur permet d’étudier, de travailler et d’être naturalisés. L’accord de principe sur une solution de clémence semblait acquis jusqu’à ce que Donald Trump revienne sur ses positions antérieures lors de l’incroyable cirque mécanique il y a quelques jours. La direction des Démocrates a donc choisi de faire confiance à la parole d’un McDonnell pourtant coutumier des promesses non-tenues.

Cette apparente défaite des Démocrates pourrait bien être en fin de compte qu’un trompe-l’œil accentué par les rodomontades d’un Trump qui prépare son discours d’auto-célébration à Davos et ne peut imaginer qu’un piège se cache derrière une évidente victoire.

Le site FiveThirtyEight retient trois enseignements de l’épisode :

  • Les Démocrates évoluent vers un durcissement à gauche de leurs positions,
  • Les Républicains sont profondément divisés,
  • Les lignes de fractures autour des questions de race et d’immigration s’approfondissent.

Les Démocrates.

La primaire pour l’élection présidentielle de 2020 est visiblement lancée. A vrai dire elle l’est depuis la défaite de Clinton en 2016. L’irruption d’Oprah Winfrey il y a deux semaines n’était qu’une diversion bienvenue pour faire twitter Trump. La première à se lancer a été Kamala Harris avec son intervention à la marche des Femmes de Janvier 2017 à Washington. Elle a continué dans son rôle de Sénatrice avec une attitude pugnace lors des auditions sénatoriales. Comme les autres postulant dont aucun ne s’est déclaré à ce jour elle donne des indications de glissement à gauche (soutien de la proposition de Bernie Sanders sur l’assurance-santé) destinées à la base la plus active du parti. Il sera toujours temps de négocier plus tard des propositions dites réalistes. Fille d’une indienne tamoule et d’un noir jamaïcain elle présente le profil parfait pour la candidature.  Al Franken ayant été éliminé de la course pour cause harcèlement sexuel la voie est libre pour le renouvellement. les femmes et les noirs bénéficiant d’un avantage. Kirsten Gillibrand, sénatrice de New-York pas vraiment connue pour ses positions avancées s’est refait une image progressiste en surfant sur la vague post-Weinstein. Cory Booker, sénateur du New-Jersey ne manque pas une occasion de prendre  la parole mais il est bien difficile de passer après un aussi élégant félin que Barack Obama. La course est loin d’être terminée mais ceux qui prendront trop de retard risquent de le payer cher à l’arrivée. Le glissement global à gauche de la rhétorique Démocrate n’est guère contestable mais les acteurs qui tendent à occuper le devant de la scène restent malgré tout d’authentiques « centristes » qui semblent plutôt faire là montre d’opportunisme à plus d’un an du début de la campagne. Bernie Sanders reste l’homme politique le plus populaire du pays mais son âge lui interdit pratiquement de paraître comme un candidat crédible pour 2020.

Le « shutdown » a fait ressurgir les divisions internes du camp Démocrate.Cela est-il un handicap sérieux.? Cela dépendra d’abord de la suite. Le pari qui porte sur l’incapacité de Mitch McConnell à tenir la promesse qu’il a faite devant un parterre de Sénateurs pourrait bien être gagnant à tous les coups. Soit il ne tient pas sa promesse, se ridiculise et montre son camp comme une bande de menteurs racistes, soit il la tient et il fait éclater au grand jour les divisions et le racisme endémique des Républicains. Pour des Démocrates condamnés à jouer la carte communautaire (identity politics) aux prochaines élections les deux possibilités devraient être bénéficiaires.

Si les Démocrates ont cherché à négocier des propositions bi-partisanes avec des Républicains modérés ils ont par contre failli sur un point capital : ils n’ont pas avancé de proposition propre capable de montrer un choix marquant à l’opinion. Leur division peut les en avoir empêché et les avoir contraints à se contenter du théâtre parlementaire. Le décalage entre l’establishment Démocrate et la base militante pouvait difficilement apparaître plus clairement.

Les Démocrates sont condamnés à une attitude ferme dans les prochaines semaines pouvant aller jusqu’à provoquer un nouveau « shutdown ». Mais une première échéance donnera le ton. Dès son retour de Davos  (30/1/2018) Donald Trump doit prononcer son premier discours sur l’état de l’Union. Obligation constitutionnelle largement diffusée ce discours doit annoncer les objectifs législatifs de l’année. Il se doit d’y apparaître en leader qui réussit et qui  rassemble. Une campagne déterminée d’ici là pourrait-elle avoir un effet ?

Les Républicains.

Aux handicaps intrinsèques de la présidence Trump s’ajoutent de réelles divergences politiques internes même si elles se sont en partie estompées à la fin de l’année 2017 avec le vote de la réforme fiscale. Sur la question spécifiquement en jeu ces derniers jours, celle de l’immigration, la Maison-Blanche n’est pas très homogène. Il est clair que les plus hostiles à l’immigration, Stephen Miller et John Kelly, trouvent une oreille présidentielle bien disposée à les écouter. Mais leur plus gros problème est la division au sein des troupes parlementaires, avec un Sénat globalement plus modéré et une Chambre des Représentants clairement fracturée qui pourrait à l’avenir avoir besoin de voix Démocrates pour faire voter des  propositions de loi.
John Kelly passait jusqu’à présent pour être l’élément stabilisateur essentiel de la Maison-Blanche, celui qui a la confiance du président. Il a eu l’imprudence la semaine dernière de dire, en accord du reste  avec des déclarations récentes de son patron que les propos de campagne sur le Mur avaient été mal informés. Il n’es fallait pas plus pour se faire remettre en place. Et en parallèle quelques fuites laissaient entendre qu’Ivanka  chercherait un remplaçant à celui que l’on présente toujours comme le « vrai président ».

Donald Trump continue à jouer seul. Après la décision des Démocrates de voter la fin du « shutdown » il a reçu successivement des parlementaires Républicains parmi lesquels les plus acharnés comme Tom Cotton puis deux Sénateurs Démocrates soigneusement sélectionnés : Joe Manchin, sans doute le plus à droite et Doug Jones récemment élu dans un des états les plus racistes. La popularité de Donald Trump dans les sondages montrent des signes contradictoires. Après un plus bas à la mi-Décembre l’approbation du président remontait de manière continue. Mais l’observation des sondages de Rasmussen, réputé l’institut le plus favorable à Trump montre lui une tendance à la dégradation depuis deux semaines

La division de l’opinion, le racisme.

L’épisode nous révèle quelque chose de plus important et de plus grave qui n’est pas une surprise : la persistance  du racisme dans la société et le rôle qu’il joue en politique. Après des mois de débats contradictoires l’anniversaire de la prise de fonction de Donald Trump a été l’occasion de la publication de plusieurs articles qui reviennent sur les raisons de son élections. Un facteur commun se retrouve à peu près partout, le racisme a joué un rôle essentiel. Cent cinquante ans après la guerre dite de Sécession et soixante ans après la lutte des Droits Civiques la plaie suppure encore et s’est même envenimée avec la pression démographique ressentie par la population blanche et la monte des migrations internationales.

Le durcissement des positions sur la race et l’immigration va conforter la politique communautaire du Parti Démocrate aux dépens d’une orientation plus sociale et économique. Les politiciens vont voir dans l’alliance du parti avec les groupes de pression communautaire la plus facile voie vers le succès électoral.

 

Et pour nous rappeler que l’immigration divise le pays et que l’on déporte depuis des décennies :

https://www.youtube.com/watch?v=Ay4AEpEynuc&feature=youtu.be                                   Springsteen
https://www.youtube.com/watch?v=flkuZJ1did8&feature=youtu.be                                        highwaymen la plus claire
https://www.youtube.com/watch?v=1ihgkZTEXgA                                                                  Evidemment Pete
https://www.youtube.com/watch?v=rx-7C760fwg&feature=youtu.be                                      Judy Collins
https://www.youtube.com/watch?v=tGD1qanImq4&feature=youtu.be                                    Jimmy LaFave, tu nous manques Jimmy.
https://www.youtube.com/watch?v=Oq4HBgF8y3A&feature=youtu.be                                  et même Nana Mouskouri
https://www.youtube.com/watch?v=fCCgtRy5vYE                                                                  et Ani.

* DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals)  : Procédure de l’administration Obama qui permet à une population d’enfants d’immigrants de disposer d’un délai avant d’être soumise aux règles de l’immigration et de travailler ou étudier. Cette population (estimée à 700000 à 800000 personnes) est un sous-ensemble de celle qui est concernée par le DREAM Act (Development, Relief, and Education for Alien Minors Act) qui a été plusieurs fois discuté au Congrès mais jamais voté.

TaxCare, Mueller, Alabama, etc …

Pour Donald J. Trump les choses se compliquent. En apparence la situation tournait à son avantage mais l’enquête Mueller et l’élection en Alabama l’ont rappelé à la réalité et ont changé le rapport de forces au sein du camp Républicain.. Il se pourrait qu’il ait du mal à garder la main.

La réforme fiscale en bonne voie.

Les Républicains ont réussi a voter une loi de réforme fiscale au Sénat après l’avoir fait à la Chambre des Représentants. Il reste à la conférence des deux chambres de réaliser la synthèse en un seul texte qui puisse être voté par les deux assemblées et soumis à la signature du président des États-Unis d’Amérique. Les progrès de l’enquête sur l’intrusion russe ont accentué la pression sur les sénateurs qui ont mis les bouchées doubles pour voter aux petites heures (2h00) de la nuit de Vendredi dernier. Peu importe le détail des arrangements de dernières minute qui ont modifié le contenu de la loi pour acheter les derniers votes comme celui de Susan Collins. L’esprit de la loi n’a évidemment pas changé : une massive baisse des impôts pour les grandes sociétés et les familles riches, une très légère baisse pour certaines familles modestes et une grande incertitude sur l’avenir. Le déficit ne pourra que grossir avec cette baisse mais le limites sont bornées par des règles strictes. Il faudra donc couper ailleurs dans les dépenses pour payer ces baisses. Selon toute vraisemblance ce sont les programmes de financement de la santé qui vont supporter l’essentiel du poids. L’annulation de l’obligation individuelle d’assurance-santé a bien été incluse dans la réforme et devrait signer la fin effective de l’Obamacare dès la fin de l’année prochaine. Les inscriptions pour 2018 seront bientôt terminées et l’exercice 2018 devrait bon gré mal gré se dérouler comme prévu. Le vote de la réforme fiscale peut donc être interprété par Donald Trump et tout le camp Républicain comme la double victoire attendue depuis un an. Il ont étranglé la loi de Barack Obama sur l’assurance-santé et adopté la baisse d’impôt réclamée par les riches donateurs du Parti Républicain et applaudie des deux mains par tout ce que la droite compte de plus ou moins libertariens.
Kevin Drum de Mother Jones a résumé les conditions de cette réforme fiscale en un article et quatre illustrations parfaitement éclairantes qui montrent les évolutions sur les quarante dernières années. Il a ainsi fait pièce aux allégations des Républicains.

1-Les profits des grandes entreprises et les taux réels d’imposition des sociétés (pas les taux nominaux que très peu de sociétés paient réellement exprimés en pour-cents du PIB.

 

Corporate profits © Kevin Drum - Gabriel Zucman - FRED
Corporate profits © Kevin Drum – Gabriel Zucman – FRED

On constate que sur la période les profits sont multipliés par deux (2) net les taux de contribution divisés par deux (2).

2-Les dividendes distribués aux actionnaires.

 

Dividendes © Kevin Drum - Bureau of Economic Analysis - FRED
Dividendes © Kevin Drum – Bureau of Economic Analysis – FRED

Ceci prend d’autant plus de sens si on le compare aux courbes précédentes. Les profits doublés mais les dividendes multipliés par quatre (4).

3-Les taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés comparés à ceux des autres pays développés.

Corporate taxes © OCDE
Corporate taxes © OCDE

Contrairement aux récriminations des Républicains et de Donald Trump en particulier les Etats-Unis d’Amérique sont parmi les pays qui taxent le moins leurs entreprises. Si le taux d’imposition a légèrement cru sur la période le différentiel avec les autres pays reste à peu près constant.

4-Enfin , cerise sur le gâteau de la démagogie, l’évolution du revenu médian des familles, autrement dit la fameuse classe moyenne que tous les parlementaires disent vouloir choyer.

Revenu médian © Mother Jones - Census Bureau
Revenu médian © Mother Jones – Census Bureau

Le revenu médian des famille augmente d’un royal 20% quand les dividendes sont quadruplés.

Une semaine de tractations et de faux coups de théâtre aura suffit aux Républicains pour affiner un accord qui va leur permettre de faire à Donald Trump le cadeau de Noël qu’il attend depuis son entrée en fonction : une vraie loi de droite à signer. Et pour que la fête soit complète ils font d’une pierre deux coups. L’abolition de l’obligation individuelle d’assurance santé a été intégrée dans la réforme. Ils abattent ainsi un des piliers de l’Obamacare. La période annuelle d’inscription pour la saison 2018 est maintenant terminée. Alors que les inscriptions se poursuivaient sur un rythme plus élevé que l’année précédente au final on devrait avoir moins d’inscriptions car Donald Trump a raccourci le délai. Les Républicains ont du renoncer par contre à intégrer dans la réforme l’abolition de l’obligation pour les employeurs de proposer des plans d’assurance qui couvrent les frais de contraception pour des raisons administratives. L’abolition de l’obligation amène un effet indirect de baisse des subventions pour les autres programmes comme Medicaid et donc pénalise encore plus ceux qui dépendent de ces programmes.

Il a fallu attendre le dernier jour, Vendredi 15 Décembre pour que les derniers résistants rendent les armes. Le fanatique anti-déficit Bob Corker qui avait voté contre le projet du Sénat a admis ne pas être en accord avec le résultat des négociations mais ne pas vouloir mettre en danger cette occasion. De même Marco Rubio,, sénateur de Floride qui avait été bien malmené par Donald Trump lors des primaires  Républicaines s’est livré à un baroud d’honneur pour faire relever le crédit d’impôt pour les enfants à charge. Il n’a obtenu qu’un aménagement marginal qui ne profite pas aux plus pauvres mais a réussi un assez joli coup de pub. Il n’a pas renoncé à être un recours post-Trump.

Ce qui est connu du contenu définitif très complexe de la loi présente des aspects contradictoires. Une des dispositions les moins connues se trouve dans le passage à une « territorialisation » de la taxation des bénéfices des sociétés qui encouragera à délocaliser. D’ailleurs Ford vient bien d’annoncer la fabrication de sa future voiture électrique au Mexique dans un superbe pied de nez à Trump qui s’est bien gardé d’en faire état. Les étudiants avancés ont aussi eu la chance d’échapper à l’imposition d’une partie de leurs revenus. Les mises au point de dernière minute ne changent pas évidemment l’esprit du texte qui reste une massive baisse d’impôts pour les plus riches. Les agriculteurs modestes ont voté majoritairement pour Trump mais ce sont bien les entrepreneurs agro-industriels qui vont profiter de la réforme. Les exploitations familiale seront touchées de plus par le renchérissement de l’assurance santé.

Les Démocrates peuvent très partiellement se consoler d’avoir enregistré une petite victoire. L’autorisation aux églises, souvent autoproclamées, de financer les politiques a été retirée.

La seule incertitude visible à propos du vote définitif de la réforme la semaine prochaine se trouve chez Susan Collins, la sénatrice du Maine qui avait voté contre l’abrogation de l’Obamacare, mais la majorité de 52 sénateurs garantit le succès aux Républicains. Il faudrait un concours de circonstances exceptionnelles pour qu’ils échouent. Même si John McCain n’est pas sorti de la clinique où il est soigné pour des effets secondaires de la thérapie de son cancer la loi passera.

L’élection en Alabama.

