Stephon Clark

La semaine a été dominée par le retour des violences policières à l’encontre de la communauté noire. Un jeune père de famille noir a été  tué sans raison apparente de 8 balles dont 6 dans le dos dans son jardin de la capitale de la Californie, Sacramento. Tous les ingrédients sont réunis pour que la baril de poudre s’enflamme : un pays plus polarisé que jamais, la question raciale à fleur de peau, le débat sur les armes. Les manifestations continuent mais la question de leur débouché vers autre chose qu’une explosion de violence et l’accumulation de rancœurs n’a toujours pas de réponse.

Après Parkland.

Après la « Marche pour nos vies » on pourrait s’attendre à ce que le débat sur le contrôle des armes à feu se dégonfle et finisse par retomber dans l’oubli. Ce n’est pas encore pour maintenant. Le Congrès reste immobilisé par la forte tension bi-partisane et  la préparation des élections qui risque de stériliser tout effort . Les élus des deux bords peuvent se mettre d’accord pour ne rien décider plutôt que risquer de heurter leurs électeurs. Il revient donc aux états de se mobiliser et de passer des mesures. Les deux chambres étant en vacances parlementaires  ces deux semaines rien n’aurait été fait dans l’immédiat.

  • La Floride, état  de la tuerie de Parkland, a été la première a voter une loi, signée par le gouverneur qui remonte l’âge d’achat des armes à 21 ans, instaure un délai de 3 jours et interdit les « bumps stocks ». Elle autorise aussi le recrutement et l’armement de personnels des écoles. Pour certains élus Républicains c’est déjà trop. Un de ceux qui l’ont voté voudrait déjà la rappeler. En fait la partie contrôle ne lui convient pas et il souhaiterait ne conserver que l’armement des écoles.
  • Le Vermont a voté une loi similaire.
  • Le gouverneur Démocrate récemment élu du New-Jersey a signé les mesures de contrôle que son prédécesseur avait bloque.
  • L’Oregon a mis la loi à l’ordre du jour de ses assemblées.
  • La gouverneure du Rhode Island a signé un décret ordonnant de contrôler les capacités des acquéreurs.
  • Et l’état de New-York a complété les mesures existantes pour interdire l’accès aux armes aux personnes susceptibles de commettre des violences conjugales.

Le débat sur le Second Amendement a connu une soudaine accélération quand un ancien membre de la Cour Suprême a évoqué sa suppression. Cela n’a pas soulevé le tollé que l’on aurait pu attendre. Ce gendre de proposition qui peut passer pour une provocation est en général assez mal jugé  par le mouvement de contrôle des armes à feu qui propose plutôt des objectifs réglementaires moins conflictuels et atteignables. Mais le débat pourrait bien ne plus cesser. Faire avancer la législation fédérale et celle de états consacrerait la force du mouvement et servirait de base pour la suite.

Le plus difficile vient maintenant pour le mouvement, continuer sans se disperser, maintenir l’unité et se donner des perspectives, autres que simplement électorales. Les petites querelles qui apparaissent  ne devraient pas être bien graves. L’intégration de la question raciale dans le débat est une étape incontournable pour qu’il progresse et catalyse éventuellement un mouvement de révolte plus large.

Une petite victoire en passant, l’animatrice d’extrême-droite Laura Ingraham avait attaqué dans son émission un des étudiants de Parkland Divid Hogg. Il a répliqué en suggérant aux annonceurs de l’émission de Laura Ingraham de lui retire le soutien de leurs publicités. Devant les défections elle a fini par annoncer qu’elle prenait des vacances.

Le 6 Novembre – élections de mi-mandat.

Le travail parlementaire est limité pendant les deux semaines en cours. Cette situation a donné plus de relief à une étude qui chiffre le handicap des Démocrates. On les donne gagnants en nombre de suffrages mais la côte personnelle de Donald Trump ne chute pas, l’économie reste florissante et l’avance Démocrate reste scotchée autour de 6%.  Et voici que surgit cette étude du Brennan Center for Justice qui indique que le handicap Démocrate en 2018 pourrait aller jusqu’à 11%. Ces résultats doivent être modulés en fonction des situations locales. Comme le souligne FiveThirtyEight la situation est encore trop incertaine pour faire des pronostiques fiables.

La perspective d’une élection tendue dont le résultat est incertain dans un contexte de polarisation importante pourrait aboutir à un Congrès ou paradoxalement les modérés se trouvent en position forte car nécessaire à toute majorité. Il se pourrait même  que les seules majorités possibles soient des majorités inter-partisanes au cas par cas.

Cette semaine la Cour Suprême a pris en main un des cas en suspens de découpage électoral conflictuel. Il en reste d’autre à juger avant l’échéance à plusieurs niveaux de l’appareil judiciaire. Ce cas est doublement intéressant, pour son résultat et pour ses effets induits. Il concerne un découpage réalisé par les Démocrates à leur avantage. L’ironie de l’affaire est que si les Démocrates sont jugés coupables dans cette affaire la Cour établira une jurisprudence qui ensuite défavorisera les Républicains dans les plus nombreux cas encore à juger.

La fébrilité des Républicains est visible. Le gouverneur du Wisconsin -où va se jouer l’élection du « speaker » (chef de la majorité et président de fait de la Chambre des Représentants) Paul Ryan- a voulu refuser de tenir une élection partielle à 6 mois des élections de Novembre au prétexte d’économies. Il a finalement du se plier  à la lettre de la loi et organise une élection risquée qui au-delà de son résultat pourrait continuer à alimenter l’idée de la cuisante défaite à venir.

Une semaine à Capitol Hill – Les partis, les votes, le reste.

Deux semaines de vacances parlementaires laissent le champ libre à Donald Trump et aux autres. Le sous-directeur du FBI limogée par Jeff Sessions a lancé une campagne de financement participatif pour financer sa défense. On peut être étonné qu’un cadre supérieur de l’administration, connu pour ne pas être dans le besoin et faire partie de la bonne société en vienne à faire appel au public de cette manière.

La Maison-Blanche – Super Donald et ses copains.

Après avoir engagé John Bolton comme Conseiller à la Sécurité Nationale, ce qui laisse prévoir la dénonciation prochaine de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump a remplacé le secrétaire d’état aux Anciens Combattants   (Veterans Affairs) par son médecin personnel le vice-amiral Ronny L. Jackson (encore un militaire). Cela prépare-t-il une privatisation de ce service qui assure les prestations de santé aux anciens militaires ?

Les affaires – Petit Donald et sa famille.

La semaine n’a pas apporté de grande  nouvelle du côté de l’enquête sur l’ingérence russe. La Maison-Blanche a fini par adopter une position dans l’affaire « Stormy Daniels » : on nie tout. Il n’est pas certain que cela soit la meilleure option dans la mesure où le public est largement convaincu que les faits sont avérés. Nous touchons peut-être là la singularité de la présidence Trump. La vérité importe peu si les électeurs gardent leur foi dans le président.

 

A la semaine prochaine.