DOMINIC77

Un peu de tout

Author: dominic77 (page 2 of 9)

Grèce, Royaume Uni, les référendums miroirs

Dans les deux cas l’attente du politicien initiateur de l’opération est déçue par le peuple qui vote de manière significative. Les résultats politiques sont d’autant plus frappants que celui qui a menti sur l’issue souhaitée du vote est resté au gouvernement et que celui qui voulait gagner le vote doit partir dans la confusion et le ridicule.

Le pays qui n’aurait jamais du entrer dans l’Union y reste et celui qui serait justifié  pour y jouer un rôle stabilisateur s’il avait la volonté de jouer le jeu va en sortir. Les déséquilibres économiques structurels sortent accrus du cycle. Les mouvements provoqués sur les marchés britanniques relèvent de l’irrationalité financière habituelle et non des conséquences mécaniques du Brexit qui n’a pour l’instant donné lieu à aucune action réelle. Voilà qui ajoute à la sombre ironie de la situation. Les apprentis sorciers néo-libéraux se brulent à leur propre feu, déclenchent une prévisible panique financière et vont se voir contraints de renoncer à leur sacro-sainte austérité pour relancer une machine qu’ils ont fait caler. Georges Osborne contraint d’appeler Keynes à la rescousse. Humour britannique ?

Les dégâts politiques ne sont pas en reste.  Des deux côtés, grec et britannique, les défaites morales s’accumulent. Le principe démocratique bafoué par les calculs de dirigeants politiques cyniques en prend un coup. Ils utilisent l’arme d’une consultation montée en épingle comme le summum de la démocratie. Résultat : le referendum devient, ce qu’il a plus ou moins toujours été, une arme de destruction massive de la démocratie, la porte ouverte aux déferlements de sentiments simplistes et inavouables.  La confusion s’installe autour de l’idée européenne confondue chez beaucoup avec l’image de l’Union Européenne. Au nom de la défense de la solidarité on mobilise les énergies pour la défense du status quo pourtant mortifère. Par exemple la campagne « Another Europe is Possible » porte quasi malgré elle comme sous-texte « Cette Union est démocratisable » ce qui est profondément trompeur. Il faut le répéter autant que nécessaire. La clé de voute de l’Union Européenne est l’Euro qui verrouille les états dans leur impuissance économique, les contraint à emprunter au prix fort sur les marchés financiers par ailleurs maîtres du reste du jeu économique. Les seuls espaces démocratiques existant, les états-nations, se trouvent réduits à la sujétion, soumis à des organes exécutifs sans contrôle et  même non-statutaires comme l’Eurogroupe.

A près d’un an et 2400 kilomètres de distance les deux referendums se font écho pour ébranler la démocratie et l’idée même de la solidarité entre les peuples d’Europe déjà travestie par une caste politique devenue autiste dans sa tour d’ivoire bruxelloise. Combien de temps pourrons-nous continuer à vivre sur ces mensonges ?

 

Bong sang, c’est un problème anglais.

La dernière livraison du livre « Blimey, it could be Brexit » qu’Anthony Barnett (désolé l’article Wikipedia n’existe par en français) écrit au fil des semaines avant le referendum anglais vient juste à temps au sujet central pour lui. Il a consacré une bonne partie des efforts de sa vie à combattre pour une constitution formelle, totalement écrite et démocratique du Royaume-Uni. Le débat politique des dernières décennies tel qu’il culmine de manière totalement biaisée dans le referendum actuelle a mis en évidence un déficit démocratique majeur. L’Ecosse est dotée d’un parlement et d’un gouvernement dont les pouvoirs devraient être éendus à la suite des promesses faites par tous les partis politiques britanniques poussés par la peur de la possible décision de 2014 de l’indépendance écossaise. Le pays de Galles possède les mêmes institutions en mode mineur ainsi que l’Irlande du Nord. A Westminster siège une sorte de Westmonster qui est le parlement du Royaume-Uni. Le peuple anglais se trouve donc être le seul sans représentation parmentaire. Pour Anthony le principal malaise et l’explication partielle de la colère incarnée par UKIP prennent leurs sources dans ce deficit. Son analyse et sa revue de l’histoire britannique et anglaise est diablement intéressante, particulièrement pour nous français dot l’histoire parallèle et souvent rivale a vu des affrontements nombreux entre nos nations.

J’ai exprimé sur openDemocracy mes désaccords avec Anthony sur quelques points qui relèvent de la tactique (je pense que le Brexit aurait pu être le stimulus déclencheur de la nécessaire destruction de l’Union Européenne). Aujoud’hui le Brexit improbable tout au long de la campagne est devenu  impossible depuis l’assassinat de Jo Cox. Le Bremain a, à son corps défendant, acheté la victoire au prix fort.

Lire « Blimey, it could be Brexit » reste une lecture essentielle à tout amoureux de la démocratie en Europe.

Bonne semaine

Dominique

Bernie entre irresponsable et vendu ?

Avant-hier Je m’ apprêtais à me livrer à un de mes exercices favoris , me mettre mas amis (politiques) à dos, jouer le provocateur réac, le donneur de leçons, bref j’allais dire du mal de Bernie Sanders.

Evidemment avec un peu de second degré il s’agissait de relever dans la phase qui se termine les raisons d’un peu d’optimisme

Donc j’allais dire, alerté par les inquiétudes exprimés par Bob Cesca dans un article de Salon , qu’il fallait se méfier de l’amertume de Bernie, de sa capacité à jouer la vendetta politique voire de son ambition évoquée ici.  L’inquiétude de voir gaspillés  les efforts de milliers, (millions?) de personnes dans la campagne des primaires, l’inquiétude de voir des espérances qui n’auraient vécu qu’un printemps. Et je me suis laissé dépassé par les événements et la vivacité des acteurs politiques.

La chronologie.

L’accélération nécessite de rappeler la chronologie des derniers jours.

  • Dès Lundi Associated Press publie le résultat d’un comptage minutieux des délégués élus et conclut que Clinton a déjà engrangé la majorité nécessaire garantir sa nomination.
  •  Les primaires de Mardi se déroulent donc dans cette ambiance particulière où les résultats sont pour certains déjà acquis. Ce qui ne manquera pas les jours suivant de soulever la discussion sur la démotivation des électeurs de Bernie Sanders découragés de se déplacer pour une cause déjà perdue. En effet, surtout en Californie où a porté le plus gros de l’effort de la campagne les résultats sont décevants pour lui.
  • Dès le lendemain les médias font le plus grand bruit de la victoire de Clinton sans prêter trop d’attention au discours de Bernie Sanders à Santa Monica le soir  même qui annonce tout ce qui va suivre, à savoir continuer la lutte des idées mais rester dans la ligne déjà affirmée de battre Trump. Dès ce moment les rumeurs un peu folles qui courraient  comme de rejoindre la candidature de Jill Stein tombent une fois pour toutes.
  • On annonce que Sanders va rencontrer Obama à la Maison Blanche. Ceci confirme que l’unité du camp Démocrate est en route et que l’annonce du soutien de Clinton par Obama va suivre. On le disait impatient d’entrer dans la danse.
  • La chorégraphie, probablement pilotée depuis la Maison Blanche se déroule sans accroc et même s’accélère. Obama rend l’hommage de circonstance à Sanders. Celui-ci annonce son intention de rencontrer Clinton prochainement afin de préparer au mieux la campagne pour battre Trump. Sans rien dire de formel il réaffirme son intention de continuer jusqu’à l’ultime primaire du 14 Juin dans le District de Columbia qui compte pour très peu dans le décompte des délégués. Il est clair qu’il s’agit de gérer la transition de la campagne militante des primaires à la campagne politique de la Convention avant de revenir sur le terrain pour la campagne des élections générales.
  • Dans la foulée Obama annonce son soutien à Clinton et le confirme par une prestation télévisée dans laquelle on aimerait imaginer nos présidents.
  • Le lendemain arrive l’annonce du soutien de Clinton par Elizabeth Warren, étape importante représentative des efforts de séduction  envers « l’armée de Bernie » et la gauche Démocrate en général. Sans qu’elle prenne l’initiatitive Warren est interrogée sur la possibilité qu’elle accepte la candidature à la vice-présidence et se dit disponible.
  • Le lendemain, Vendredi, Clinton poursuit sur un terrain favorable en même temps que très tactique vu la misogynie de Trump. Elle se rend à l’assemblée de Planned Parenthood (Planning Familial) où elle consolide son image féministe. Planned Parenthood s’était prononcé pour Clinton dès le mois de Janvier.