Les débats sur la réforme fiscale sont cependant passés au second plan après l’élection surprise du Démocrate Doug Jones Mardi 12 Décembre. Cette élection imperdable devenue l’exemple de l’échec Républicain a provoqué un déluge de commentaires et d’analyses.  Résultat de circonstances particulières cette élection aura plus d’importance par le choc qu’elle a provoqué dans les esprits que par sa signification politique. L’Alabama n’est pas devenu brusquement Démocrate.

On sait globalement que l’élection s’est jouée sur la participation. Non pas la participation globale qui a malgré tout été assez élevée mais sur la participation spécifique des divers groupes électoraux. Les électeurs Républicains ont se sont moins mobilisés et inversement pour les Démocrates. Les noirs, 30 % de l’électorat, et les femmes ont fait le plus gros de la différence avec 98 % des électrices noires votant pour Jones. Les jeunes ont de même penchés à 54 % pour le candidat Démocrate.

Les chrétiens évangéliques ont fortement attiré l’attention des commentateurs. Étant donné le fanatisme religieux proclamé par Roy Moore tout au long de sa carrière et qui lui a valu deux condamnations le comportement de ce groupe social méritait une analyse spécifique. Malheureusement les études statistiques et sondages électoraux étaient rares en Alabama du fait que l’état n’est pas politiquement concurrentiel. Les données dont on dispose montrent un frémissement de l’opinion de ces chrétiens mais surtout montrent que l’on ne sait pas grand-chose à leur sujet car les sondeurs se satisfont de la seule déclaration des sondés. On a tendance généralement à les considérer comme un groupe homogène ancré  à droite et arc-bouté sur des valeurs conservatrices classiques. Historiquement ils avaient disparus comme acteurs de la vie politique jusqu’ à ce que Carter puis Reagan les ramènent au centre du jeu et qu’ils consacrent l’emprise des Républicains sur le Sud. Ils représentent 44 % des électeurs de l’état et ont voté à  80 % pour Moore comme 68 % des électeurs blancs. L’élection s’est joué à environ 20000 voix de majorité pour Jones et 23000 voix pour les tiers candidats Républicains.  La population des évangéliques est assez mal connue et en général les sondeurs se contentent de la simple affirmation d’appartenance pour  definir un groupe ainsi auto-affirmé. Les 2 % d’évangéliques qui disent avoir voté pour un candidat tiers font presque la différence. Les analyses plus approfondies montrent une évolution sensible. Parmi ceux qui se définissent ainsi la moitié ne fréquente pas d’église. Les nouveaux évangéliques sont majoritairement noirs dans le Sud et contribuent à la dispersion électorale.  Mais le plus signifiant doit être le glissement idéologique qu’exprime l’élection. La communauté se fragmente de plus en plus racialement et politiquement et l’élection de Trump a accéléré ce mouvement. Même des chrétiens conservateurs ont été choqués par les positions de Roy Moore face aux accusations portées contre lui. Le comportement électoral et plus généralement politique des chrétiens constitue un des éléments à suivre dans les mois et années à venir.

L’élection de l’Alabama accentue le pression sur le Sénat avant le vote de la réforme fiscale. Contrairement aux élections régulière ce remplacement d’un sénateur nommé ministre prend effet dès la validation par les autorités. La majorité  Républicaine au Sénat sera donc réduite à 51 contre 49 dès les premiers jours de Janvier dès les formalités terminées. Doug Jones est plutôt un Démocrate de droite mais son mandat ne se termine qu’en 2020. Il a donc la liberté de prendre des positions éventuellement mal considérées par ses électeurs mais plus proches de la ligne de son parti pendant encore plus d’un an.

L’enthousiasme politique chez les Démocrates était déjà lisible dans le grand nombre de candidats qui se proposent pour concourir aux élections et leur facilité à lever des fonds. Cette victoire inespérée à un moment critique de la présidence Trump semble avoir encore renforcé cet élan. Mais l’effet au sein du Parti Démocrate pourrait être mitigé. La victoire portée par la population de couleur encourage à poursuivre la politique de la direction centriste qui consiste à chevaucher la vague démographique et attendre la victoire de la montée des minorités raciales  plutôt urbaines plus que d’une inflexion sociale du programme.

Du côté Républicain la victoire de Doug Jones a été comprise par certains comme un soulagement qui les affranchit de l’hypothèque que la présence à leurs côtés d’un extrémiste suspecté de harcèlement sexuel au Sénat aurait représentée.

A la date du 16 Décembre 2017 Roy Moore n’a toujours pas reconnu sa défaite et maintient la pression, embarrassant son propre camp.

L’enquête Mueller.

Après les mises en accusation de Manafort et Gates  les plaider-coupable de Papadopoulos et Flynn ont confirmé que le travail de l’équipe du procureur spécial poursuit son travail d’approche de l’équipe de campagne de Donald Trump. La fébrilité de la presse de droite qui cherche à monter en épingle tous les incidents le confirme. Elle réclame même maintenant le limogeage de Mueller sans hésitation. Et la rumeur ne cesse de monter. Les Démocrates ne se privent pas de battre le tambour car ils savent les dégâts politiques que cela produira dans l’opinion sur les Républicains à moins d’un an des élections de mi-mandat.

Le prochain  sur la liste des inculpés devrait être le gendre Jared Kushner. La nervosité du président va croissant et Trump sera de plus en plus difficile à contrôler. Paradoxalement les nouvelles pourraient être considérées comme plutôt bonnes par le camp Républicain. Les quelques nouvelles qui fuitent indiquent que l’enquête semble plutôt se concentrer sur les manœuvres d’obstruction à la justice de Donald Trump à partir de l’éviction de James Comey. Si la cible était plutôt sur les actions de la campagne avant l’élection nous entrerions dans un terrain inexploré. La Constitution ne prévoit pas clairement le cas d’annulation potentielle d’une élection présidentielle qui éliminerait les deux élus du ticket. Par contre la marche à suivre  en cas d’invalidation du président est claire : le vice-président prend la place. Cette seconde hypothèse soulagerait l’establishment Républicain qui ne manquera pas de la mettre en oeuvre dès que le soutien populaire à la personne de Donald Trump faiblira significativement. Cet affaiblissement n’est pas encore d’actualité même si la tendance semblait s’esquisser ces derniers jours. Et peut-être même plus si on en croit cet article. Les spectateurs de Fox News supposés largement trumpistes qui ne lui accorderait plus qu’in soutien très partiel.

La politique internationale.

Sans doute aiguillonné par la menace croissante de l’enquête de Robert Mueller Donald Trump  a d’abord été tenté de se lancer dans une fuite en avant qui l’a mené aux déclarations sur Jérusalem et le transfert de l’ambassade. Ces déclarations ne changent rien à la pratique immédiate et réaffirment simplement  les positions historiques de Washington. La provocation est retombée à plat et n’a pas causé d’actions spectaculaires dans les pays musulmans contre les intérêts des Etats-Unis d’Amérique. Il faut plutôt saluer les populations d’avoir laissé les provocations trumpiennes à leur médiocrité sans les récompenser d’un embrasement recherché.

Quelques jours après cet accès d’humeur trumpien il est en apparence étonnant d’entendre d’abord le ministre des affaires étrangères puis le président se déclarer prêts à entrer en négociations avec la Corée du Nord. La première déclaration par Rex Tillerson qui passe toujours pour être en délicatesse avec son patron a pu être interprétée comme l’expression définitive de leurs désaccord prélude à sa démission. Mais quand quelques jours plus tard Trump lui-même annonce la même chose après avoir conféré avec son ami Poutine on comprend qu’il s’est passé quelque chose et nous nous trouvons dans cette situation inattendue où le Congrès et le Parti Républicain se réunifie à l’offensive autour de la perspective du vote de la réforme fiscale alors que Donald Trump se fait mouton sur la scène internationale. Il est difficile de comprendre ce qui peut causer sa soudaine prudence. Peut-être la pression  croissante de l’enquête Mueller lui enjoint-elle de rassembler son camp afin de préparer la contre-offensive. Sans y accorder plus d’importance qu’il n’est nécessaire les rumeurs de dérive psychologique d’un Donald Trump qui passerait entre 4 et 8 heures devant ses émission de télévision favorites, celles qui parlent de lui, se sont amplifiées ces derniers jours.

Les perspectives électorales.

Avec une carte électorale très favorable au Sénat en 2018 et un charcutage des circonscriptions qui les met à l’abri des grosses surprises à la Chambre des Représentants le Parti Républicain n’a pas beaucoup à craindre des élections de mi-mandat. Leur plus gros problème aujourd’hui est Trump. Ils ont dans la poche la solution avec le remplaçant constitutionnel désigné Mike Pence. Il leur appartient de gérer la transition mais de leur point de vue il n’existe pas vraiment politiquement d’alternative. S’ils veulent éviter que leur président  pourrisse plus encore leur mandat ils devront s’en débarrasser. Ils en ont les moyens réglementaires avec le vingt-cinquième amendement et l' »impeachment ».

Quel surnom pour Macron ?

Quand ma belle-mère du haut de ses quatre-vingt-quinze  m’a parlé de « Macaron » je n’ai immédiatement compris de qui il s’agissait. J’ai trouvé cela un peu ridicule mais j’ai fini par l’adopter comme moyen d’exprimer la dérision que m’inspire cet improbable président.

Puis réfléchissant à la meilleure manière d’expliquer à les amis des Etats-Unis d’Amérique ce qu’est Emmanuel Macron comparer avec le président qu’il connaissent le mieux m’est apparu comme le moyen le plus direct.

La goutte d’eau finale a été apportée par le décidément inénarrable Castaner qui parle de mise en scène de sa démission par le général De Villiers. Je comprends que ce jeu de l’arroseur arrosé reste sur le cœur  de nos experts en communication qui auraient voulu réserver à leur metteur en scène en chef l’exclusivité de la direction du théâtre  politique.

Evidemment la différence des deux personnages saute aux yeux. Qu’y aurait-il de commun entre le grossier personnage extraverti de la Maison-Blanche et l’intellectuel réservé de l’Elysée ? On dirait une caricature de l’opposition culturelle franco-nord-américaine. De plus combien  dans les deux personnages de pose, de construction volontaire d’une image ? Donald Trump a récemment résumé leur attitude commune en rappelant combien Macron aime à lui tenir la main.

Ils partageraient donc plus que le premier regard ne laisse imaginer.

  • Un égo si énorme qu’il est impossible à mesurer,
  • Une conception personnelle du pouvoir qui ne s’inquiète pas outre mesure des limites de la bienséance ou de la légalité,
  • Une volonté affirmée de montrer leur indépendance, la différence de leurs prédécesseurs et  du modèle de leur fonction,
  • Une volonté de gouverner par le spectacle.

Chacun pratique le dernier point à sa manière. Macron fait dans la mise en scène, « jupitérienne, solennelle voire un peu vieille France alors que Trump joue au comédien de stand-up.

Les deux voudraient nous faire croire à leur caractère rebelle. Rappelez-vous Edouard Philippe parlant de sa nomination comme d’une transgression. Aller chercher un Premier  Ministre dans le vieux parti de la vieille droite. On ne peut en effet imaginer plus violemment transgressif. De la même manière l’affrontement de Donald Trump avec le politiquement correct alors qu’il constitue son cabinet en cherchant à Wall Street a tout du simulacre destiné à des supporters conquis.

Sous leurs vernis différents nos deux présidents partagent plus que ce qu’un regard superficiel nous ferait penser. Une conversation téléphonique entre mon épouse et ma fille m’a évité de me casser la tête pour trouver un surnom adéquat à notre cher président.

Bienvenue à Mini-Trump.

Le plus grand assassin de l’Histoire

Ma contribution au 14 Juillet.
Quand la fiction devient recours ultime.

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Le plus grand assassin de l’Histoire.

Fuyant la bourrasque de ce mois de Novembre 2117 l’homme se hâte. Il rejoint le village de sa famille. Vazerac, patelin du Sud-Ouest de la France qu’il n’a jamais connu. Dans le chaos de ce début de siècle il n’a comme tant d’autres plus d’endroit où travailler, où vivre, où espérer.

Quand il retrouve ce qui reste des siens dans ce groupe de maisons emmurées pour se protéger des vols et des attaques Marc aperçoit en contrebas ce village déserté depuis que les tornades ont rendu la rivière incontrôlable. Seule la massive église forte de ses mille années résiste encore aux assauts de l’eau et de la boue. Elle se voit d’autant mieux que les autres constructions ne sont plus qu’ amas de pierres.

La vie continue grâce aux arbres à vent et aux panneaux solaires qui produisent encore de l’énergie, tant que l’on peut encore les réparer ou trouver des éléments de rechange. Les trois cents mètres cubes des citernes de récupération d’eau permettent de vivre et fournissent la matière première de la production d’hydrogène pour les piles à combustibles. On cultive l’essentiel à proximité de préférence dans des champs que l’on peut surveiller.

Il a compris qu’il était bien chez lui quand le petit chien blanc et noir a commencé à lui sauter autour. Son sac posé il avait des choses, des voyages à raconter. Il y a quelques années dans ce monde où les transports ne cessent de se désorganiser il a  voulu partir faire le tour du monde. Il n’est allé plus loin que l’Irlande. Les avions, inutile d’en parler si vous n’êtes pas militaire, mercenaire ou bourré aux as. Et à vos risques et périls, sans contrôle aérien, sans prévisions météo fiables, avec des aérodromes inondés ou assiégés il faut être prêt à tout. Il a bien essayé la voie maritime. Dans les ports anglais envahis par  les eaux montantes les grands navires ne rentrent plus. Ils mouillent à l’extérieur et on transborde tout par navette. Là encore  montrer patte blanche, payer et faire confiance au destin.

De ses voyages plus que des images il a rapporté des rencontres. Alors il raconte. Il raconte ce qu’on lui a raconté. Ce que Franck, suédois perdu en Irlande lui a  raconté. Franck qui avait connu Tom qui avait connu Jim.

Jim, technicien dans le pétrole, ce truc qu’on utilisait il y a un siècle et pour lequel certains se battent encore paraît-il dans quelques lointains endroits. Des gens qui ont encore des machines ou des véhicules à essence, récupérés et rafistolés. Le boulot de Jim, il y a quatre-vingt, quatre-vingt cinq ans c’était de ratisser les vieux gisements, les vieilles installations, de rafistoler des machineries en rade. Tout cela pour récupérer quelques centaines de, quelques milliers les jours de chance, barils revendu à des aventuriers divers ou des industriels au bout du rouleau. Jim allait de puits en puits, d’une montage éventrée à une colline chauve. Un jour, il commençait à être fatigué de balader sa carcasse dans des pierriers maculés d’huile noire malodorante, il a rencontré un drôle de gars. Adossé au seul arbre rescapé du coin le type chantait. La chanson parlait d’un drôle d’endroit, le plus proche du paradis qu’on puisse connaître, les collines ondulantes de la Virginie Occidentale 1.  Quand Jim lui a demande de quel endroit il parlait l’autre lui a juste fait un geste montrant le sol. Cette bouillasse de pétrole avait été le plus bel endroit du monde avant qu’un fou décide de le livrer aux dingues qui l’avaient massacré à coup de dollars. C’est peut-être le chanteur qui a le premier parlé de « l’Éléphant orange » 2, le président qui avait pris la décision de tout sacrifier pour  de l’argent au pétrole, au charbon, au gaz. Faire valoir son savoir faire de technicien n’avait pas été trop difficile ensuite mais Jim n’avait plus mis les pieds dans un champ de pétrole ou de gaz.Vingt ans plus tard il a raconté son histoire à Tom. Il lui a même appris la chanson. Enfin il a tenté. Tom n’avait pas l’oreille bien musicale et la chanson s’est perdue.