Les Démocrates.

La séquence Démocrate a donc été rondement menée. Cela ne signifie pas que tout va bien car l’équilibre entre les progressistes autour de Bernie Sanders et Elizabeth Warren d’une part et le camp conservateur-centriste ami de Wall Street autour des Clinton d’autre part n’est pas établi . Les risques commencent la semaine qui vient avec les discussions de la commission de préparation du programme. Un sujet, mineur dans le débat national, mais très différenciant mérite  attention : les relations avec Israël.   Hillary Clinton est sioniste jusqu’à provoquer l’écœurement alors que certains participants désignés par Sanders sont connus pour des positions inverses.

Je préférerais voir Warren rester hors de la Maison Blanche et aiguillonner le pouvoir de l’extérieur. Sa présence sur le « ticket » avec Hillary ressemble un peu à une neutralisation. Elle apportera son dynamisme à la campagne mais que fera–t-elle ensuite dans l’ombre présidentielle ? Sans compter l’enjeu de la majorité au Sénat. Quittant son siège celui-ci sera pourvu par le gouverneur Républicain du Massachusetts.

Bernie Sanders n’a sans doute pas abandonné complètement l’idée d’une inculpation de Clinton en cours de route. La situation serait inédite, pas vraiment prévue dans les textes  et difficilement prévisible. Une décision rapide serait nécessaire et un candidat de rechange, Sanders ou Warren, indispensable. Si l’inculpation directe pour l’affaire des e-mails semble peu probable, une autre affaire dérivée vient de surgir. ABC News a sorti le piston de Clinton pour placer dans un organe de conseil stratégique (« International Security Advisory Board ») auprès du gouvernement un de ses généreux donneurs pas spécialement compétent. Clinton ne risque guère d’inculpation mais une dégradation de son image qui serait mal venue.

Côté Républicain.

Du côté Républicain la cacophonie continue. le Drumpf  a fait une pause. On l’a vu tenir deux interventions publiques  avec un prompteur pour lire des propos un peu plus « présidentiels ». Cela n’a pas duré. Les gants de boxe sont ressortis. L’entrée en lice d’Elizabeth Warren qui lui mène une guerre permanent sur Twitter n’a pu que renforcer son envie de replonger.

Il se confirme que la campagne de Donald Trump n’a ni queue ni tête. Il est très en retard dans sa collecte de fonds et a beaucoup changé d’avis sur le sujet. Affirmant d’abord pouvoir réunir 1 milliard de dollars il a ensuite affirmé ne pas en avoir besoin vu sa facilité à obtenir des passages télévisés gratuits. Il manque là  complètement de vision stratégique car tous les passage à l’écran ne se valent pas et il est nécessaire d’en avoir la maîtrise.

Il affirme viser en particuliers des états qui semblent à peu près inaccessibles.

La Californie, terre Démocrate où les hispaniques votent en nombre  attire car elle apporte un grands nombre de grands électeurs mais semble un pari des plus improbables et des plus coûteux en publicité et en campagne de terrain. New-York a beau être l’état de Trump il ne se présente pas mieux. Il vise aussi le New-Jersey et le Maryland, bien accrochés à l’autre camp.

La campagne ne se structure pas. Trump lui-même affirme préférer la souplesse d’une petite équipe. Sa manie de tout contrôler a déjà provoqué des changements dans son équipe et ne facilite pas la construction d’un ensemble efficace.

Mitt Romney qui reste un des hiérarques Républicain les plus visibles, a annoncé examiner la candidature du Gary Johnson du Parti Libertarien et ne pas exclure voter pour lui.  La campagne des Libertariens a le vent en poupe. L’instabilité persistante du camp Républicain pourrait être le meilleur allié des Démocrates.

Et Bernie dans tout cela.

Les craintes qu’exprimaient les commentateurs de gauche la semaine dernière d’un éclatement de la campagne Sanders ou son départ vers l’ aventure suicidaire d’une candidature indépendante se sont dissipées mais des questions demeurent. La bataille continue au sein du Parti Démocrate avec la préparation de la Convention et de la plate-forme mais aussi à côté. Que fera Clinton d’une plate-forme de campagne tirée vars la gauche ? Peu importe l’important se passera ensuite.

Les réunions organisées autour et indépendamment de la Convention par les groupes qui soutenaient Bernie Sanders prennent maintenant leur sens d’étapes de suite de la construction d’un mouvement durable. On n’est pas toujours à l’abri d’une bonne nouvelle. Et pour répondre à la question du titre Bernie a évité l’irresponsabilité, il ne s’est pas (encore ?) vendu à l’appareil Démocrate et il a suffisamment gagné pour concrétiser une campagne historique. Peut-être pourrions nous y penser ?

Elections US, passons aux choses sérieuses

J’ai choisi ce titre un peu provocateur pour signifier que le temps de formuler des appréciations morales des candidats confortablement installé, derrière son écran est terminé et qu’il faut maintenant se confronter aux questions politiques concrètes.

Les primaires sont (presque, il reste le Dictrict of Columbia, la capitale qui ne changera rien et a un statut spécial) terminées. On va pouvoir passer aux questions politiques et à la construction politique de l’avenir.

Les partisans de Bernie Sanders vivront les résultats de la primaire Démocrate de Californie  comme une déception à rebours des derniers sondages qui voyaient les intentions de votes pour Clinton rester stables quand celles pour Sanders montaient et laissaient espérer une victoire. Les derniers sondages  s’équilibraient à 48% pour Clinton contre 46% pour Sanders. Les résultats définitifs seront plus près de 56% contre 43%, sans appel. L’analyse détaillée sera intéressante pour comprendre la dynamique politique des derniers jours. La comparaison des participations avec les primaires de Californie en 2008 et en 2012 mérite un coup d’œil.

Démocrates         Républicains

2008   5.066.992               2.932.812

2012   2.076.309              1.924.9670

2016   3.258.027              1.700.000

La chute de la participation entre 2008 et 2012 peut-être causée par la différence des enjeux (première candidature Obama) et le changemetn de date. La primaire de Californie se tenait en Février. Par contre la participation Républicaine chute entre 2012 et 2016 sans que l’on puisse dire si cela est du au fait que les jeux sont faits (Trump a gagné) ou que le trouble gagne l’électorat. J’espère que des analyses fines seront publiées, en particulier par catégories ethniques pour mesurer l’impact des événements récents. La mobilisation relative des électeurs Démocrate est importante mais il faut noter la majorité massive (75%) de Trump dans les votes Républicains.

La candidate Démocrate.

On savait déjà que la candidate démocrate serait Hillary Clinton et sauf à jouer explicitement la politique du pire et à faire fi des souffrances que la politique des Républicains fait endurer à la majorité de la population il n’existe pas le moins mauvaise possibilité. Une victoire de Bernie Sanders à l’élection générale relève de l’illusion.