Quand il a rencontré Jim Tom n’était pas encore allé à Gibraltar. Après la rétrocession du territoire à L’Espagne celle-ci a appelé au secours les Etats-Unis d’Amérique. Tom était employé par une société de mercenaires, une  de celles que le gouvernement américain employait depuis que l’Éléphant orange avait décidé de sous-traiter  les opérations militaires au privé, juste avant d’être destitué. La Méditerranée devenait brûlante, pas au sens propre, calorifique, mais les réfugiés arrivaient par centaines de milliers de toute l’Afrique tropicale. Les cultures dévastées par la sécheresse dans le Sahel, les zones à la température invivables, avaient tué plus de gens que la seconde guerre mondiale. Le Soudan miraculeusement sauvé à la fin des années 2010 les occidentaux tout contents n’avaient rien vu venir. L’explosion est venue des bidonvilles des  grandes cités côtières, assiégées d’un côté par une population affamée  migrant de l’intérieur et la montée des eaux de l’autre. La destruction des grandes viles a emporté tous les pays l’un après l’autre, les privant d’approvisionnement  extérieur  et d’administration. Les armées souvent sans commandement tiraient sur la foule. Les haines tribales enterrées depuis des décennies ressortaient de leur cercueils. Des foules se sont rassemblées pour se lancer vers leurs derniers espoirs de survie. Des milliers de personnes longeaient la côte de l’Atlantique pour remonter vers l’Europe en évitant la fournaise saharienne. D’autres tentaient le Sud par les grands Lacs, le Malawi et les montagnes vers un mythique paradis  Sud Africain. Partout la même histoire. Une foule affamée comme un vol de criquet qui dévaste tout sur son passage et ne laisse que la désolation et ses propres morts.

Voila ce Tom avait raconté à Franck. Il n’avait pas eu le temps, pas le courage peut-être de lui dire comment lui et ses hommes avaient exécuté les ordres reçus au pied du rocher de Gibraltar, dernier rempart d’une Europe les ordres épouvantée. Mais Franck savait. Il savait ce que tous savaient. Les tirs sans sommation, les armes chimiques « propres » fournies par l’industrie de tous les pays du Nord. Et Tom d’enchaîner cigarette sur cigarette, capable de fumer n’importe quoi plutôt que de laisser son odorat libre de lui rappeler  la puanteur de ce jour-là.

Né après 2050 au Nord de l’Europe Franck avait eu la chance relative d’être témoin du pire. Il avait même pu faire des études avant que les pays de tout le Sud de l’Europe ne s’écroulent définitivement à la poursuite de l’illusion de la croissance qu’avait fait miroiter l’économie du pétrole. Il avait donc vu et au moins en partie compris le drame dont il était témoin, protégé par la force armée qui maintenait les migrants à une distance de moins en moins raisonnable. Dans son refuge perdu au Nord de l’Irlande où Marc l’avait rencontré il ne savait plus qu’attendre la tempête qui abattrait sa maison. Il avait expliqué comment les décisions d’un homme seul, un Éléphant orange dans une Maison Blanche  -mais était-il vraiment le seul responsable?- au début du siècle précédent avaient laissé se déchaîner des forces tapies dans l’ombre prêtes à partir dans une course inarrêtable.

Ce soir-là dans l’atelier attenant à la maison de ses cousins Marc a attendu la tempête qui l’avait suivi de loin toute la journée. La pluie a commencé. La fenêtre ressemblait à un hublot de sous-marin. Quelque gouttes fuitaient du toit. Il entendait les tuiles trembler. Un mouvement soudain l’a fait sursauter. Ce n’était que le chien qui avait réussi à trouver un moyen d’entrer malgré la porte fermée. Le tonnerre s’est mis de la partie. Assis sur un tabouret Marc a vu par la fenêtre entre deux éclairs le clocher de l’église trembler puis s’écrouler. Le chien s’est rapproché, a posé son museau sur sa main. Transis, terrifiés, serré l’un contre l’autre l’homme et le chien regardaient la folie des hommes achever l’Humanité.

1. Au cas où : Orange comme qui vous savez et éléphant comme le Grand Old Party.

2.Green Rolling Hills : chanson de Utah Philips connue surtout par l’interprétation d’Emmylou Harris. Ani DiFranco a enregistré deux disques avec Utah Phillips, vieux syndicaliste, longtemps membre des IWW. Un des plus actuels livre sur les IWW est ici.

Une goutte d’eau

Le rosier pleure.

Le rosier pleure.

« …. Or I may simply be a single drop of rain … »

The Higwayman – song by Jimmy Webb

Et Trump repasse devant,… mais…

Et Donald Trump, poursuivant la remontée dans les sondages entamée depuis à peu près trois semaines, est repassé en tête dans le sondage Rasmussen de ce jour. Rasmussen présente habituellement un biais en faveur des Républicains mais la tendance a été continue ces derniers jours dans tous les sondages. L’écart de près de 10 points en faveur de Clinton au début Août, après les deux conventions, n’a pas cessé de se réduire pour arriver fin Août à cette situation qui laisse les experts dans l’expectative comme le montre cette table ronde de FiveThirtyEight. Les experts y sont très partagés sur l’interprétation des événements.

La glissade de Clinton.

Depuis le début du mois d’Août Clinton a perdu entre un et deux points par semaine dans plusieurs sondages pour finir virtuellement à égalité avant la farce mexicaine.

Barack Obama a initié le processus par une bévue dont il n’est pas coutumier lors des graves inondations de Louisiane. Il est resté en vacances et Clinton s’est contenté de propos de circonstance. La photo du Président en golfeur alors que les écrans montraient les gens aux prises avec les éléments a ouvert un boulevard pour Trump. Il a donc pu venir faire un show photographique devant un camion de dons aux sinistrés et apparaître comme à la fois un homme qui agit et un homme de compassion.

Par la suite il s’est contenté de faire profil bas et de profiter des occasions sur les deux principaux terrains de faiblesse de son adversaire : la Fondation Clinton et l’interminable affaire des e-mails de Clinton Secrétaire d’état.

Le FBI a révélé avoir pu récupérer 30000 courriels effacés du serveur privé des Clinton et les a communiqués au Congrès. Cette affaire restera jusqu’au jour de l’élection une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Clinton. Après la publication des courriels Démocrates qui ont perturbé le début de la Convention de Philadelphie et provoqué la démission de la présidente du Parti Debbie Wasserman Schultz Julian Assange, qui est un ennemi juré des Clinton, a promis une révélation en Octobre que tout le monde pense être le résultat d’un autre piratage. Il a laissé entendre que cette révélation puisse donner un coup fatal à la candidature Clinton. A partir des courriels du serveur privé des Clinton Associated Press a pu annoncer que la moitié des personnes en contact avec Hillary Clinton sont des donateurs à la Fondation Clinton qui devient un autre boulet pour la candidate suspectée de s’en servir à des fins autres qu’humanitaires, en fait pour du trafic d’influence rémunéré. Bill Clinton a annoncé un début de retrait de la fondation au cas où Hillary serait élue. Il est probable qu’il devront aller plus loin pour convaincre l’opinion de leur bonne foi et du caractère inoffensif de leur fondation.

Si Trump n’a pas fait d’éclat durant le mois d’Août, conseillé sans doute par sa nouvelle équipe de campagne -Bannon, Conway, Ailes- il a quand même battu les estrades et sillonné le terrain alors que Clinton se montrait assez peu en public. Elle a préféré courir les réunions de donateurs et récolter de l’argent pour la campagne. Cette absence du terrain a donné lieu à une salve spécifique d’attaques sur sa santé, suspecte depuis son accident il y a quelques années. Sur ce terrain la réplique est venue assez vite. La déclaration du médecin de Trump sur son exceptionnelle santé est tellement extravagante qu’elle a suscité les interrogations voire la moquerie. Il y a même quelques indices qu’elle ait été rédigée par Trump lui-même. Le médecin a reconnu l’avoir écrite en cinq minutes alors qu’une voiture attendait au pied de l’immeuble. le langage et les invraisemblances qu’elle contient font douter qu’un médecin sain d’esprit puisse l’avoir écrite.

Trump se tenant tranquille trois semaines avait de quoi étonner. Les gazettes se mises à bruisser de la rumeur de son adoucissement sur la question centrale, l’immigration. Il quand même trouvé le temps de se défouler sur un de ses cibles favorites : Huma Abedin. Principale collaboratrice de Clinton, femme, indo-pakistanaise, élevée en Arabie saoudite et musulmane, Abedin concentre tout ce que Trump peut détester. Il ne prive donc pas de la décrire, avec toute la droite extrême, comme jihadiste en puissance, membre des Fréres Mulsulmans, et -la touche sexuelle étant indispensable au délires du Donald- la maitresse d’Hillary Clinton. Huma Abedin a le malheur d’être marié à un triste bouffon, Anthony Weiner, qui s’est plusieurs fois fait remarquer par ses incartades sexuelles. Après avoir du se démettre de ses fonctions politiques une dernière frasque en Août l’a contraint à la séparation d’avec son épouse.

Pendant ce temps Clinton, toute contente d’une relative débandade des élus Républicains effrayés malgré tout par leur candidat n’en finit pas de rechercher et recueillir des soutiens de politiciens ou de généraux de l’autre camp, tirant sa campagne toujours un peu plus à droite.

Ce mois passé a montré le plus désagréable, le plus malodorant -jusqu’ à présent-  et le moins politique de la campagne. Jusqu’à la farce mexicaine.

La farce mexicaine.

A l’étonnement général Trump annonce mardi 20 avoir accepté l’invitation du président mexicain à le visiter, invitation émise aux deux candidats. Alors que Trump semblait pencher vers un adoucissement de sa position sur l’immigration, et qu’il doit prononcer un discours « majeur » sur le sujet quelques heures plus tard, il semble y avoir là quelque logique. Trump profite d’une occasion inespérée de se donner une stature d’homme d’état avec qui le président d’une nation majeure du continent n’hésite pas à parler. Il se rend à Mexico le lendemain. Un coup de maître.

Le déroulement de l’entretien semble donner plus ou moins raison à cette opinion bien que Trump y apparaisse curieusement passif et discret. On sait que l’illusion ne dure pas plus de quelques  heures. Le premier à dégainer est le président mexicain Enrique Peña Nieto qui contredit Trump et affirme lui avoir dit que le Mexique ne paierait pas le mur frontière. Trump, excédé semble-t-il d’avoir été doublé -ce qui montre assez bien l’égocentrisme du personnage qui ne peut imaginer qu’on le roule- prononce le discours qu’il avait préparé et réaffirme ses positions extrêmes. Il tente même de préciser les modalités de mise en œuvre. Ces modalités ont été analysées. Elles impliquent d’augmenter le personnel de l’immigration et des gardes aux frontières de 5000 à 90000 personnes, les places en détention (avant déportation) de 34000 à 340000, les tribunaux des frontières de 58 à  1300, et les procureurs fédéraux spécialisés de 1400 à 32000. Le tout se montant à environ 500 milliards de dollars et devant nécessairement se dérouler sur vingt ans au moins.Le rapport qui donne ces chiffres émane du « American Action Forum », organisation conservaectrice. Par ailleurs le mur pose bien d’autres problèmes qui le rende improbable. La frontière est autant un trait d’union qu’une séparation. Elle est le siège d’échanges économiques très importants que le mur compromettrait. La pollution liée aux allers-retours quotidien n’a jamais été traitée. Une grande partie de la frontière, au Texas est constituée par la rivière Rio Grande sur laquelle un mur est écologiquement, humainement, industriellement et géographiquement très difficile à concevoir. Enfin, et ironiquement, là où le mur est matériellement possible il existe déjà.  Les choses sont donc claires. En vingt-quatre heures Trump est passé de maitre stratège et homme d’état  responsable à extrémiste de droite anti-immigration. Il a ressoudé son camp. Il est sans doute redevenu cohérent avec lui-même. Le plus grand perdant au regard de l’Histoire risque d’être Peña Nieto dont personne ne comprend ce qu’il a pu espérer de cette galère. Il faut dire qu’à 23% d’opinions favorables il ne peut guère que se tourner vers François Hollande pour ne pas être complètement ridicule.
Donald Trump a sans doute là perdu l’éltion tant il sera difficile de regagner dans sa clientèle directe les voix perdus chez les modérés. Il lui reste un chemin vers la victoire mal identifié par les sondages vu le caractère inédit de l’élection. Il passe par des états improbables mais qui évoluent comme la Pennsylvanie ou le Wisconsin.

Alors que tout semblait lui sourire, les sondages nationaux et, encore plus importants, les sondages dans les états bascules, alors que Clinton peinait à tirer ses propres casseroles il prend le virage définitif. Il ne peut plus changer d’orientation sans passer pour une girouette aux yeux de ses propres partisans. Les réactions n’ont pas tardées. Plusieurs  des membres du conseil pour les affaires hispaniques qu’il avait annoncé à grand bruit au début du mois ont démissionné. Certains sondages dans la communauté noire lui donne zéro pourcent. Il reste la possibilité d’un événement inattendu qui lui redonne la main : attentat sur le sol du pays, « révélation d’Octobre » ou autre coup dur dont Clinton ne pourrait pas se relever.

Mais Donald Trump n’a-t-il pas d’autres objectifs que la Présidence ? En plus ou à côté. La question est dans les esprits depuis longtemps. Dans le recrutement du Vice-Président il aurait affirmé que l’homme qu’il choisirait  aurait la main sur la politique intérieure et extérieure, autrement dit à peu près tout. Que pensait-il donc faire lui-même ?

Et après Donald ?

Donald Trump a préparé la suite des opérations, une suite en cohérence avec sa campagne et sa devise  « Make America Great Again » -qu’il est facile aujourd’hui de lire « Make America White Again »-. Depuis le mois d’Avril le groupe Trump a demandé à partir d’une de ses sociétés au Delaware, paradis fiscal connu, plusieurs créations de sociétés. On y trouve deux sociétés de gestion d’hôtels nommées « American Idea » et « Idea Hotels ». Par ailleurs son épouse Melania, capitalisant sur sa nouvelle notoriété après la Convention à créé un société éponyme -« Melania »-  pour le commerce de bijoux. La famille Trump a donc depuis déjà plusieurs mois investi sur les retours sur investissements de la campagne électorale. A défaut d’être élu PDG des États-Unis d’Amérique Donald Trump se sera payé à bon compte une extraordinaire campagne de promotion à la visibilité mondiale.

 

Obamacare en danger ?

La campagne électorale présidentielle de 2016 est décidément hors des standards. Un sujet majeur, au cœur des préoccupations politiques et économiques des Républicains, réforme majeure portée par Obama, en pleine évolution et en attente d’une échéance majeure en 2017 devrait occuper une place centrale dans le débat. les deux candidats principaux  ne parlent que peu de l’avenir de l’Obamacare qui par contre fait l’objet de nombreux articles dans la presse progressiste de Mother Jones à Salon en passant par The Vox. Dans une situation normale les Républicains auraient du hurler contre le système ingérable, inquisiteur et dictatorial mis en place par les Démocrates et le plus honni d’entre eux, Barack Obama avec la complicté de la famille Clinton.

La réforme du système de protection sociale aux États-Unis d’Amérique restera sans doute comme la signature législative des deux mandats de Barack Obama. La faire aboutir a demandé beaucoup de travail et ausi de concessions. Le travail dans l’ombre de Joe Biden comme dans beaucoup de dossiers a été important. On peut remarquer en passant, histoire d’être un peu langue de vipère, l’obstruction assez hypocrite de Joe Liebermann, Démocrate de droite -il était le colistier d’Al Gore en 2000- devenu Indépendant par la suite qui a conduit à restreindre la portée de la loi. Évidemment l’opposition tous azimuts des Républicains à toute extension de la protection sociale plus ou moins financée par l’état surtout fédéral a joué le premier rôle.