Il ne pouvait pas gagner malgré l’image trompeuse que répandaient les sondages des dernières semaines. Peu exposé dans la campagne des primaires il se serait trouvé dans la campagne, au plus tard après la Convention à un tir de propagande d’une intensité jamais vue prenant comme cible son « socialisme » revendiqué. On aurait vu défiler les photos de sa lune de mien en Union Soviétique quelques mois avant la chute du mur de Berlin. Ses propositions de politique sociale et leurs conséquences fiscales auraient occupé le reste du débat. Aucune chance. D’autant qu’il est en concurrence directe avec Trump sur le cœur de l’électorat de celui-ci. Incidemment il aurait facilité le rassemblement du camp républicain contre lui mais ceci peut-être un bien au bout du compte.

Une fois élu un président Sanders aurait été pieds et poings liés dans la Maison Blanche. Un Congrès hostile qui a rodé contre Barack Obama toutes les armes de l’obstruction parlementaire aurait mené une bataille de tous les instants. Au mieux il aurait si les Démocrates reprennent le Sénat en Novembre réussit à nommer un neuvième juge progressiste à la Cour Suprême, ce qui n’est pas négligeable. Les deux premières années du mandat passées à piétiner les élections de 2018 se présentaient mal et les choses empiraient. Le plus grand trésor de cette campagne historique, « l’armée de Bernie », le mouvement que personne n’attendait, sombrait dans la désespérance et les querelles internes.

Reste à faire au mieux avec Hillary Clinton. Rien n’est gagné d’avance mais « l’armée de Bernie » reste mobilisable, sa jeunesse en fait un outil dynamique et de long terme.

Drumpf.

Les  attaques racistes des derniers jours  contre le juge Gonzalo Curiel, en charge de l’affaire de la « Trump University » par Donald Trump commencent à produire des résultats mais ne provoquent pas de défections massives. Quelques caciques Républicains ont manifesté leur désaccord sans renier leur soutien. Par exemple Paul Ryan, obligé d’aller à Canossa la semaine dernière et de se soumettre a du opérer une jolie contorsion  et admettre que si les propos de son candidat correspondent à la pure définition du mot « racisme » ils ne justifient pas de lui retirer son soutien. Le plus spectaculaire est venu de Californie. La loi y définit une primaire non-partisane  pour l’élection au Sénat qui correspond à nos premiers tours; Elles sert à sélectionner les deux candidats qui concourreront en Novembre. Résultat les deux candidates Démocrates dont Kamala Harris soutenue par Bernie Sanders sont arrivées en tête et ont donc éliminés les Républicains de la compétition. Cela ne change pas l’équilibre car le siège à renouveler est détenue par la Démocrate Barbara Boxer. Cela peut changer la tonalité politique car Kamala Harris qui réussit le tour de force d’appartenir à deux minorités, mère indienne et père jamaïcain, est la représentante typique de la nouvelle gauche Déémocrate alors que Barbara Boxer représente bien l’appareil du parti.

Après avoir insisté dans ses attaques racistes Trump a fini par sortir un discours quasiment politiquement correct hier. Pour la première fois on l’a vu réciter un texte lu sur un prompteur. Cela signifie-t-il qu’il a entendu raison et que les spin-doctors du Parti Républicain seront désormais derrière lui pour veiller à empêcher toute sortie de route ? On peu en douter mais surtout cela ne résout pas leur équation infernale : comment conserver le bénéfice de la colère canalisée et catalysée par Trump sans perdre ailleurs, chez les hispaniques, les femmes et la classe moyenne supérieure éduquée ? Autre signe que la campagne est politiquent reprise en main, Trump a annoncé pour lundi  (13 Juin) un discours important sur les Clinton. Il va « tout dire ».

La situation parait donc encore instable du côté Républicain. Une défection qui pourrait en annoncer d’autres sur le même modèle. Le sénateur Mark Kirk a retiré son soutien à Trump. L’explication se trouve dans le difficile réélection qu’il affronte dans l’Illinois. D’autre pourraient se trouver dans la même situation et préférer sauver leur peau que soutenir un candidat douteux, à la victoire incertaine et dévastatrice pour leur parti. Des seconds couteaux Républicains viennent de créer un groupe « Republicans for Hillary » mais ceci est classique dans ce genre d’élection. La prise de position de Newt Gingrich contre Trump est plus intrigante. Il passe pour très proche de Sheldon Adelson, quinzième fortune du pays au classement Forbes  et financier  habituel de la droite. Le financement de la campagne est maintenant une question d’actualité. Le ralliement de Paul Ryan avait semblé indiquer une possibilité de rapprochement des frères Koch avec le Parti Républicain. Les dérapages de Trump la fragilise. Deux ou trois milliardaires ne financent pas seuls ni même principalement une campagne mais leur participation fluidifie et encourage fortement le flux d’argent. Comme l’a indiqué John Oliver dans la fameuse émission  du 28 Février Trump ne finance pas vraiment sa campagne, il lui prête de l’argent en attendant de le récupérer à la fin.

Les candidats en lice.

Sous réserve de surprise, mise en accusation de Clinton pour l’affaire des e-mails (assez improbable), coup de Trafalgar chez les Républicains on connait les quatre candidats qui s’affronteront en Novembre.

  • Drumpf. On connait le candidat Républicain, imprévisible, ses propositions illusoires (construire le Mur et le faire payer au Mexique). Je reste sceptique sur sa capacité à mener une campagne d’élection après sa prestation aux primaires. Il devra partager la directtion des opérations avec l’appareil républicain et les sources de financement de sa campagne qu’il est incapable de payer lui-même évidemment. Au plus sa fortune se monte à moins de 4 milliards de dollars. Une campagne coûte tout compris pas loin de la moitié. Il n’est pas homme à dilapider ses biens dans une telle aventure. Il est d’ailleurs douteux que sa fortune soit assez liquide pour être mobilisée aussi rapidement. Il a mis le Parti Républicain et lui-même dans une tenaille politique ingérable dans un temps prolongé au-delà de l’enthousiasme spontané. Il devra choisir entre maintenir les outrances ou se rallier à des propositions conservatrices plus classiques. Dans tous les cas il perd une fraction de son électorat. Sans compter les désillusions s’il était élu mais ceci est une autre histoire de chaos assez peu sympathique à envisager.
  • Hillary Clinton. Elle est là. La presse, même de gauche  et favorable à Bernie Sanders célèbre le moment « historique » de l’accession d’une femme à la candidature. Il faudra plus que cela pour gagner de manière convaincante. Sans accorder plus d’importance que nécessaire aux sondages à cette distance de l’élection et avant toute campagne on peut noter que certains sont inquiétants. Par exemple celui-ci montre que dans la Floride, état charnière où la victoire serait bienvenue sinon nécessaire, Trump est passé en tête. On connait les positions de Clinton, éminemment désagréables sur biens des points comme le Moyen-Orient comme on le voit ici dans un débat avec Sanders commenté par Noam Chomsky. On connait aussi son passé, ses relations avec les grandes entreprises et la finance. Les épisodes montés en épingle par ses opposants, l’affaire des e-mails ou la Lybie relèvent de la politique politicienne et des erreurs ou maladresses de  comportement qui me dérangent moins. Sur les questions internationales elle peut être sensible à une forme de pression sans que l’on attende de modifications fondamentales. Sur les questions sociales elle sera plus ouverte et même plus. L’économie est également un sujet de préoccupation, d’autant qu’elle a annoncé avoir l’intention de faire jouer un rôle important à son mari. Ce dernier point relève plus de la propagande électorale que d’autre chose pour profiter du souvenir de la relative prospérité des années Clinton (Bill). Face à un Trump qui va mettre en avant le retour (illusoire) des emplois partis au Mexique après l’accord de libre-échange Nord-Américain dont Bill est si fier il n’est pas dit que cela soit très bien vu. La question du programme, celle de l’appareil du parti et celle de la vice-présidence laissent ouvert un terrain de négociation publiquement visible. Une partie du programme se discute déjà dans le comité désigné par les candidats et la direction du parti. La vice-présidence ne répond pas qu’à des besoins d’équilibre politique. La présidence Obama a démontré dans la pratique l’utilité d’un vice-président actif, dans l’ombre souvent, et en cohérence avec son patron. (La présidence Georges W. Bush a aussi démontré que le vrai patron n’est pas toujours celui qui est au premier plan). Le maintien en place de Debbie Wasserman Schultz sera un indicateur du point d’équilibre atteint. La patronne en titre du parti est symboliquement et pratiquement liée à l’industrie de la finance comme le prouve son activité parlementaire. La réalité des compromis est toujours une question de rapport de forces et de terrain.
  • Gary Johnson. Le candidat du parti libertarien est crédité pas les sondages de 10% environ des suffrages. Il peut assurer la défaite de Trump car c’est çà droite qu’il prendra l’essentiel de ses électeurs. Je considère depuis longtemps le Parti Libertarien  comme la forme la plus moderne de l’extrême droite et j’en ai peur mais Johnson est un type parfois quasiment drôle.
  • Jill Stein. La candidate du Parti Vert part avec un handicap. La faiblesse des ressources militantes et financière ne lui permettra pas de concourir dans tous les états (21 assurés à ce jour). La faiblesse politique des Verts, leur péché mortel aux yeux de la gauche est la responsabilité qu’on leur a conféré d’avoir causé la défaite d’Al Gore en 2000 du fait de la candidature de Ralph Nader. Jill Stein dont c’est la seconde candidature est crédité de plus de 2% des intentions de votes soit plus du double des scores de son prédécesseur malgré la concurrence effrénée de la campagne de Bernie Sanders qui a raflé les thèmes écologistes et sociaux  qui forment la base du programme « Green ». Avant la primaire de Californie le parti a annoncé avoir perdu au moins 30% de ses membres dans cette bagarre.