Un petit résumé de la situation est nécessaire pour tout comprendre. Comme d’habitude il faut comprendre la différence avec notre manière d’aborder ces questions. En plus des différences d’approche quelques données objectives sont à considérer : la taille du pays (plus de 300 millions d’assurés potentiels) et la structure à deux étages, fédéral et des états, de toutes les législations.

La question de l’assurance santé alimente le débat politique de manière récurrente. Elle figurait au programme de Bill Clinton dès sa première élection. Hillary Clinton, sans avoir de position officielle au gouvernement, a mené la tentative d’instauration d’un système d’assurance santé pour tous, le  « Health Security Act » appelé parfois « Hillarycare » dont la principale mesure consistait en une obligation aux employeurs de fournir une protection santé à leurs employés. Elle n’y est pas parvenu. Elle a aussi participé à la mise en place du sytème de protection santé pour les enfants qui fournit des fonds fédéraux aux états pour aider les enfants (Chidren Health Insurance Program : CHIP) dont les familles ont des revenus trop faibles pour trouver une assurance sur le marché mais trop élevés pour être admis dans un autre programme public (Medicaid).

Les principales sources de données :

La situation avant l’Obamacare

Sans entrer dans le détail des différentes organisations locales et des programmes fédéraux spécifiques existaient dans les états plusieurs grands types d’assurance santé.

  • Medicare : un programme fédéral pour les  plus de 65 ans sans couverture personnelle achetée su rle marché.
  • Medicaid : un programme à financement fédéral pour les personnes ou familles aux revenus inférieurs à 133% du seuil de pauvreté (29000$ annuels pour une personne seule, 60000$ annuels pour une famille de quatre).
  • Les plans d’assurance santé fournis par les employeurs qui les achètent à des fournisseurs spécialisés, similaires aux assureurs qui fournissent en France ces complémentaires en général abusivement appelées « mutuelles » alors que ce ne sont que des assurances commerciales.
  • Les plans d’assurance santé achetés individuellement par les individus aux mêmes fournisseurs.
  • Pour mémoire car cela concerne une faction non négligeable de la population (4% environ) existent aussi les assurances santé des militaires, actifs, retraités et vétérans, qui ne sont pas toujours prises en compte dans les statistiques globales sur le sujet.

Le marché des assurances santé est à l’époque très peu régulé, ni le marché des fournitures de soins (médecins, hôpitaux, infirmiers,etc…), ni le marché des médicaments.

En 2013 13,3 % de la population était sans couverture santé, soit environ 41,8 millions de personnes, plus de la moitié de la population française. Parmi les personnes assurées une proportion non connue ne l’était que de manière partielle et insuffisante par rapport à leurs besoins. Une zone grise dans les statistiques concerne les immigrants sans papiers qui en général travaillent et participent de manière importante à la vie économique du pays. Il est possible que leur nombre dépasse les 10 millions mais le chiffrage exact est impossible.

A cette époque 55,7 % étaient assurés par l’intermédiaire de leur employeur. 11,4 % étaient assurés à titre individuel. 17,5 % étaient assurés au titre de Medicaid. 15,6 étaient assurés au titre de Medicare.

Un processus d’adoption long et conflictuel.

La victoire de Barack Obama en 2008, avec une majorité parlementaire dans les deux chambres du Congrès, laissait présager une  adoption assez facile et rapide de la réforme. La victoire des Républicains, dominés par la fraction la plus à droite, les « Tea Party »,  à la Chambre des Représentants en 2010 a inauguré une bataille législative et juridique de longue durée. Les élections de 2012 et 2014 qui ont vu deux renforcements de la majorité de droite à la Chambre et au Sénat ont eu pour résultats 55 votes autour de cette loi. Le nombre témoigne de l’acharnement des Républicains contre l’idée même de couverture santé pour tous. Cette bataille a connu un épilogue provisoire avec la décision de la Cour Suprême du 28 Juin 2012, à la majorité de 5 contre 4, qui a permis de démarrer la mise en place de la loi à partir de 2013.Au passage voilà qui souligne l’importance de la Cour Suprême. Parmi les concessions faites par Barack Obama se trouve l’abandon d’un système dit de « public option », une assurance entièrement gérée par l’état qui serait venu en complément des assurances privées. On se souvient que lors du démarrage du système les opérations informatiques d’inscription ont été perturbées par un système défaillant, sous dimensionné et sans doute mal conçu.

En 2015 la population non assurée est tombée à 28,6 millions (9,1 % du total).

Le contenu de la réforme.

Les compromis nécessaires pour faire passer dans les faits une assurance santé potentiellement ouverte à tous et la nécessité de composer avec les programmes existant ont produit un système assez complexe. Il repose sur trois principes :

  • une obligation pour les individus de s’assurer,
  • des subventions, fédérales ou d’état, pour compléter le paiement des  primes pour les plus démunis,
  • des exigences de couverture minimales et cohérentes entre les régions,
  • Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs d’assurance santé sous forme de plans individuels ou collectifs pour les entreprises.

Les mécanismes mis en œuvre.

  • L’extension de Medicaid pour les revenus les plus bas.
  • L’obligation légale pour tous d’être assurés, soit à titre individuels, soit par l’intermédiaire de son employeur; Cette disposition est un élément majeur destiné à assurer la viabilité du système par la présence d’une diversité d’assurés aux états  de santé divers et donc plus ou moins coûteux pour les assureurs. Cette diversité devait permettre la mutualisation des coûts indispensable. Le défaut de couverture est soumis à des pénalités dont le montant doit dissuader.
  • L’obligation pour les assureurs de couvrir les personnes qui le demandent sans discrimination liées à l’état de santé ou au niveau de revenu.
  • La mise en place de sortes de bourse des contrats d’assurance santé dans chaque conté, une division territoriale proche de nos départements et structurées état par état. Sur ces marchés, nommés « exchanges » les personnes du conté peuvent comparer les offres des assureurs privés, le montant des primes et l’étendue des couvertures pour choisir celui qui leur convient.  Ces bourses sont l’élément crucial du dispositif qui doit permettre d’assurer la mise en cocurrence  des offres.

Pour les personnes les choix disponibles sont donc :

  • Entrer dans un système public (Medicare, Medicaid étendu par Obamacare) si elles sont éligibles.
  • Souscrire une assurance sur marché hors ACA.
  • Souscrire une assurance dans la bourse de son état avec le secours des éventuelles subventions si éligibles.
  • Avoir une assurance « Obamacare » par l’intermédiaire de son employeur.
  • Avoir une assurance non Obamacare par l’intermédiaire de son employeur

La mise en place du système repose sur plusieurs paris. La pérennité du système à terme doit venir du nombre suffisant de soucripteurs et d’un équilibre entre souscripteurs en bonne santé et souscripteurs plus coûteux qui permette la mutualisation. Les assureurs privés sont les seuls fournisseurs retenus au final bien qu’une option d’assurance publique ait fait partie du projet original. L’extension de marché apportée aux assureurs par le nouveau système est supposé représenter un attrait suffisant.

Le démarrage du système pressentait une difficulté particulière. Il ne pouvait fonctionner correctement qu’une fois arrivé à l’équilibre après avoir « amorcé la pompe ». Plusieurs dispositions conçues pour équilibrer les risques et faciliter le décollage ont donc été ajoutées.

  • Un mécanisme permanent d’ajustement des risques pour les plans individuels et de petits groupes,
  • Un mécanisme de réassurance par lequel les plans cotisent à un fonds de réassurance pour pallier les défaillances, ce mécanisme doit prendre fin en 2017,
  • Un mécanisme dit de « couloirs de risques » (« risk corridors« ) administré par l’administration fédérale pour mutualiser les risques et maintenir la concurrence entre les offres, ce mécanisme prend également fin en 2017.

La loi comprenait également de nombreuses expérimentation éventuellement locales, prenait en compte des spécificités des états et était en partie soumise à leur validation. Le résultat, on s’en doute, est un système d’une remarquable complexité.

Que se passe-t-il actuellement ?