Et maintenant Bernie ?

Évidemment la question qui hante depuis quelques semaines toute la presse de gauche aux États-Unis d’Amérique et singulièrement depuis de matin est celle de la suite de la campagne de Bernie Sanders. Selon leur sensibilité, ou leur pusillanimité  les commentateurs oscillent depuis des jours entre « Bravo, va jusqu’au bout » et « Tu es fou, il est temps d’arrêter our ne pas tout gâcher ». A la réflexion et après avoir lu un peu tous les avis je pense que la marge de choix est étroite. Il faut prendre en compte les désillusions, les amertumes que peut laisser une campagne de près d’une année qui a mobilisé des millions de volontaires, fait surgir des forces insoupçonnées d’auto-organisation (la campagne a semble-t-il été assez peu directive et a laissé les organes locaux s’organiser et prendre des initiatives), prouvé la possibilité de financer une campagne efficace mêmes dans les conditions actuelles de pourrissement de la vie politique par l’argent.

Des tentations existent de fuite en avant plus ou moins romantiquement irresponsables : une candidature indépendante, rallier la candidature du Parti Vert et lui apporter une organisation militante qui lui manque. Sans doute tout cela doit-il beaucoup à des journalistes prêts à apporter à l’actualité  le concours de leur l’imagination. Ce serait ignorer que comme le dit cet article de « The Nation »  si Clinton a gagné la nomination Sanders a gagné le débat des idées. Dans un contexte que beaucoup voient comme le glissement global à gauche de la pensée d’un pays où « socialiste » n’est plus un insulte, où un système d’assurance maladie universelle fait partie du possible, où on peut annuler un projet d’oléoduc géant qui convoie du pétrole de schiste, où même la question du droit des armes redevient discutable il n’est plus certain que les élections se gagnent au centre. Cela n’empêche pas, au contraire, que le pays soit profondément divisé, qu’une population laborieuse blanche qui se sent abandonnée ne soit prête à presque tout.

Dans l’immédiat la question sur la table est double.

  1. Doit-on stopper Trump et mettre toutes les forces nécessaires en route pour cela ?
  2. Quelle est la meilleure voie pour améliorer la vie des gens dans le pays à terme ?

Les deux questions impliquent une même direction de réponse : travailler à la victoire de Clinton et des candidats Démocrates en Novembre. Le système électoral aussi tordu et dispersé dans les états qu’il soit offre la possibilité par les primaires locales, dont une bonne partie n’a pas encore eu lieu de présenter des candidats progressistes contre les candidats de l’appareil du parti; C’est ainsi que Sanders soutient officiellement Tim Canova contre Debbie Wasserman Schultz comme candidate à la Chambre des Représentants en Floride. Les réunions programmées par les partisans de Sanders corrélativement à la Convention Démocrate à Philadelphie en Juillet peuvent constituer le début de consolidation d’un mouvement qui n’a pas besoin de structures importantes. En fait ces structures existent déjà. La campagne de Bernie Sanders s’est appuyé sur elles à l’occasion.

Par exemple :

  • Occupy Democrat. Inspirés à la fois du mouvement Occupy et de la manièr edons le Tea Party a colonisé le Parti Républicain ce groupe cherche à faire élire le maximum de parlementaires Démocrates progressistes sans avoir recours au financement des lobbys et des grandes entreprises.
  • Brand New Congress. Un groupe tout récent de déçus du peu de résultats concrets de la présidence Obama qui veut permettre la mise n e place du programme de Bernie (« to enact Bernie’s program« ). avec l’objectif de renouveler tout le Congrès dès les élections de 2018 (ce qui est impossible au vu du calendrier électoral mais explicite une volonté). La focalisation sur les élections de mi-mandat de 2018 est importante. Elles sont toujours moins mobilisatrices et un peu négligées. Cette organisation basée sur les réseaux sociaux a les limites de ses moyens.
  • The Working Families Party Organisation à mi-chemin entre un parti politique et une organisation de masse elle est active sur la côte Est  principalement et en particulier dans l’état de New-York où elle a servi de relais à la campagne de primaire de Bernie Sanders. Elle est également présente en Oregon, état notoirement progressiste. Elle a été fondée en 1998 à New-York et entretient des liens avec le mouvement syndical et les organisations communautaires locales.
  • Peoples Summit est née d’une alliance récente entre le syndicat des infirmières, fidèle soutien précoce de Bernie et le groupe People for Bernie. qui est lui-même un rassemblement de groupes de soutien de la candidature. Peoples Summit tient un grand rassemblement, à la fois célébration et sorte de congrès fondateur si je comprends bien à Chicago du 17 au 19 Juin. Jetez donc un coup d’œil à l’ impressionnante liste des partenaires.

Le jeu semble donc clair : tenir les deux branches. Participer à la Convention Démocrate pour commencer à engranger les premiers bénéfices de l’extraordinaire travail accompli et lui donner des perspectives politiques électorales d’un côté. Mais ceci n’aura de sens et ne pourra porter des fruits et durer que si par ailleurs le travail sur le terrain continue de manière autonome.

Bon courage les gars et les filles.

De quoi Drumpf est-il le nom ?

Dans son intervention du 28 févier John Oliver, célèbre présentateur anglais de l’émission hebdomadaire « Last week tonight » sur HBO, a pour la première fois consacré une émission entière à Donald Trump alors qu’il s’était engagé à en parler le moins possible. Le danger se précisant il a changé de point de vue. Cela au moins m’a bien fait rire.

John Oliver rappelle que son prédécesseur a été moquée par Trump pour avoir changé son nom de Jonathan Leibowitz en Jon Stewart comme s’il avait honte de ses origines. On peut d’ailleurs se demander ce que laisse entendre cette supposition de relent antisémite. Par la suite Trump a évidemment nié publiquement avoir critiqué Jon Stewart. Le plus drôle vient en fin d’émission quand Oliver dévoile que le nom d’origine de la famille Trump est en fait Drumpf. Un des ancêtres a changé de nom avant l’arrivée du grand-père de Donald aux Etats-Unis d’Amérique. Oliver met en évidence combien cela change les choses. Trump se comporte essentiellement comme un bateleur, un comédien pour qui la vérité importe moins, en fait pas du tout, que l’affirmation spectaculaire. Le mot Trump, la sonorité même, sonne comme une liase de billets de 100 dollars qui gifle la joue d’un valet. Essayez donc avec un son comme « Drumpf ». Et il s’arrête pas là. Il annonce la création d’un site web,  http://www.donaldjdrumpf.com. Sur ce site vous pouvez acheter des casquettes siglées « Make Donald Drumpf again », vendues à prix coutant, ou télécharger un petit morceau de logiciel intéressant. Il s’agir d’un ajout que ceux qui utilisent le navigateur Chrome -dont je ne suis pas car je fais partie des idiots qui dans une illusoire tentative de dégoogueulisation se refusent autant que possible à utiliser les produits de Big Brother- peuvent installer. Ce « plugin » a pour fonction de transformer automatiquement toutes les instances du mot Trump en Drumpf dans les pages affichées.

John Oliver apporte au passage d’autres informations. Entre autres sur le financement de la campagne du Donald. Il prétend la financer directement. En fait il a prêté plus de 17 millions de dollars à sa campagne qu’il devrait se faire rembourse quand les financements venus des soutiens de la campagne du Parti républicain seront arrivés. Bien joué. La contribution directe de Donald Trump à la date de la diffusion était inférieure à 400.000 dollars. Voici une occasion de regarder de plus près la fortune de l’individu. Sa popularité repose en bonne partie sur son image d’homme d’affaire qui réussit tout ce qu’il entreprend. Remarquons aussi au passage que les projets de Trump dans des pays musulmans ou son partenariat avec le fils d’un oligarque azéri ont disparus de sa communication.

La publication, obligatoire pour un candidat, de sa situation de fortune.

La publication de ses avoirs.

Dès le début de la campagne Donald Trump a publié comme il est obligatoire un état de sa fortune. Le règlementation n’impose pas un détail absolu sur le toit si bien qu’il reste des zones d’ombre. S’agissant d’une pure déclaration sans contrôle systématique on peut s’interroger sur la consistance du contenu. Dans ce document Trump évalue ses avoirs à 8,7 milliards de dollars, dont, ne riez pas, 3 milliards pour son nom en tant que marque qu’il vend à des investisseurs pour par exemple construire un immeuble qui porte le nom de Trump. L’image de batisseur se révèle ainsi trompeuse car il s’agit en général de simples étiquetages. Bloomberg a analysé les biens de Trump avec les méthodes utilisées pour évaluer toutes les grandes fortunes. Le résultat est sans appel : 2,7 milliards de dollars. Bloomberg a même publié un article titré « Cher Monsieur Trump, moi aussi je vaux 10 milliards » qui démontre comment faire ce genre d’estimations fantaisistes. Le même auteur publie dans le New-York Times un résumé de l’évolution de la fortune officielle qui est assez troublant. Et il va même plus loin. Il enquête auprès de l’entourage de Trump, conclut que le « milliardaire » ne possède réellement pas plus de 250 millions. Trump l’attaque en justice et réclame, devinez combien ? 5 milliards de dollars. Que croyez-vous qu’il advint? Trump perd en première instance et en appel. Forbes de son côté calcule 4,5 milliards de dollars. Comme Trump l’a dit lors d’une interview cela change avec son humeur.

Cette publication montre un autre aspect inquiétant : les prêts accordés au candidat, au total 16. Son prêteur favori est sans conteste la Deutsche Bank. On dénombre quatre prêts pour un total d’au moins 295 millions de dollars. Le total n’est pas connu en raison de la faiblesse des obligations de déclaration. En quoi cela pose-t-il problème ?
La Deutsche Bank a plusieurs fois eu affaire avec les autorités de régulation de la transparence dans plusieurs pays et a été condamné a ds amends pour un total de 2,5 milliards de dollars. Pour un candidat qui pourrait devenir président voici un beau conflit d’intérêts. Si l’usage continu depuis des décennies que les président parquent dans une structure ad’hoc leurs avoirs durant leur mandat cela n’a rien d’obligatoire. Barack Obama ne l’a d’ailleurs pas fait étant donné le relativement faible niveau des avoirs de la famille et leur nature de placements sans histoire. La question du conflit d’intérêt prend toute son acuité si l’autorité suprême en charge de la mise en œuvre des politiques de régulation est lié à une partie en cause. Pour l’instant Donald Trump ne s’est pas exprimé sur la question.

Ajoutons les poursuites en cours autour de la « Trump University« , une entreprise qui promettait de faire de vous un super-crack de l’immobilier, contre plusieurs dizaines de milliers de dollars quand même. Ces poursuites prennent actuellement deux directions inquiétantes pour Trump mais aussi pour le Parti Républicain.
D’abord à son habitude le Donald n’a pas fait dans la dentelle et a accusé le juge en charge du dossier de partialité car il est d’ascendance mexicaine. Les parents du juge étaient immigrés. Le juge Curiel lui est un citoyen né dans l’Indiana dont une bonne partie de la carrière a consisté à se battre contre les cartels de la drogue. Alors que Trump et les Républicains rament comme des fous pour ne pas perdre trop de plumes dans l’électorat hispanique voilà qui tombe mal.
D’autre part certaines des poursuites ont été abandonnées après des dons aux campagnes électorales des procureurs ou juges concernés. Et là ressort le spectre de la corruption.

On peut rêver : et si Drumpf se détruisait lui-même ?

Vous voulez rire ?

Je croyais à un canular quand j’ai lu ceci. Une partie, que l’on espère limitée et contrôlée, du système de feu nucléaire des États-Unis d’Amérique tourne sur des ordinateurs très vieux et plus maintenus par le constructeur depuis des années, des IBM Series/1. The New Republic a choisi une approche très parlante : votre téléphone est plus puissant que le système de l’arsenal nucléaire du pays.Pour illustrer le propos il s’agit de machines équipées de disquettes de 8 pouces. Je suppose que personnes parmi les lecteurs n’en a jamais manipule. Pour quoi sont-ils toujours en service ? La réponse est d’une évidence toute militaire : parce qu’ils fonctionnent.  Ce n’est pas si bête.

IBM Series/1

Le rapport détaille d’autres choses du même tonneau. Une partie du  code daterait des années 1950.

La nouvelle a été répercutée sur Wikipedia.

On annonce aussi qu’il devraient être remplacés en 2017. Les nouvaux systèmes seront-ils aussi fiables ?

Nous vivons dans un monde formidable.

Bonne journée à tous.

Ecoutez donc Elizabet Warren, Trump passe la barre.

Les hostilités montent en intensité. Donald Trump devait aller chercher dans le passé des Clinton de bien vieilles histoires déjà enterrées par tout le monde : une accusation d’assassinat d’un collaborateur, les turpitudes de Bill organisées par Hillary. Heureusement pour sa crédibilité l’affaires des e-mails revient au bon moment pour lui. Peut-être pas le pire moment pour Hillary, juste après la  Convention et sa nomination aurait été bien plus dangereux. La mise en accusation étant improbable il est vraisemblable que cette affaire disparaisse des radars électoraux assez  tôt pour ne pas être trop dommageable. Elizabeth Warren, la véritable héroïne de toute l’histoire et quasi seule sénatrice à ne pas avoir choisi entre Hillary Clinton et Bernie Sanders, monte au créneau dans la logique de sa bagarre avec Trump sur Twitter. Ceux qui entendent l’anglais apprécieront la clarté de l’exposé.