Les résultats sur la santé des nouveaux bénéficiaires sont positifs comme le montre plusieurs études. Celle-ci compare les impacts de l’extension de Medicaid par l’Obamacare dans des états (Kentucky et Arkansas) qui l’ont mis en pratique et un qui ne l’a pas fait (Texas). Barack Obama a signé un article bilan, évidemment positif dans le « Journal of American Medecine Association ». Ici un article du syndicat des employés des Services par un intervenant de l’Ohio.

En plus de la venue à échéance des deux derniers mécanismes d’amortissement des risques (réassurance et couloirs de risques) le succès du système n’a été que relatif et l’équilibre des recrutements d’assurés insuffisant pour assurer une rentabilité correcte du point de vue des assureurs. Dans le détail les situations sont très contrastées entre les états. Par exemple le « District de Columbia » -le pseudo-état de la capitale- possède une place de marché très bien gérée qui fonctionne très bien. Plusieurs assureurs nationaux ont décidés au cours de derniers mois de se retirer des bourses locales, laissant de nombreux contés avec un choix limité, voire sans choix (une seule offre) et exceptionnellement sans offre du tout. La raison invoquée par les assureurs est invariablement le manque de profit et même les pertes qu’ils rencontrent sur ces places de marché. Le dernier cas, celui de la société Aetna un des plus grands assureurs du pays, s’est révélé rapidement sous-tendu par des arrière-pensées. La compagnie a voulu se servir de son retrait annoncé dans la majorité des états où elle participe au programme comme moyen de pression sur le gouvernement Obama pour faire approuver sa fusion avec un autre groupe. L’administration a eu le bon sens et le courage de ne pas céder.

En général les plus petites sociétés d’assurances, ayant la pratiques des marchés de proximité, ont assez bien réussi à tirer leur épingle du jeu mais la situation d’ensemble est effectivement critique. Le recrutement des assurés jeunes, en bonne santé, a été insuffisant. Avec la fin des arrangements provisoires il est prévu que les primes des assurés doivent augmenter l’année prochaine dans de grandes proportions (plus de 10% et peut-être jusqu’à 70%). Le système, qui est assez mal jugé dans les sondages, ne survivra pas en l’état sans intervention ponctuelle ou modification structurelle.

Quelles propositions ?

 Les Républicains.

Depuis le début comme l’illustre la guérilla qu’ils ont menée les Républicains promettent d’abolir et remplacer l’Obamacare. Remplacer par quoi? Et en 2015 les opinions même chez les électeurs Républicains étaient partagés sur l’abolition de l’Obamacare.

Donald Trump fidèle à son habitude de qualifier à grands coups d’adjectifs à seulement dit qu’il remplacerait par quelque chose de « terrific » sans préciser le contenu de sa réforme. Quelques idées de détail ont émises par Trump méritent un examen plus attentif. Il projetterait de nationaliser les places de marché aujourd’hui organisées par contés et gérés par états. Cette idée est en contradiction avec le programme du parti qui prévoit la disparition des « exchanges » et difficile à mettre en œuvre de manière coordonnée du fait des différentes conditions mais elle permettrait une meilleure concurrence. Une autre idée à creuser concerne l’achat de médicaments sur les marchés internationaux (Canada par exmple) qui permettrait de faire baisser certains prix.

Au fil du temps des opinions diverses se sont exprimées dans le parti Républicain. Le parti, sous l’impulsion de Paul Ryan, a fini par faire connaître ses propositions en juin 2016 après de longues hésitations dues à des points de vue  de principe divergents et à la difficulté de revenir en arrière sur un programme difficile à simplement mettre à la poubelle . L’approbation du caucus républicain de la Chambre des Représentants n’est d’ailleurs pas garantie. Le plan consiste à annuler les obligations de souscription et les  subventions au profit d’un crédit d’impôt, à supprimer les bourses gérées par les états. Les personnes devraient donc souscrire sur le marché ouvert des assurances santé. Medicare et Medicaid seraient chamboulés pour être remplacés par une allocation à la personne limitée en montant et partiellement privatisés. Les aspects les plus populaires de l’Obamacare seraient conservés, maintien des enfants sur les assurances des parents par exemple. Une somme globale, 25 milliards de dollars, serait allouée pour 10 ans à l’assurance santé dans le budget fédéral. Paul Ryan, connu comme catholique « social », a bâti son image sur sa sensibilité à ce genre de thème. Cela ne le rend pas forcément très populaire dans la droite évangéliste qui a vite fait de suspecter les catholiques (historiquement de la Nouvelle Angleterre) de penchants « libéraux ».

Les Démocrates.

L’approche d’Hillary Clinton a été depuis le début de la campagne de construire sur l’Obamacare par des modifications partielles (« incremental moves ») pour aller progressivement vers une couverture universelle posée comme un horizon. L’horizon est comme chacun sait une ligne imaginaire que l’on n’atteint jamais. Elle n’avait jamais présenté un véritable plan d’ensemble cohérent et sans Bernie Sanders pour pousser le sujet lors des élections primaires elle ne se serait sans doute que très peu exprimé sur le sujet. L’importance du débat l’a contrainte à publier une série de propositions en Juillet 2016. Les mots clés du document sont universels, qualité, abordable. Les propositions portent sur :

  • L’extension de Medicaid dans les 19 états qui ne l’ont pas fait. Trois millions de personnes sont concernées. La proposition est typique du « centrisme » clintonien car il implique de travailler avec les gouverneurs (Républicains) des états en question.
  • Contrôler les coûts des actes, des médicaments, des assurances santé par des actions réglementaires de limitation des prix et de mises en concurrence.
  • Créer un service public (la fameuse « public option ») pour les personnes à partir de 55 ans en extension de Medicare mais sans supprimer ce dernier.
  • Tripler les fonds des centres de santé fédéraux (FQHC= »Federally Qualified Health Centers »). Ce programme désigne d’abord une ligne de financement du ministère de la santé qui est utilisée pour alimenter les centres de santé de plusieurs programmes. Cette disposition est une des plus intéressantes car les centres sont gérés par les organisations locales et apportent une concurrence bienvenue dans l’ensemble.

Bernie Sanders avait proposé dans sa campagne des primaires un système sous le terme de « single payer ». L’expression est souvent mal comprise et certains ironisent qu’il s’agit de promettre aux gens une assurance qui ne leur coûte rien et qui serait payée par d’autres. La proposition de Sanders, financée par une imposition spécifique, était intrinsèquement cohérente. Il ne fait aucun doute qu’elle était politiquement intenable car elle signifie la nationalisation de fait d’une partie de l’industrie de l’assurance. Elle était également impraticable immédiatement car il est impossible de réformer brutalement un système de cette complexité sur toute l’étendue territoriale du pays. La campagne Sanders a eu l’effet indéniablement bénéfique de relancer le débat et pousser la réflexion du pays plus loin qu’on ne l’aurait cru possible. Au point que même une partie des électeurs Républicains n’est plus hostile à une « option publique » partielle. Une proposition de système étatisé sera même proposé au vote de l’état du Colorado lors du scrutin du 8 Novembre. Cette initiative a provoqué une bataille au sein même su parti Démocrate dont le gouverneur de l’état et un sénateur ont reçu des contributions en argent des grands assureurs. L’initiative a été mené par des organisations locales qui ont rassemblé les signatures nécessaires pour inscrire le projet au vote.

Et maintenant.

 La complexité du système actuel et sa crise latente implique qu’il soit réformé et simplifié de fond en comble. Sans réforme à court terme la crise peut être évitée à court terme. Les avis divergent sur l’importance des hausses de prime à venir immédiatement. Il n’y a aucun doute cependant qu’il s’agit d’une bombe à retardement qui ne manquera pas d’éclater si la question n’est pas traitée. J’ai évoqué il y a quelques mois l’urgence et la taille du problème des infrastructures matérielles, routes, ponts, aéroports, eau, … du pays. Cette question n’est pas fondamentalement différente. Il s’agit d’une infrastructure non-matérielle qui porte sur l’organisation des relations sociales.

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