En bref :

  • Trump s’est réjoui du crash immobilier des subprimes qui lui a permis d’acheter à vil prix,
  • Trump ne paie que peu, voir pas d’impôts alors que ses affaires doivent tout à l’infrastructure du pays payée par ceux qui travaillent et ne reçoivent que des miettes,
  • Cet homme est disqualifié pour la présidence.

 

Petites nouvelles.

Tout le monde s’interroge sur la mouche qui a piqué Sanders d’accepter un débat avec Trump avant la primaire de Californie (7 Juin). Il est à peu près certain d’y laisser des plumes et Trump, même objectivement battu dans le débat ne peut qu’en sortir grandi aux yeux de ses supporters. Bernie tu joues avec le feu!

Grâce à des revirements de délégués Donald Trump a maintenant le nombre de délégués qui fait de lui le candidat irrécusable du Parti Républicain en vertu des règles en cours.

Bernie Sanders renonce (et gagne ?). Clinton rattrappée par les e-mails ?

Bernie Sanders a donné le premier signe de reconnaissance du rapport des forces issu des élections primaires Démocrates quand il a démobilisé une partie de ses équipes. Il  a commencé cette semaine à engranger les gains de sa spectaculaire campagne. Tout le camp progressiste craignait, et craint encore, une Convention houleuse et une guerre entre partisans de Clinton et de Sanders qui serait synonyme de défaite face à Donald Trump et surtout de recul dans les assemblées. Ce résultat dans les assemblées fédérales et des états serait d’autant plus catastrophique que les élections de 2016 précéderont le recensement de 2020 qui fournira les données pour le redécoupage des circonscriptions électorales. Ce redécoupage pourrait consacrer la perspective de la majorité Républicaine permanente analysée dans ce numéro de la revue HERODOTE.

La campagne a d’autant plus étonné que le candidat ne présente pas un charisme particulier, qu’il a plutôt l’allure d’un vieux professeur un peu voûté et qu’il parle politique comme presque jamais dans le pays. On trouve  des auteurs pour se demander ce qui fait son succès. La réponse tombe à près unanime : la jeunesse plus que les idées politiques opère. Contrairement à ce que voudrait croire une bonne partie de la gauche européenne Bernie n’a pas convaincu la jeunesse par ses idées de gauche mais au contraire est en train d’amener à gauche une jeunesse en perte d’objectifs et de repères qu’il attire par la rupture qu’il propose. Voilà qui souligne une fracture générationnelle qui ne facilitera peut-être pas la réconciliation au sein du camp Démocrate.

La commission du programme et l’état des forces.

Bernie Sanders, dont on ne peut suspecter l’astuce politique, a fait un pas décisif mais tactique dans le sens de l’apaisement. Alors que les membres de la commission de préparation du programme (« Platform Drafting Committee« ) de la Convention sont statutairement désignés par la présidence leurs noms ont été négociés. La présidente du Comité National du Parti (« Democratic National Committee« ), Debbie Wasserman Schultz, a publié les 15 noms qui se répartissent en 5 venant de Sanders, 6 de Clinton, 4 de Wasserman Schultz. Il faut ajouter deux membres sans droit de vote. Si le symbole est significatif il ne faut pas s’illusionner. Dans aucune campagne électorale le programme n’a réellement contraint le candidat. Hollande nous a en donné la preuve la plus éclatante qui soit. La composition semble pourtant éminemment politique.

Nommés par Sanders, une seule femme, tous connus pour leurs engagements sur la palette des thèmes de la campagne :

  •     Bill McKibben, activiste environementaliste, fondateur de 350.org
  •     Keith Ellison, représentrant du Minnesota
  •     Deborah Parker, connue comme défenseure des amérindiens et des droits des femmes
  •     James Zogby, le plus polémique car connu comme soutien de la cause palestinienne mais conseiller électoral de Jesse Jackson, Al Gore et Barack Obama
  •     Cornel West, universitaire et membre d’un parti ouvertement « socialiste ».

Nommés par Clinton, la balance penche plus à gauche qu’on ne l’aurait attendu, autre effet peut-être de la campagne :

  • Carol Browner, le penchant institutionnel de McKillen, la confrontation des deux sera intéressante et devrait garantir un programme Démocrate orienté environnement,
  • Paul Booth, vétéran syndicaliste censé apporter à la campagne sa légitimité aux yeux des employés et ouvriers,
  • Wendy Sherman, passée par le droit des femmes (Emily(‘s list) et diplomate aguerrie qui a négocié l’accord sur le nucléaire iranien,
  • Neera Tanden, d’origine indienne
  • Alicia Reece, technocrate connue pour son travail sur la justice sociale et raciale
  • Luiz Gutierez, défenseur des droits des immigrés.

Nommés par Debbie Wasserman Schultz, c’est-à-dire par le clan Clinton :

  •     Elijah Cummings, préside la commission
  •     Howard Berman, est un vétéran du Congrès aux talents diplomatiques plus reconnus que son penchant progressiste
  •     Bonnie Schaefer, connue pour son implication dans le combat institutionnel pour l’égalité des droits
  •     Barbara Lee, possède une (très) longue expérience du Congrès et des Conventions, a été la seule a voter contre la guerre en Afghanistan.

Les deux membres sans droit de vote sont :

  •     Maya Harris, conseillère de campagne de Clinton
  •     Warren Gunnels, conseiller politique de la campagne de Sanders.

L’équilibre global de la commission ne peut pas cacher la principale différence entre les deux « délégations » de Sanders et Clinton. Chez les premiers est privilégié le mouvement militants, chez les seconds on trouve des vétérans des combats administratifs, législatifs et juridiques. Que peut-il en sortir ? Probablement pas grand-chose tant l’exercice de rédaction d’un programme qui doit être approuvé et amendé par la Convention est formel. Le maintien de la pression par la campagne de Sanders prend alors son sens. Jusqu’au bout, et même durant la campagne l’effort devra se maintenir sur un Parti Démocrate bien plus « Clintonisé » qu’il ne peut apparaître à première vue. Cette force des Clinton dans l’appareil et dans l’idéologie du parti, probablement assez proche de celle de François Hollande leur permet de faire des concessions apparentes à leur gauche comme la composition de la commission de préparation du programme dans l’espoir de faire taire la contestation et de gérer ensuite la campagne à leur guise. Une autre concession semble être en chemin : le sacrifice du soldat Wasserman Schultz.

Dégâts collatéraux.

La présidente du Parti Démocrate ne peut pas cacher ses liens avec le monde des affaires et en particulier la finance . En plus d’être la victime expiatoire possiblement offerte à « l’armée de Bernie » Wasserman Schultz a eu le malheur, ou la maladresse, ou la franchise, de s’en prendre au bébé d’Elizabeth Warren, le Bureau de Protection des Clients de la Finance (« Consumer Financial Protection Bureau« ) qu’elle aurait bien voulu rendre moins efficace en reportant à plus tard sa mise en place. Elle s’était pour cela allié avec des députés Républicains, mouvement un peu trop visible en temps de campagne électorale très polarisée. La question de son départ de son poste à la direction du parti court depuis quelques temps. Il est peu vraisemblable que les Clinton concèdent trop visiblement une victoire de cette ampleur qui affaiblirait leur mainmise  sur l’organisation mais si l’intérêt de la campagne et donc le leur est en jeu…Sanders a d’ailleurs annoncé soutenir son adversaire pour la primaire Démocrate du siège de député de Floride.

Warren, encore et toujours.

De plus en plus incontournable Elizabeth Warren devrait jouer, même si cela se passe en coulisse, un rôle majeur dans la pacification du camp Démocrate.  Elle n’a pas choisi de désigner un favori dans la course des primaires. Son poste de sénateur dans un état au gouverneur Républicain en font un acteur précieux précieux pour  le Parti démocrate. Son image progressiste grâce en particulier à son rôle de « gendarme de Wall Street » avec la création du « Consumer Financial Protection Bureau » l’ identifie à gauche. Elle a d’ailleurs été très en pointe  les dernières semaines dans le combat contre Trump par une série d’attaques remarquées sur Tweeter.

Petites nouvelles.

Un allié inattendu du candidat Démocrate se pointe à l’horizon de Novembre. Alors que le jeu des candidatures semi-marginales jouaient plutôt au désavantage du camp progressiste avec l’exemple historique de Raph Nader supposé avoir fait perdre Al Gore en 2000 comme Taubira a perdre Jospin en 2002 (dans le cas français on sait bien que Jospin a perdu du fait de sa propre volonté de ne pas faire campagne). Si Ralph Nader  semble en effet cette année avoir définitivement perdu tout sens politique la surprise pourrait venir de l’autre bord, l’extrême-droite. Le candidat pressenti du Parti Libertarien, Gary Johnson est crédité d’un étonnant 10 % des voix. Celles-ci viendraient en priorité d’électeuts habituellement Républicains et pourraient assurer la victoire de Clinton dans des états critiques (Colorado, Floride, Ohio ou Arizona). Il suffirait, d’après les sondages actuels, que 5 % des voix se détournent Trump pour le condamner à la inexorablement à la défaite.Et, tout aussi important à entrainer un recul Républicain dans les assemblées fédérales et locales.

Dernière minute.

L’épée de Damoclès serait-elle en train retomber ? Les enquêteurs du Département d’État viennent de publier le rapport qui conclut que Hillary Clinton   a violé les règles en vigueur dans l’affaire des e mails. De plus ils affirment que Clinton et ses conseillers n’ont pas collaboré avec les enquêteurs. Le rapport accuse au-delà de Clinton le ministère d’avoir été de longue date défaillant sur la sécurité. Cela peut-il relancer la campagne et rebattre les cartes ?
Malgré tout le rapport ne conclut pas à une responsabilité importante de Clinton et conclut comme le note Kevin Drum : »Rien de nouveau« .

Retour à la maison

J’ai failli le faire à plusieurs reprises depuis une douzaine d’années.  Quelques soient les imperfections et les arrière-pensées de l’action menée actuellement par la C.G.T. elle est la seule qui a pris la responsabilité d’offrir un moyen d’expression à la colère qui gronde.

Je me suis donc resyndiqué hier.

Bon courage à nous tous.

 

Trump EST favori

Qui l’eût  cru il y a seulement 2 semaines?  Il a fallu moins de 10 jours à Donald Trump pour revenir en tête des sondages de la présidentielle et redevenir quasi crédible. Le chemin est encore long d’ici au jour de l’élection mais la fin virtuelle des primaires Républicaines avec la suspension, et non le retrait définitif, des campagnes de Cruz et Kasich a permis à leur camp de passer à la phase suivante et de se mettre en posture de campagne pour l’élection générale. Ceci n’exclut pas la possibilité de surprises, entre autres à la convention, mais plus le temps passe et plus s’alignent les ralliements à Trump plus cela devient improbable.

La publication, obligatoire contrairement à celle des feuilles d’impôts, de la situation financière de Trump n’a pas apporté d’éléments importants. Des esprits chicaneurs ont bien relevé quelques participations dans des sociétés qu’il voue aux gémonies pour avoir participé à des délocalisations d’emplois. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat tant les montants en jeu sont ridicules par rapports aux revenus de l’individu. Connaître les montants effectifs de ses impôts et de ses participations humanitaires en dirait beaucoup plus et serait politiquement plus pertinent.

La course éhontée des ralliements/reniements de cadres républicains continue, même John McCain, un des rares de la bande que l’on peut estimer être un modéré réfléchi, y est allé de son couplet de soutien au candidat désigné. Il reste à assurer un processus formel de désignation à la Convention pour éviter à ces braves gens d’avoir à se déjuger. Trump devrait boucler le nombre de délégués nécessaires lors de la primaire de Californie. Il ne fait pas de doute que des escarmouches d’arrière-garde vont encore se produire : retournements  de délégués, batailles de procédures, etc… Quelques dignitaires enferrés  sous la bannière #NeverTrump auront un peu de mal à se dégager pour venir à la soupe. On peut faire confiance à l’imagination politicienne pour venir à bout de ces détails. Les plus jeunes prendront date comme recours après l’échec attendu du trublion laissant présager une présidence Trump intéressante.

Le chemin des primaires dégagé Trump peut déployer sa stratégie personnelle selon la ligne déjà mise en pratique : occuper le maximum de terrain avec le maximum de bruit, le contenu étant secondaire. Ainsi il a été le premier homme politique à intervenir sur le crash de l’avion d’Egypt Air (MS804). Avant tout indice probant il a tenu à  hurler contre le nouvel attentat et à sous-entendre que lui président cela ne se serait pas produit. Sans doute aurait-il terrorisé les terroristes. Au fond c’est sans doute à Charles Pasqua que Trump ressemble le plus. Trump a même rencontré le vénérable Kissinger. Il faut dire pour être honnête qu’Hillary Clinton l’y avait précédé. S’il s’avère, comme probable, que le crash du MS804 est le résultat d’un attentat le militarisme et les postures va-t-en-guerre vont de nouveau envahir la campagne. Grandeur de la démocratie: l’État Islamique aura fait la présidentielle des E.U.A.

L’habileté de Trump ne lui a pas permis d’éviter un écueil inattendu. Il a publié sa liste (« shortlist ») de possibles juges pour la Cour Suprême. Ils sont tous blancs et constitue comme le dit « The New Republic »  un rêve judiciaire de réactionnaire anti-féministe (j’ai volontairement traduit « conservative » par réactionnaire). Encore une fois il innove. Aucun candidat à ce point du débat ne l’avait encore fait. Parmi les nommés se trouve Don Willet qui s’est abondamment payé la tête de Trump sur son compte Twitter.

En passant il promet de renégocier l’accord de la COP21, position irréaliste mais bien vue du cœur de son électorat actuel. Cela pourrait lui poser des problèmes dans une campagne où il devra élargir sa base. Il peut jouer sur la complexité d’un système électoral où la victoire se joue dans les états, un par un, et non à la majorité globale. Par exemple considérer comme perdus les états à forte sensibilité écologique, par exemple la Californie, peut amener à renforcer les argumentaires susceptibles de faire pencher la balance dans des états critiques, du centre-nord industriel on minier par exemple.

La priorité reste pour lui de boucher les trous du soutien électoral qui risque de lui faire défaut. Il est mal considéré par 87 % des hispaniques, 91 % des noirs et 70 % des femmes. Ces dernières se ont eu l’honneur de la première offensive dont je ne saurais dire si elle est de charme. A chaque occasion il rappelle les vieilles accusations contre Bill Clinton qu’il insiste pour qualifier de viol avec l’active complicité des présentateurs de droite comme Sean Hannity. Il peut même allier l’offensive « féministe » avec l’offensive pro-hispanique en faisant parler pour sa défense des femmes latinos. La marge de manœuvre offerte par le poste de vice-président est très réduite car Trump aura besoin d’alliés dans le Parti Républicain. Le ticket est une des rares possibilités de pression sur leur candidat qui leur reste en main pour monnayer un soutien actif. Comme je l’ai déjà écrit les pressions pour que Newt Gingrich soit choisi semblent plutôt fortes.

Une star est née (?)

L’épisode le plus spectaculaire de l’offensive envers les femmes car le plus médiatique et le plus volontairement visible a mis à contribution la nouvelle star des médias réactionnaires : Megyn Kelly. Présentatrice vedette de Fox News elle avait été consacrée un peu vite icône anti-Trump par les progressistes de pacotille après le débat entre candidats républicains à la candidature le 6 Août 2015. Même la droite française, ravie de trouver une anti-Trump dans les rangs de Fox y était allé de son couplet. Kelly avait mis en doute la capacité d’un homme du genre Trump à faire un président. Il avait répondu par l’insulte peu ragoutante à répétition. Jamais à court d’un mouvement spectaculaire Trump a donc fait mine d’aller à Canossa et a rencontré Kelly, devant les caméras évidemment, pour fumer le calumet de la paix. Ceci nous a valu l’édifiant spectacle du Donald jouant au gros nounours repentant devant une Kelly figée dans son hitchcokienne blondeur. Tout cela en évitant soigneusement de parler politique. Du grand art et sans doute la relance de la carrière de la dame qui va maintenant viser à rejoindre la stratosphère des animateurs quelque part entre Opfrah, Ellen Degeneres et Stephen Colbert. Gageons que Fox News va lui sembler un peu étriquée maintenant. Peut-être devra-t-elle attendre que l’élection soit passée pour bouger. A moins que…

Que sont devenus les électeurs indépendants ?

La situation est tellement inattendue que personne ne peut affirmer de certitudes établies. Par exemple le « New-York Times » s’interrogeait récemment sur l’état réel des intentions de votes, sur la sincérité des sondés qui seraient en partie des « trumpistes » honteux. Ajoutons que la sensibilité épidermique qui existe dans tout le monde occidental aux événements du Proche-Orient et aux attentats rend les opinions publiques très volatiles. La première caractéristique de cette campagne va rester son imprévisibilité sauf si un événement particulier discrédite un candidat en cours de route. Les alternatives sous la forme d’une candidature indépendante devront se déclarer très rapidement en raison des délais administratifs imposés  par certains états. Une partie de l’appareil Républicain a envisagé un temps cette possibilité avec une candidature Romney.

Nous aurons sans doute besoin de temps et de recul pour comprendre les changements politiques, sociologiques, économiques et sociaux en  jeu dans la période. Un début de piste intéressant a été indiqué par « The Nation« . Citant des études dont les méthodes me semblent correctes cet article développe l’idée que la conception même de l’implication politique a changée dans les dernières décennies. Je me sens d’autant plus concerné que la période évoquée correspond à celle de ma propre vie politique active (en gros depuis le milieu des années 1960). En bref alors que l’adhésion à un projet politique était un secteur parmi les autres de la vie sociale de chacun elle est devenue une partie intégrante de la personnalité. La partie de la population des États-Unis d’Amérique qui déclare une affiliation politique est assez stable. D’après le « Pew Research Center »  elle se répartit en : Indépendant=39 %, Démocrates=32% et Républicains=23%. Ces chiffres ne changent pas énormément dans le temps. Par contre la conviction apportée par chacun semble bouger, en particulier chez ceux qui se déclarent comme Indépendants. Classiquement Indépendant signifiait susceptible de changer à chaque élection, pas vraiment fixé, mobile. D’après les études récentes ces indépendants seraient en fait de plus en plus des Démocrates ou des Républicains déguisés, moins susceptibles de changer de camp que des catalogués Républicains  ou Démocrates de faible conviction. La distinction n’est pas qu’académique. La compréhension classique valide l’idée bien connue que les élections se gagnent au centre où il existerait un marais indécis à faire basculer d’un côté à l’autre en plus ou moins grande proportion. Ce petit pourcentage d’électeurs mobiles, parfois insignifiant, faisant les majorités. On peut d’ailleurs remarquer plus ou moins cyniquement que presque tous les systèmes électoraux des pays dits « démocratiques » sont peu ou prou basés sur cette hypothèse avec des méthodes diverses pour renforcer les majorités : notre système majoritaire à deux tours ou les systèmes à majorité relative à un tour (« First past the pole ») du monde anglophone. Ainsi Donald Trump peut clamer avoir ramener au Parti Républicain « des millions d’électeurs » avec les chiffres de participation aux primaires pour le prouver. Mais si ce basculement d’une frange des « indépendants » s’avère une illusion tout le raisonnement et peut-être le système lui-même, est faussé. les indices concordent d’ailleurs pour penser que Trump a d’abord mobilisé des électeurs Républicains, souvent déclarés « Independant ». La situation particulière marquée par la colère contre les délocalisation, contre un président pensé comme noir, non-américain et même musulman donc illégitime, hostile et prédateur a accentué le mouvement. Trump était le candidat de primaire rêvé. Il mobilise en première intention des électeurs plus fermes dans leurs convictions. La campagne réelle inverse le mouvement : il faut maintenant rassembler. Et rassembler sur un projet est plus difficile mais plus efficace que rassembler contre ou rassembler pour des principes plus ou moins abstraits. Si un enjeu se présente clairement pour la campagne des Démocrates, c’est celui-là : fabriquer un projet rassembleur.

Bernie et Hillary, cessez les jeux infantiles.

A première vue la campagne Démocrate, enlisée dans les bagarres de procédures, de recompte de voix au Kentucky, de revendications de principe. Nous n’avons pas de leçons à donner à ceux qui sont sur le terrain. Il me semble clair que la question posée aujourd’hui aux progressistes des  États-Unis d’Amérique est de savoir si  l’objectif est de battre Trump ou de satisfaire des egos. Je comprends qu’il soit éminemment désagréable de passer par un accord avec une Hillary Clinton peu engageante et un appareil Démocrate  soucieux de ses intérêts bureaucratiques et otage de la finance. La campagne de « l »armée de Bernie » restera dans les annales comme la plus impressionnante campagne jamais faite par la gauche du pays, et qui plus est sous son propre étendard. Le plus important n’est pas là. Lors de la Convention Démocrate et ensuite Clinton aura besoin des voix et des forces militantes de l’ « armée de Bernie » (même sans Bernie). La gauche se trouve donc dans une position de force, peut-être sans précédent, pour faire avancer ses options. Sortir de la Convention avec des éléments politique dans la plate-forme de la campagne du candidat et au-délà des élections générales et préparer les conditions du maintien en action du mouvement initialisé sont des objectifs raisonnables et nécessaires.

Hillary Clinton a donné deux signes des questions qu’elle se pose : la hiérarchie des thèmes  de campagne a évoluée avec la mise en avant d’une extension de Medicare, la question de la vice-présidence pour Elizabeth Warren serait revenue en force. L’extension de Medicare n’est pas une nouveauté car elle faisait déjà partie des projets de la première présidence Clinton. Le signe envers les soutiens de Sanders esr cependant manifeste comme celui d’une validation de principe de l’idée de protection sociale généralisée (« single-payer healtcare »). J’ai déjà écrit pourquoi l’hypothèse Warren me semble improbable et tactiquement dangereuse. Comprise comme un signe envers la base elle prend du sens.

Un dernier mot pour faire crier.

La perspective de voir Trump à la Maison Blanche nous effraie tous. Mais à la réflexion un Trump qui affirme ne pas vouloir toucher au Planning Familial (« Planned Parenhood« , Cecile Richards la présidente est une de mes héroïnes)), à Medicare, Medicare et au système existant de retraites (« Social Security« , reste lointain du New Deal) serait-il plus dangereux qu’une présidence Ted Cruz, Marco Rubio ou même John Kasich ?

Cela aurait au moins l’avantage de détruire pour de bon le Parti Républicain qui n’y résisterait pas. Quant à l’image du pays …

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